Ce soir-là, je débarquai avec mon léger bagage, la reine devant partir le lendemain; mais, grâce à W. B., je trouvai place dans une des baraques de M. Packham.

Le 7, le cortège royal se rendit dés le matin du château à Tréport, dans le même ordre où il y était venu le samedi soir. L'artillerie, les fanfares, les musiques, les vivat, retentissaient de toutes parts.

Toute la famille royale conduisit la reine à bord du yacht, dont elle fit elle-même les honneurs. Je fus assez, surpris de voir le prince Albert décoré du grand cordon de la Légion-d'honneur. J'appris d'un aide-de-camp que le roi lui avait fait, la veille, cette gracieuseté; quant à la reine, Louis-Philippe l'avait priée d'agréer deux magnifiques tapisseries des Gobelins, merveilleuses peintures dont notre industrie est fière à juste titre.

Le prince de Joinville, celui de tous les membres de la famille royale avec qui la reine semble liée d'une amitié plus intime, raccompagne à bord du yacht jusqu'à Brighton. Trois bateaux à vapeur français se sont joints à la flottille anglaise, et naviguent de conserve avec elle.

Aujourd'hui tous ces lieux si retentissants, si animés naguère, sont rendus à leur solitude habituelle. Les gens du château se partagent les 25,000 francs de gratification que la reine leur a laissés; les pauvres qui ont vécu je ne sais comment, pendant qu'un morceau de pain se vendait au poids de l'or, se réjouissent de la mince libéralité du prince Albert, qui leur a laissé 3,000 francs. Ceux qui, comme M. Vatour, par exemple, ont reçu, pour prix de quelque léger service, bagues, tabatières, bijoux en brillants, montrent à leurs amis ces marques de munificence. Hier il n'était bruit que de cette visite; aujourd'hui on en parle moins; demain on n'en parlera plus. Eh! Dieu veuille qu'un jour, d'un côté ou de l'autre du détroit, pessimistes anglais ou alarmistes français n'aient pas quelque occasion inattendue de s'écrier: «Ah! nous l'avions bien dit!»............

(Nous donnerons dans le prochain numéro d'autres dessins et quelques détails qui n'ont pu trouver place dans celui-ci,)

Petits Poèmes du Nord.

LA PENSÉE.

Quelquefois la pensée dort tandis que la parole, dont elle est l'amie ou le guide inséparable, se hasarde imprudemment, et s'avance seule: sa démarche parait d'abord assurée, parce que, habituée à se soutenir sur sa compagne, elle peut ainsi faire quelques pas sans elle; mais bientôt elle chancelle, et tombe étourdie; alors la pensée se réveille, elle court après la parole, la rejoint, la relève, la raffermit, la soutient, puis elle voltige autour d'elle, la devance, et lui dit avec un doux sourire: Ma soeur, me voici.