Bon augure pour le Don Sébastien que l'Opéra nous prépare à grands frais, et pour la Maria di Rohan qui charmera bientôt les dilettanti de notre Théâtre-Italien. Pour le coup, Vienne a eu la primeur du succès; Vienne, en saluant dernièrement Maria avec enthousiasme, a regagné l'avance que nous avions prise pour Don Pasquale: Paris et Vienne sont maintenant manche à manche. Voyons! à qui gagnera la belle!
--Revenons cependant à la reine Victoria: puisque Paris ne saurait en parler de visu, c'est-à-dire après l'avoir vue de sa propre personne, il faut bien que quelqu'un y supplée et fournisse au moins l'image, si l'original fait défaut. Ce quelqu'un-là, qui se charge aussi de procurer aux amateurs le profil des Majestés absentes, ce complaisant daguerréotype sera l'Illustration. Et ce n'est pas une vaine promesse que je fais: aussitôt promis, aussitôt exécuté. Voici, en effet, le portrait de Sa gracieuse Majesté britannique, que l'Illustration a l'honneur de le présenter, chéri lecteur. Examine, prends-en tout à ton aise, et tu seras presque aussi avancé que si tu avais entrepris le voyage d'Eu et bivouaqué au Tréport.
Le mot roi ou reine est un mot qui séduit les imaginations. Qui dit roi, pour beaucoup d'honnêtes gens, parle d'un être surnaturel, doué de la fierté de Mars, de la force d'Hercule, et du sourcil de Jupiter; une reine, de son côté, n'est pas reine à moins d'avoir le profil de Junon et la stature de mademoiselle Georges. Les rois et les reines de théâtre en sont cause.
Mais, en réalité, rois et reines se rapprochent singulièrement des simples mortels, et ils ont raison. On peut s'en convaincre de jour en jour davantage, maintenant qu'on les touche de si près.
La reine Victoria en donne une nouvelle preuve. Voyez ses traits! Malgré la triple couronne qui ceint son front, est-ce une Junon terrible'! Non pas, vraiment, mais une aimable personne, au visage enjoué et doux, ce qu'on appellerait ici une agréable petite femme. A quoi bon autre chose?
| La reine Victoria. | Le prince Albert. |
A côté de Victoria nous vous offrons le prince Albert; la fonction du prince consistant spécialement à être le mari de la reine, Dieu nous garde de les séparer!--Le prince appartient à l'espèce des beaux hommes: il est grand, élancé, résolu, et possède toutes les qualité de son emploi. Le prince Albert sort de la famille des Saxe-Cobourg, qui peuple, depuis quelque temps, la plupart des trônes d'Europe.
Après la reine et le mari de la reine, quoi de plus juste et de plus nécessaire que de monsieur le ministre? Or, entre toutes les excellences qui composent le conseil de S. M. la reine des trois royaumes unis, lord Aberdeen était naturellement désigné par ses fonctions pour l'accompagner au château d'Eu; pour un voyage à l'étranger, rien ne vaut, ce me semble, un ministre des affaires étrangères.
Ce n'est pas la première fois que lord Aberdeen tient le portefeuille des relations extérieures, comme on disait du temps de Napoléon; il a eu deux fois cet honneur. En outre, milord a été ministre des colonies, sous la présidence de Wellington.