Il est évident que, si une fuite se manifestait sur un point quelconque de la conduite munie de cet appareil, l'eau ou le gaz, au lieu de miner les terres et de remplir les caves et les égouts voisins, glisserait dans le sable entre les cloisons imperméables, et, sortant par l'évent à la superficie du pavé, avertirait immédiatement de la nécessité d'une prompte réparation.

Nous ne connaissons qu'un point de Paris oz un moyen préservatif de cette nature ait été appliqué, et encore fort imparfaitement: c'est la rue Saint-Denis. La conduite de gaz qui passe en cet endroit devait forcément être posée le long du pied-droit de l'égout, et très-près des fondations des maisons riveraines. Il y avait donc double danger: pour y remédier, on enveloppa la conduite d'une couche de sable et d'une chape maçonnée en mortier hydraulique. Mais on négligea l'évent, qui cependant nous semble indispensable pour révéler au dehors l'existence des fuites.

Il n'est donc pas exact de dire que l'accident de Clerkenwell est un fait nouveau qui doit appeler l'attention sur un danger auquel on n'avait pas encore songé. Déjà le danger est connu, et on a songé à le prévenir; mais il faut espérer que ce nouvel accident qui frappe nos voisins, engagera notre administration municipale à s'occuper activement des moyens de s'en garantir, en adoptant, soit le système que nous avons décrit, soit tout autre qui lui paraîtrait atteindre encore mieux le but qu'elle doit se proposer.

Fête de saint Louis, à Tunis.

Chapelle Saint-Louis, à Tunis.

Le 25 août 1843, on a célébré à Tunis, au milieu d'une population immense, l'anniversaire de la fêle de saint Louis. Dès le point du jour, les vaisseaux français le Jemmapes, l'Alger, et le brick la Cigogne, ont annoncé la solennité par des salves d'artillerie. A huit heures du matin a commencé le service divin; le chapelain français, M. l'abbé Bourgade, a officié, assisté du clergé romain et maltais de l'église de Tunis. Parmi les personnes présentes, on remarquait M. de Lagan, consul-général de France à Tunis; les commandants et les états-majors des trois bâtiments français; M. Charles Jourdain, directeur des travaux de la chapelle; les consuls de Naples, de Sardaigne, de Hollande et de Belgique; le chevalier Raffo, conseiller intime de S. A. le bey. Pendant tout le temps du service divin, la musique militaire du vaisseau l'Alger a fait entendre des airs graves et guerriers. Le Te Deum a été accompagné de salves d'artillerie.

Nos lecteurs n'ont pas oublié sans doute qu'en 1840 le bey de Tunis, Ahmed, a fait don au roi des français, sur sa demande, d'un terrain à l'ouest de la Goulette, entre la mer au nord, et des ruines romaines et carthaginoises au midi, à l'endroit même où mourut Louis IX le 25 août 1270.

Louis IX, débarquant non loin de la Goulette, sur la plage de Carthage, où s'étendent les ruines de l'ancien port et des quais, avait déployé ses tentes à peu de distance, sur un montagne isolée, en vue de Tunis et de la mer. C'est sur cet emplacement même, à 16 kilomètres de Tunis, qu'est érigée aujourd'hui la chapelle Saint-Louis. Au milieu des ruines d'un ancien temple, peu éloignées d'un cirque de construction romaine et des restes d'un grand aqueduc, qui amenait les eaux des montagnes à l'ancienne cité de Carthage, l'on a aplani avec soin une assez large enceinte entourée d'un mur d'appui, et au milieu de laquelle s'élève une plate-forme ronde, élégamment dallée à compartiments symétriques. On monte à cette plate-forme par six marches établies circulairement sur tout le pourtour, et au centre est construite la chapelle, d'une forme octogone. L'intérieur offre un rond-point entièrement libre au-dessous du dôme; on aperçoit ainsi, dès l'entrée, au fond, en face de la porte, l'autel, et au-dessus, dans la niche principale, la statue de saint Louis, en beau marbre blanc des Pyrénées, due au ciseau de M. Émile Seurre, et tirée des galeries de Versailles. L'édifice est bâti en pierre appelée marbre de Soliman, avec des remplissages en pierre de tuf, du sol de Carthage, et voûté en briques de Gènes avec enduit de mortier de chaux, formant stuc à la manière du pays. Ses fondations s'appuient sur les dalles en marbre et sur les bases du temple d'Esculape. Les fouilles ont fait découvrir plusieurs morceaux de colonnes cannelées, en beau marbre jaune de Numidie, des chapiteaux corinthiens et des parties d'entablement richement sculptées. Là paraît avoir été primitivement le plais de Didon, dont l'immense escalier s'avançait vers la mer.

Le gouverneur de l'arsenal, Sidi-Mahmoud, a fait solennellement, le 23 août 1840, remise du terrain concédé, au nom du bey, à M. de Lagan, consul-général de France. La première pierre de l'édifice fut posée le même jour, après la célébration de la messe par le père-préfet de Tunis, et un an après, le 25 août 1841, la chapelle fut inaugurée.