Quoi qu'il en soit, il est médiocrement agréable de faire quatre-vingts lieues entre le gros abbé qui prend du tabac et se mouche à chaque minute, et une énorme dame de choeurs qui ronfle perpétuellement et pèse à peu près deux cents kilos.
Maintenant, cher Paris, puisque je t'ai retrouvé, que m'apprendras-tu de nouveau? où en sont tes grands amours-propres et tes petits hommes, tes vertus et tes vices, ta laideur et ta beauté, tes charmantes médisances et tes bonnes calomnies, ta joie et tes souffrances, ton luxe et ta pauvreté? Que fait-on dans tes spectacles et dans tes rues, dans tes boutiques et dans tes Académies, dans ton salon et dans ton grenier, sous ta soie et sous tes haillons?
Tu te tais, tu ne me réponds pas. Ah! je devine! tu me vois encore fatigué de ma route, et tu attends, pour me faire les confidences et recommencer ta conversation avec moi, que j'aie repris haleine, oublié ma dame de choeur et mon abbé, essuyé mon front et rejeté la poudre du chemin.
Histoire de la Semaine.
Nos efforts tendront continuellement, sinon à élargir le cadre étendu que nous avons choisi, du moins à le remplir complètement. Aussi, reconnaissant aujourd'hui que l'Illustration, pour ne pas se borner à être un sujet de pure distraction, doit fournir à ses lecteurs, sur les faits curieux et les événements importants qui se succèdent dans tous les
pays, comme aussi dans les sciences et dans les arts, toutes les informations qui méritent d'être conservées, nous entreprenons aujourd'hui une revue que nous continuerons dans chacune de nos livraisons, et que nous appellerons l'histoire de la semaine. Sans doute, plus d'une fois, des faits que nous signalerons auront déjà été signalés, des nouvelles que nous enregistrerons auront cessé d'être complètement nouvelles; mais plus d'une fois aussi il nous sera possible d'envisager ce passé de huit jours tout autrement qu'il n'aura été envisagé, et, précisément parce que nous n'arriverons que le samedi, d'apprendre à nos lecteurs que ce qui les a fait frémir depuis le commencement de la semaine n'était qu'une invention, qu'une fable.
Nous aurions, à coup sûr, mauvaise grâce, dans ce temps de disette de matière pour les feuilles politiques, à leur reprocher ces événements qu'elles inventent, et qui offrent à leurs lecteurs des émotions devenues rares, et à elles l'occasion d'un second article pour démentir le premier. Qui n'a lu, par exemple, il y a huit jours, qu'un soulèvement était venu mettre en question, à Saint-Domingue, l'autorité du gouvernement nouveau, et faire renaître tout l'espoir et toutes les chances des partisans du gouvernement renversé? Deux jours après on nous annonçait que la nouvelle avait été apportée sans doute par un bâtiment retardataire; car, au départ du dernier navire, tout était calme et tranquille dans la république noire. Oui ne s'est senti profondément ému en lisant les détails de ce cataclysme qui avait, au Brésil, enseveli la moitié basse de la ville de Bahia sous la moitié haute éboulée? Ou vous donnait l'effrayante liste des édifices, des églises, des couvents, des rues entières où toute une population était demeurée plongée dans une sieste éternelle. Déjà on parlait d'organiser des comités et d'ouvrir une souscription uniquement pour faire inhumer les victimes, personne n'ayant survécu, déjà l'Illustration allait expédier un dessinateur pour prendre une vue de ce vaste et effroyable cimetière. A deux jours de là.
[NOTE DU TRANSCRIPTEUR: Les quelque vingt lignes suivantes sont sérieusement atrophiées dans le document original. Le logiciel de reconnaissance optique des caractères est resté totalement confus. Les yeux du transcripteur s'efforçant de reconstituer le texte, à partir de ce résultat et en scrutant le document original, ont également dû se déclarer vaincus. L'illustration ci-dessous montre ce dont il s'agit.]