Théâtre de l'Ambigu-Comique:--les bohémiens de Paris, 4e
acte.--Crèvecoeur, Malis; Louise, madame Deslandes.

Le Second-Théâtre-Français ne semble pas vouloir économiser la marchandise; dès le lendemain, il mettait au monde une comédie en cinq actes et en vers.

L'idée de cet ouvrage est honnête et philosophique, mais d'une honnêteté qui frise l'ennui, et d'une philosophie par trop banale; voici le sujet en quelques mots.

Un misanthrope, du nom de Feldmann, s'est retire du monde, qu'il hait de toute son âme; sa philosophie mécontente et grondeuse a choisi, comme dit l'Alceste de Molière:

.......... Un endroit écarté,

Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.

Là Feldmann nourrit dans la solitude sa rancune contre le genre humain. Mais il n'est pas si fort enfoncé dans le désert qu'un prince d'Oldenbourg, qui chassait à travers bois, ne tombe chez lui. Le philosophe et le prince se mettent à causer ensemble; le prince traite gaiement le philosophe, et le philosophe gronde le prince et le prêche: «Que faites-vous, altesse? Vous opprimez, votre peuple, et vous êtes la dupe des intrigants et des pervers!--Allons donc! s'écrie le prince.--Sur mon âme, c'est la vérité, réplique le philosophe.--Eh bien! philosophe mon ami, venez avec moi; vous me donnerez des leçons, vous me corrigerez, et nous ferons, de compagnie, le bonheur de mes honorables sujets.»

Aussitôt dit, aussitôt fait: voilà Feldmann à la cour du duc d'Oldenbourg. Qu'y trouve-t-il? De méchants ministres qui sucent le meilleur de l'impôt et s'en engraissent, une comtesse ambitieuse, qui veut s'emparer de l'esprit du prince et mener les affaires à sa fantaisie. Ce n'est pas tout: le prince a une passion dans le coeur, et convoite la fille de son premier ministre; la belle résiste, et en aime un autre; ce dédain jette monseigneur dans des emportements, et des abus de pouvoir qui vont jusqu'à faire arrêter le père de cette beauté récalcitrante. Précisément Budner est le seul honnête homme du ministère; c'est avoir la main malheureuse.

Vous voyez d'ici la tâche de Feldmann: il combat l'intrigue, il fait face à l'ambition de la comtesse, il protège la jeune fille et son honnête homme de père contre l'amour et la rancune du prince, et morigène suit altesse le mieux qu'il peut. Après un semblant de résistance, le philosophe triomphe, le prince reconnaît ses torts, chasse les intrigants, congédie la comtesse, réhabilite le vertueux ministre, et marie la fille persécutée à l'amant préféré. L'excellent prince! et que le philosophe est heureux d'avoir rencontré, pour achalander son école, un si docile écolier!