--Don Benito-Domingo-Juan-de-Dios-Inigo-Jorge-Antonio-Isidro-Vicente Renavidès.
--Eh bien! don Benito-Juan-du-Dios, etc., excusez-moi de ne pouvoir retenir du premier coup tous vos noms, et veuillez cirer mes bottes.
--Que dit votre seigneurie?
--Je vous dis de cirer mes bottes.
--A qui croyez-vous donc parler? Savez-vous bien que je suis noble, plus noble que le roi, et que je descends en ligne directe du grand Pélage? Oser proposer à un homme comme moi un travail aussi dégradant! Prétendez-vous m'insulter?»
Là-dessus grand débat entre le maître et le valet, débat qui se termine par une transaction, comme presque tous les débats de ce monde. Il est convenu que le maître cirera la botte gauche pendant que le valet cirera la droite. Le noble Biscayen ne tarde guère à débarrasser le naïf épicier de ses deux bottes et du reste de son bagage.
Toutes les aventures de Remillard ressemblent, ou à peu près, à celle-là. Les brunes Castillanes lui font des avances, et ces avances sont des guet-apens; on le met en prison sans lui dire pourquoi; on le délivre sans qu'il sache comment; on lui prend sa bourse, on lui prend sa montre. Il échappe à un colonel carliste qui veut le faire fusiller, pour tomber entre les mains d'un général christino qui veut le faire pendre. Tiré de tous ces périls par le zèle d'une femme nommée Vivienne, il reprend enfin le chemin de la France rassasié de couleur locale, et jurant qu'on ne l'y attrapera plus.
Il y a dans cette parade de la gaieté et de l'esprit. Que peut-on demander de plus à une parade?