Samedi dernier, 15 août, est mort Jean-Pierre Cortot, l'un de nos plus habiles statuaires. Atteint depuis longtemps d'une hydropisie, il était allé aux eaux du Mont-Dore, dans l'espérance d'y recouvrer la santé; mais, sentant ses forces s'épuiser, il a voulu revoir sa ville natale; et ramené à Paris par M. Dumont, son collègue et son ami, il n'a pas tardé à succomber à ses souffrances.

Cortot était né en 1787; il fit ses premières études à l'École gratuite de dessin, sous la direction de M. Defrêne; puis il entra dans l'atelier de Bridan fils. Il remporta le second prix de sculpture en 1806, pour une figure de ronde-bosse, Philoctète à Lemnos, et le premier prix en 1809, pour un Marius méditant sur les ruines de Carthage. Pensionnaire du gouvernement à Rome, il étudia avec fruit les antiques, et appartint dès lors à l'école qui cherche dans l'art grec ses inspirations et ses modèles. Ses débuts furent un Napoléon, une statue en pied de Louis XVIII, une Pandore et un Narcisse couché. Ces deux dernières oeuvres, exposées en 1819, lui valurent le prix de 10,000 fr., qu'il partagea avec son maître, et furent acquises par le ministre de l'intérieur pour les musées d'Angers et de Lyon. Le Louis XVIII a été placé dans une salle de la Villa-Medici, en face d'une statue de Louis XIV. A son retour d'Italie, où il était resté huit ans, Cortot produisit successivement un Ecce Homo et une sainte Catherine en marbre, pour l'église de Saint-Gervais; la Vierge et l'enfant Jésus, groupe en marbre pour la cathédrale d'Arras; Daphnis et Chloé; une statue de Pierre Corneille pour la ville de Rouen. Devenu rapidement célèbre, il fut nommé, en décembre 1825, membre de la quatrième classe de l'Institut et professeur à l'École royale des Beaux-Arts. On l'avait décoré de la Légion-d'Honneur en 1824. Le gouvernement lui commanda en même temps divers travaux importants destinés à l'embellissement des édifices publics. On lui doit le bas-relief du monument de Malesherbes; une statue du duc de Montebello, pour la ville de Lectoure; une statue de Charles X; le fronton en pierre de l'église du Calvaire, et l'un des bas-reliefs de l'Arc-de-l'Étoile; la Paix et l'Abondance, bas-relief qui encadre un oeil-de-boeuf de la cour du Louvre; une figure colossale de la Justice, placée dans le palais de la Bourse; un buste colossal d'Eustache de Saint-Pierre, pour la commune de Calais; une Vierge, que la ville de Marseille fit fondre en argent; les statues de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qui ornent la chapelle de la rue d'Anjou; la Ville, de Paris, figure colossale de huit mètres, qui devait figurer parmi les décorations de la gigantesque fontaine de l'Éléphant. Cortot a fourni le modèle du beau groupe qui surmonte le maître-autel de Notre-Dame-de-Lorette. Il a exécuté en marbre, d'après les modèles de Dupaty, auquel il avait succédé à l'Institut, le Louis XIII de la place Royale, et les groupes du monument expiatoire commencé avant 1830 sur l'emplacement de la salle Louvois.

On compte au nombre de ses ouvrages, et des meilleures sculptures modernes, la statue et les trois bas-reliefs du tombeau de Casimir Périer; la figure colossale de l'Immortalité, que nous verrons bientôt planer sur le dôme du Panthéon, et le soldat de Marathon annonçant la victoire, statue en marbre exposée en 1834 et placée dans le jardin des Tuileries. Sa dernière oeuvre, le fronton de la Chambre des Députés, lui mérita le grade d'officier de la Légion-d'Honneur.

L'élite de nos artistes assistait, le mercredi 16 août, aux obsèques de J.-P. Cortot. MM. Bosio, Raoul Rochette, Blondel et Émery tenaient les cordons du drap mortuaire. M. Raoul Rochette, dans un discours élégamment écrit, a montré Cortot sorti des rangs du peuple, et s'élevant à force de luttes courageuses. Il a signalé, comme principaux caractères du talent de l'artiste, la grandeur et la noble simplicité de l'ordonnance. M. Jarry de Mancy a lu de touchants adieux au nom de M. Dumont, qu'une grave indisposition empêchait de suivre le cortège funèbre de son ami. M. Émery, ancien libraire, beau-frère du défunt, a exprimé d'une voix altérée des regrets d'autant plus vils, qu'il le connaissait depuis quarante-sept ans, et qu'après avoir encouragé ses premiers pas, il avait eu la douleur de lui fermer les yeux.

Courrier de Paris.

L'évasion des quinze prisonniers et les scènes sanglantes qui l'ont accompagnée ont décidé l'administration municipale à changer la destination des bâtiments de la Force. Une prison s'élève en ce moment hors de la ville et pourra, dans quelques mois, ouvrir ses portes crénelées et les refermer sur l'horrible clientèle de l'échafaud et des bagnes. Cette translation avait, depuis longtemps, paru nécessaire; la récente catastrophe, faisant toucher au doigt le danger, en hâtera l'exécution.

Les prisonniers s'échappant de la Force.

Ce sont de terribles locataires, en effet, que ces malheureux jetés incessamment par le crime dans les cachots de la Force: tribu hideuse et désespérée, qui campe au sein même de la cité, dans un de ses quartiers les plus populeux. On a beau dire que la tente est scellée de verrous, de barres de fer, de sentinelles et de pierres de taille, vous voyez que la race criminelle passe à travers; si les murailles l'arrêtent, elle creuse la terre, et rampe, et trouve une issue.

Il peut arriver qu'au lieu d'être saisis, comme l'autre jour, en flagrant délit d'évasion, nos bohémiens s'échappent, en effet, soit que la nuit les favorise, soit que le hasard oublie de pousser à leur rencontre ce premier venu, qui jette le cri d'alarme et donne l'éveil.