8642 est précisément celui qui occupe le carré du bas, et ce groupe est répété quatre fois, chaque fois dans un ordre différent. Sur les divers usages de ces carrés chez les Orientaux, on peut consulter le deuxième volume de mon ouvrage intitulé: Monuments arabes, persans et turcs du cabinet de M. le duc de Blacas.»

Chacune de ces amulettes, vendue par les savants ou par les marabouts, coûte aux Arabes de dix à douze sous; quelquefois le panier mystérieux est simplement couvert de sparadrap, et dans ce cas l'ordonnance ne vaut que six sous.

A voir ce charlatanisme superstitieux, croirait-on que ces hommes sont les successeurs d'Aetius, d'Avicenne, d'Haly-Abbas, de Ithaxès, d'Albucasis, d'Averrhoës, et de tant d'autres praticiens arabes qui ont illustré la médecine et la chirurgie dans ce même pays?

La croyance religieuse des Arabes est tellement puissante, que quelquefois, malgré la désorganisation des yeux et la cécité complète, ils ont beaucoup de confiance dans ces sortes de remèdes, et ne désespèrent pas de leur guérison. Eh bien! ces idées absurdes, ces pratiques contraires au bon sens et à la raison, nous étonneraient beaucoup chez un peuple barbare, si l'histoire ne nous avait pas transmis des absurdités pareilles, qui furent longtemps en crédit chez des nations civilisées et parmi les plus hautes classes de la société. N'a-t-on pas vu une reine de France (Catherine de Médicis), qui, pour se préserver des malheurs physiques et moraux, portait sur son ventre une peau de vélin étrangement bariolée, semée de figures et de caractères grecs diversement enluminés? Cette peau avait été préparée par Nostradamus, et plusieurs auteurs contemporains prétendent que c'était la peau d'un enfant égorgé.

Viendra-t-elle ou ne viendra-t-elle pas?--Telle est la question qui circulait de proche en proche.--Oui, dit l'un. --Non, dit l'autre.--J'en suis sûr.--J'en ai la certitude. --Je le tiens d'une source authentique.--Une personne digne de foi vient de me l'assurer.--Elle sera demain de retour à Brighton.--Elle arrivera demain à Paris.--Son yacht l'attend pour partir.--Sa loge est toute, prête à l'Opéra, --Elle visitera Versailles.--Elle ne le visitera pas.--Vous verrez!--Je ne verrai rien du tout.

Ainsi parlaient les curieux, les donneurs de nouvelles et les oisifs; mais, pour être véridique historien, je dois dire qu'au milieu de tout ce cliquetis de demandes et de réponses, Paris restait indifférent. Le grand éclat qui se faisait à Eu, le grand bruit qui arrivait des bords de l'Océan s'éteignait, pour ainsi dire, aux portes de la ville et n'y apportait qu'un écho affaibli et presque imperceptible.

Vous dites cependant qu'on se questionnait de tous côtés. Oui, sans doute; dans ce Paris immense et perpétuellement agité, il y a eu tout temps, une foule qui se tient aux écoutes et saisit à la volée les nouvelles qui passent dans l'air, pour en causer et s'en distraire; cette population, toujours prête à se mettre à sa fenêtre ou sur sa porte, s'occupe souvent de la première bagatelle venue, d'une tuile qui se détache du toit d'une maison, ou d'un oiseau échappé de sa cage. Comment ne s'occuperait-elle pas de la visite problématique d'une reine étrangère? D'ailleurs, la reine Victoria est jeune, à coup sur, et aimable, dit-on; c'est un hameçon suffisant pour amorcer cette bonne ville de Paris, qui n'aurait pas manqué de lorgner S. M. britannique avec une attention particulière, afin de savoir à quoi s'en tenir sur son compte.