Peu après l'arrivée du prince, à un signal fait à bord du Suffren, les embarcations des trois vaisseaux de ligne se détachent et se dirigent sur le brick le Voltigeur, à l'ancre sur un autre point de la rade. Ces onze chaloupes se divisent en deux flottilles; l'une d'elles, conduite par la grande chaloupe du Friedland, armée d'une caronade et montée par quarante-cinq hommes, se porte sur l'arrière du brick pour éviter le feu de sa batterie; l'autre flottille, guidée par la chaloupe du Scipion, s'avance vers l'avant du Voltigeur. A l'approche de ces embarcations, le brick fait branle-bas de combat, hisse ses filets d'abordage et ouvre le feu avec ses pièces de l'avant et de l'arriére. Les chaloupes approchent toujours et répondent au feu du brick. A une portée de fusil, le feu de la mousqueterie se mêle à celui du canon; les gabiers des hunes lancent du brick des grenades sur les assaillants; le combat redouble de vivacité, la fumée cache le Voltigeur aux autres navires de la rade. On devait aller jusqu'à l'abordage, mais l'animation des hommes, qui commençaient à prendre ce jeu au sérieux, fit juger prudent de s'abstenir du combat corps à corps; les chaloupes reçurent l'ordre de virer de bord et de regagner leurs vaisseaux.
Après quelques instants de repos, la fumée s'étant dissipée et les chaloupes ayant rejoint leurs navires respectifs, l'équipage du Suffren exécuta rapidement le branle-bas de combat. Ce mouvement terminé, tous les officiers et marins étant à leur poste, dans les batteries et dans les hunes, le porte-voix du commandant fit entendre l'ordre du combat; le sifflet aigu du maître d'équipage répéta le signal, et les batteries de tribord et de bâbord commencèrent leur feu. Après plusieurs décharges, la cloche se fit entendre et l'équipage se prépara à repousser l'abordage d'un vaisseau ennemi; les marins s'élancèrent dans les haubans, sur les bastingages, sur la dunette, et exécutèrent un feu nourri de mousqueterie; la corvette des élèves de deuxième année passait alors sous toutes voiles à portée de pistolet du Suffren.
Après ces divers exercices, à trois heures de l'après-midi, le duc et la duchesse de Nemours débarquèrent, visitèrent le château et sa salle d'armes si riche et si belle; ils se rendirent ensuite au cours d'Ajot, d'où ils eurent la vue d'une joute entre les chaloupes des navires de guerre. La beauté du temps, le calme de la mer ajoutèrent encore à l'intérêt qu'offrait cette scène.
Le 31, le duc de Nemours visita le port et les établissements de la marine, il visita le Valmy, vaisseau de trois ponts en construction. Le soir, un bal de 3,000 personnes eut lieu dans une salle immense. Les villages voisins y avaient envoyé des danseurs et des danseuses en costumes du pays, avec leurs bannières et leurs musiciens; cette variété d'habillements et l'exécution de danses nationales donnèrent à cette réunion une physionomie particulière.
Le 1er septembre, après la visite des fortifications et la revue des troupes, le prince assista, du cours d'Ajot à un simulacre de débarquement; le soir, il eut, du même lieu, le spectacle curieux d'un combat naval de nuit. Cette scène termina la série de ces exercices militaires, qui ont donné à tous les spectateurs une haute idée de ce qui pourrait faire notre marine en cas de guerre.
Théâtres
Théâtre de la Gaieté--Paméla Giraud, 4e acte.--Le
général Verby, Saint-Mar; Dupré, Joseph; Rousseau, Édouard;
Binet, Francisque; Paméla, madame Saint-Albin; madame Rousseau,
madame Stéphanie; madame du Brocard, Mélanie.
L'École des Princes, comédie en cinq actes, et en vers de M. Louis Lefèvre. (Second-Théâtre-Français).--Paméla Giraud, drame de M. de Balzac; (Théâtre de la Gaieté). --Les Bohémiens de Paris (Théâtre de l'Ambigu-Comique).
Le Second-Théâtre-Français, fermé pendant trois mois, a rouvert ses portes jeudi dernier; M. Ponsard et Lucrèce ont eu les honneurs de cette première journée; rien de mieux; cette politesse leur était bien due: sans M. Ponsard en effet, et sans Lucrèce, le Second-Théâtre-Français serait-il encore aujourd'hui le Second-Théâtre-Français? L'éclat de leur succès a fixé sa destinée chancelante, et appelé sur lui la manne de la subvention. Sans doute, l'oeuvre a les mêmes beautés de style que par le passé, mais les acteurs sont moins heureux et moins habiles. Il est fâcheux que M. Lireux, le directeur, n'ait pas gardé Bocage, Bouchet et madame Hadley, qui avaient fortifié de tout leur talent le premier succès de la tragédie de M. Ponsard; mademoiselle Maxime, M. Ballande et M. Godat les remplacent, mais ne les font point oublier; il ne reste de l'ancienne distribution que madame Dorval; encore a-t-elle abandonné le rôle de Lucrèce pour celui de Tullie, où elle réussit moins. Lucrèce est donc un peu compromise par ces changements et ces désertions; où sont d'ailleurs les succès éternels?