Quant aux visiteurs, que nous pourrions nommer profanes, ils ne pouvaient revenir de leur étonnement à l'aspect de cette variété infinie de rosiers de toutes les nuances, couverts de boutons et de fleurs comme au mois de mai. La perfection des procédés de culture a doté nos collections de roses réellement et complètement remontantes. Le temps n'est pas encore bien éloigné où l'on attachait une grande valeur aux rosiers décorés du titre de remontants, parce qu'ils donnaient à l'arrière-saison quelques roses fort inférieures à celles de leur floraison printanière. Aujourd'hui, ceux qui ont eu le plaisir de contempler les collections exposées par MM. Paillet, René, Margottin et Laffay, ont pu apprécier combien notre horticulture est devenue riche en rosiers aussi abondamment fleuris à la fin de septembre qu'ils ont pu l'être à la fin de mai.

Les fruits, en raison de la saison, formaient la partie de l'exposition la plus riche et la plus variée. Ce n'était pas sans peine que l'on perçait le triple rang des gastronomes collés à la balustrade et dévorant des yeux des pêches, des poires, du raisin, ses ananas, tels que Chevet et ses rivaux n'en ont jamais vendu de semblables. Un ananas d'un volume peu ordinaire, d'un vert lustré, exposé par M. Gontier, exhalait une odeur exquise et donnait, malgré sa couleur, tous les signes d'une maturité parfaite; c'était un premier fruit.

Les deux extrémités de la salle étaient occupées par des centaines de plantes tropicales étalant le luxe de leur brillante végétation: elles appartiennent à la belle collection de MM. Cels frères.

C'est au milieu de ces richesses horticulturales que se sont réunis les soutiens de l'horticulture parisienne, pour applaudir au triomphe de quelques-uns d'entre eux, proclamés, par la décision du jury, vainqueurs dans les divers concours. Après plusieurs discours écoutés avec le plus vif intérêt, les médailles ont été distribuées aux lauréats, aux applaudissements unanimes de leurs confrères, marques d'estime d'autant plus honorables qu'elles émanaient de ceux-là mêmes sur lesquels ils venaient de remporter.

Dans l'allocution chaleureuse de M. Chéreau, président du Cercle, le public a remarqué les vues sages et patriotiques de cet homme éclairé sur l'enseignement horticole. Au point où en sont de nos jours la science et le goût de l'horticulture, il est impossible que l'État ne songe pas incessamment à en répandre, à en organiser l'enseignement. Nous nous associons aussi au voeu exprimé par l'honorable président pour que les hommes les plus éminents de l'horticulture française reçoivent, au même titre que d'autres savants adonnés à d'autres applications des sciences naturelles, quelques-unes de ces distinctions qui les signaleraient de plus en plus à l'émulation des jeunes gens empressés de suivre leurs traces en profitant de leurs exemples.

Dieu me garde de dire à l'honorable ville de Paris un mot désagréable; je l'aime trop pour cela: je lui dirai cependant que je ne l'ai jamais quittée sans plaisir et que je n'y reviens jamais sans tristesse. Pour quelle raison? comment puis-je éprouver du tels sentiments pour un pays sans lequel, après tout, et loin duquel il me serait difficile de vivre? N'est-ce pas une bizarre contradiction? J'aime Paris à l'adoration, et je l'abandonne avec joie! Je ne saurais me passer de Paris et mon âme est sombre quand je le retrouve! Serait-ce donc que cette ville redoutable et aimée, qu'on recherche et qu'on fuit, qu'on adore et qu'on déteste, ressemble à ces grandes et mystérieuses passions qui donnent des plaisirs si inquiets et des joies si pleines d'anxiété qu'on ne peut ni renoncer au bonheur qu'elles procurent, ni cependant y retomber sans terreur?

Le plus douloureux moment pour rentrer à Paris, c'est la fin de septembre; attendez que le mois de novembre soit venu. Heureux ceux qui ont assez de liberté et de loisir pour rester aux champs jusqu'à ce que la dernière feuille soit tombée de l'arbre et que l'oiseau ait chanté sa dernière chanson mélodieuse! Quoi! rentrer à la ville quand l'heure de la campagne est plus aimable et plus charmante! quitter ces derniers rayons de soleil pâle et doux, et cette dernière verdure des bois mélancoliques, et les cimes dorées des feuillages que le vent d'hiver va bientôt dépouiller! La beauté de la nature, comme toutes les rares beautés, n'est jamais plus belle qu'au moment où elle est près d'expirer et de finir.

Là-bas, le ciel est encore lumineux et riant; l'alouette, se mirant aux perles de la rosée, égaie la venue des frais matins, et le soir a un charme ineffable. Cependant le ciel parisien est déjà sombre et maussade; il s'est voilé prématurément de nuages lugubres et porte le deuil des beaux jours avant qu'ils soient morts.

On dirait en vérité que Paris a un goût particulier pour le mauvais temps; il bataille le plus qu'il peut contre le printemps et l'été, et ne leur donne que le plus lard possible accès dans ses murailles et dans ses rues; puis il les chasse avant l'heure, et les met à la porte. Est-ce hasard? est-ce caprice? non; c'est un savant calcul d'égoïste. Paris n'aime pas le printemps et ne peut pas l'aimer; le véritable printemps de Paris, c'est l'hiver; l'hiver, voilà sa belle saison! Le bal, le spectacle, le plaisir, les fêtes, tout cela fleurit en janvier; Paris ne connaît pas de plus fraîche et de plus adorable prairie que le tapis de ses boudoirs et le parquet de ses salons; le soleil qu'il préfère est le soleil du lustre et de la bougie. Pourquoi s'étonner après cela de le voir si peu hospitalier pour le printemps et l'été, qui éteignent son soleil, enlèvent ses tapis, barricadent ses salons, et lui prennent le plus fin, le plus charmant, le plus élégant de sa population, pour la disperser de tous côtés, dans les châteaux, sur les grandes routes et sous les charmilles. Donc, Paris est dans son droit en se mettant si fort en garde contre le beau temps, qui lui joue de ces mauvais tours-là; il faut être juste.