Au commencement de l'année 1843, M. Charles Jourdain, jeune architecte, déjà chargé de la construction de la chapelle, l'a été également de l'exécution des dépendances nécessaires à sa garde, à son entretien, à sa desserte. Ces dépendances consistent en un mur d'enceinte, et trois corps de bâtiments, à rez-de-chaussée et à terrasses, comprenant le logement des gardiens, une sacristie et des salles d'attente pour les visiteurs. Ces bâtiments sont reliés entre eux par des portiques en style de cloître gothique. Le terrain de l'enceinte est compris dans un octogone de cent mètres de diamètre. Des plantations de cyprès entourent le monument, et la manufacture royale de Sèvres prépare, pour les croisées, des vitraux de couleur.
Fêtes des environs de Paris.
LA FÊTE DE SAINT-CLOUD.
Si les fêtes des environs de Paris se suivent et se ressemblent trop souvent, si leur physionomie générale porte une teinte de monotonie passablement soporifique, chacune a cependant un trait particulier qui la distingue de ses voisines. Corbeil a ses pèlerinages au tombeau du bon sire Aymon; Saint-Germain a son jeu du baquet et ses noces de Gamache en plein air, où l'on voyait, il y a quinze jours, le soleil torréfier les viandes à la broche, ainsi prises entre deux feux; Nanterre a son jeu des ciseaux et son couronnement de rosière; Clichy-la-Garenne, fier de son emplacement géographique à cent dix pieds au-dessus du niveau de la Seine, se donne un faux air suisse et forme des archers au moyen du tir à l'oiseau; Saint-Cloud, enfin, pour abréger cette énumération qu'il ne tiendrait qu'à nous d'élever à des proportions homériques, Saint-Cloud, dis-je, a ses mirlitons. La fête du bourg musical et le son de cet instrument nasillard ne se séparent point l'un de l'autre; qui dit Saint-Cloud, dit mirliton, et rien que d'entendre prononcer le nom de l'un, il nous semble avoir dans l'oreille les chevrotements enroués de l'autre.
Ce n'est pas, Dieu merci, que le mirliton manque à aucune fête populaire; il s'en faut de toute l'épaisseur d'un roseau creux chargé de galantes devises et d'une pellicule d'oignon. Mais ailleurs, le mirliton, cet emblème enroué de la vieille gaieté française, partage le sceptre avec la trompette d'un sou, la guimbarde et autres luths aimés de nos troubadours en casquettes. A Saint-Cloud, il règne sans partage, ou tout au moins sa voix altière étonne les accents criards de ses rivaux humiliés. Il est le rossignol de ce bruyant bocage; il est, si l'on peut toutefois comparer une voix de bois à une voix d'homme, le premier ténor de cet immense et strident concert d'amateurs, C'est à Saint-Cloud qu'on le voit prendre les dimensions pyramidales d'une toise ou d'un tambour-major. Si ce mouvement ascensionnel continue, il atteindra bientôt à la hauteur d'un mat de cocagne. On le verra alors s'avancer dans la fête connue le superbe géant dont parle le poêle lyrique. Une myriade d'autres mirlitons moins favorisés de la nature et du bimbelotier formeront la suite triomphale et célébreront à l'envi ses louanges sur tous les tons. Mais lui, quelle poitrine humaine pourra contenir assez de souffle pour faire vibrer ses vastes flancs? Aucune, sans doute; son tube divinisé n'aura besoin, pour résonner, que de l'haleine du zéphyr. Ce sera le mirliton éolien.
En attendant le jour de cette apothéose prédite par Grandville, et qui dès lors est immanquable (c'est comme si Nostradamus et l'Almanach prophétique y avaient passé), parcourons la fête, et sachons nous contenter des voluptés qu'elle nous offre, mirliton à part; car si cet adorable instrument résume les plaisirs de la journée, il ne les constitue point encore, fort heureusement, à lui tout seul.
Mêlons-nous donc à cette foule de merveilleux, de provinciaux, de pimpantes femmes de loisir, de jeunes grisettes qui, pour manier l'aiguille de Minerve, n'en ont pas généralement toute la sagesse, de superbes commis-marchand, d'éblouissants clercs d'avoués, etc., etc., que vomissent à chaque demi-heure les convois monstres du chemin de fer, et égarons-nous sous les ombrages du parc, l'un des chefs-d'oeuvre du grand Le Nôtre.
Et d'abord, vous le savez, les journaux et le programme séduisant affiché aux quatre coins de Paris par l'ordre de M. le Maire de Saint-Cloud, vous l'ont annoncé, les eaux jouent. Courons donc admirer ces deux belles cascades et ce fameux jet d'eau, l'orgueil de l'hydraulique, qui éteindrait trois incendies et n'a pas laissé d'allumer, dans les vers suivants, la faconde, intarissable comme lui, du chantre des jardins, de Delille, puisqu'il faut l'appeler par son nom:
J'aime ces jets où l'onde, en des canaux pressée,
Part, s'échappe et jaillit avec force élancée.