Ramengo la vit aussi et l'aima... Mais c'est profaner le nom de l'amour, qui enfante tant d'actions généreuses, que de l'appliquer aux sentiments qu'éprouvait Ramengo pour la soeur de Giroldello. Des calculs, des moyens de fortune et des avantages pour l'avenir, voilà ce qu'il voyait là où les jeunes gens de son âge ne voient que passion, fantômes brillants et plaisirs. S'élever au-dessus de la bassesse de sa naissance, s'avancer, par toutes les voies criminelles ou licites, dans les emplois et à la cour, c'était l'unique but de ses actions. Il avait vu plusieurs fois la fortune, dans ses vicissitudes, se décider tantôt pour les Visconti, tantôt pour les Torriani. Bien que le pouvoir des premiers parût alors solidement assis, qui pouvait dire qu'un caprice du hasard ne le remettrait pas aux mains des seconds? S'allier aux Visconti dans le temps même de leur puissance, c'était un rêve que l'imagination pouvait caresser, mais la raison devait le rejeter comme une folle espérance. Il était beaucoup plus habile de rechercher l'alliance des Torriani: s'ils triomphaient, que ne devait point attendre de leur reconnaissance l'homme qui n'aurait pas dédaigné de s'unir à eux lorsqu'ils étaient dans l'infortune! Si leur sort ne devait point changer, Rosalia était trop obscure et trop délaissée pour qu'un mariage avec elle inspirât ni jalousie ni soupçon de la part d'un serviteur des Visconti; et si ceux-ci venaient à être renversés, non-seulement elle serait pour Ramengo la planche de salut qui l'arracherait au naufrage, mais pourrait le faire aborder aux rivages fleuris de la faveur des Torriani triomphants. Il s'était en outre aperçu de l'affection de Pusterla pour Rosalia, et il était de ceux qui ne croyaient point à l'innocence de cette tendresse. La haine qu'il nourrissait contre Franciscolo le confirma dans ses projets d'union par l'idée de supplanter son jeune capitaine auprès de sa maîtresse. Il demanda donc la main de Rosalia à des parents éloignés à qui la garde de la jeune fille était confiée. Pour se décharger d'un fardeau, pour trouver un appui, et dans l'espoir de faire cesser les persécutions dont Giroldello était l'objet, ils consentirent à ce mariage. Lorsqu'il se conclut, Franciscolo pourvut généreusement à toutes les dépenses; mais les soupçons de Ramengo ne firent qu'en prendre une nouvelle force, et son aversion s'en accrut.
Rosalia, comme il arrivait alors et comme il arrive encore à la plupart des jeunes filles ne fut informée de ce projet que lorsqu'il fut arrêté. Elle ne connaissait point Ramengo; il n'avait rien faire pour gagner sa bienveillance; mais, lorsqu'elle se vit unie à lui par un lien que la mort seule pouvait rompre, elle fis ses délices de son devoir, et, heureuse de trouver un objet à cette flamme intérieure qui s'était jusqu'alors alimentée d'elle-même, elle aima son mari avec toute l'impétuosité d'une première passion.
Ramengo lui-même, quelque grossière que fut son âme, ne put s'empêcher d'abord d'aimer cette vierge ingénue dont il avait fait sa femme. Il goûta un moment les douceurs d'une affection partagée, et pensa même un moment à mettre tout son bonheur dans l'accomplissement de ses devoirs.
Mais ses vertueux élans ne furent pas de longue durée Bizarre, inégal, capricieux, ses caresses et sa courtoisie se mêlèrent bientôt de brutalité et de colère. Il sentait ses torts et, loin de s'en repentir, il s'en excitait à les aggraver. Loin de faire un mérite à Rosalia de la divine patience qu'elle opposait aux mauvais traitements, cette patience lui fit croire qu'elle se vengeait en le trahissant. Ses premiers soupçons grandirent, et il les accueillit avec empressement comme la justification de sa haine. Pusterla se promenait volontiers avec Rosalia sur les bords du fleuve; son coeur aimait cette âme ingénue et passionnée, et, lorsqu'il parlait d'elle, c'était avec ce chaleureux accent de la jeunesse qui ne sait ni craindre ni dissimuler. Ramengo ordonna sévèrement à sa femme de ne plus souffrir Pusterla dans sa maison sous aucun prétexte, et lui imposa en même temps de se garder de laisser croire qu'il lui donnait cet ordre. C'était la jeter dans cet abîme de duplicité et de détours où les âmes loyales trouvent le plus cruel supplice. Ses tortures n'échappaient point à Ramengo, qui en sentait croître sa barbare défiance.
Vers ce temps, la victoire de Vaprio, remportée par les Visconti, ruina de fond en comble le espérances des Torriani et dispersa leurs partisans. Marengo se montra un de leurs plus cruels persécuteurs. Rosalia, qui avait cru que les prières auraient quelque pouvoir sur son mari, osa intercéder en faveur de Giroldello; mais l'insolence de Ramengo n'avait plus de bornes: il repoussa brutalement la suppliante Rosalia. Comme elle était désormais inutile à sa fortune, il la prit en dégoût et s'en serait volontiers défait par un crime, s'il eût pu espérer de le cacher à tous les yeux, et vaincre le reste de pitié dont les coeurs les plus barbares ne peuvent se défendre au moment d'immoler un innocent.
Modes.
A cette époque de morte-saison, constatons moins les derniers caprices de la mode d'été qui déjà décline et dont le règne expirera dans quelques semaines. Les vacances sont l'occasion de nouvelles toilettes; on fait surtout provision de chapeaux; il faut avoir un chapeau de paille arrangé simplement, qui puisse résister au vent et à la rosée; un autre frais et gracieux comme le riant jardin dans lequel on se promène; il en faut encore pour le soir, qui aient toute la légèreté et la coquetterie des coiffures d'assemblées. Aussi madame A... envoie-t-elle aux élégantes qui ont l'habitude de se fier à son bon goût des chapeaux différents, depuis le plus simple jusqu'à la capote de gaze bouillonnée où s'entrelacent de légères branches de fleurs..