Le grand malheur de M. Louis Lefèvre est d'avoir fait une déclamation plutôt qu'une comédie; personne n'agit, dans cette thèse à l'usage des princes et des courtisans; et vraiment, Feldmann trouve, dans ses adversaires, si peu de présence d'esprit et de savoir-faire, qu'il n'y a pas grand mérite de sa part, à être le plus fort contre eux, et à les vaincre.
Le style ne manque pas d'énergie, mais il est souvent incorrect et rude, et ne sert, la plupart du temps, qu'à faire des enveloppes de rimes pour quelque gros lieu commun.--Le succès a été pareil à l'ouvrage, très-lent à venir et très-froid.
Paméla Giraud, à l'exemple de la fille du premier ministre du duc d'Oldenbourg, a grand besoin d'être protégée. Heureusement, elle trouve aussi un protecteur; celui-là est, comme Feldmann, quelque peu philosophe, mais particulièrement avocat. Voici à quelle occasion il vient en aide à Paméla Giraud.
Paméla est aimée par le fils d'un très-riche banquier nommé Rousseau; non-seulement le jeune Ernest Rousseau est amoureux, mais il conspire. Être carbonaro et épris de mademoiselle Paméla Giraud, c'est bien de l'occupation à la fois.
S'il est au mieux avec Paméla, le jeune homme est fort mal avec la police; les gendarmes et le commissaire sont à sa piste; il presse Paméla de s'enfuir avec lui; mais Paméla a de la vertu; aimer honnêtement, soit; mais une fuite, jamais. Tandis qu'elle délibère ainsi et hésite entre l'amour et le devoir, le gendarme met la main sur Ernest Rousseau. Voilà Paméla au désespoir. Si elle avait consenti à fuir, les sbires seraient arrivés trop lard, et Rousseau serait libre. Ce sont ses scrupules qui l'ont perdu.
Remarquez, qu'il s'agit de la Cour d'assises et d'une accusation capitale: conspiration contre le prince et la sûreté de l'État!
La famille de Rousseau est au désespoir et fait venir un avocat; il faut sauver notre jeune homme à tout prix! Mais comment le sauvera-t-on? «Il n'y a qu'un moyen, dit l'avocat: que Paméla Giraud atteste que cette nuit où on l'accuse d'avoir conspiré, Ernest l'a passée tout entière près d'elle. De là un alibi, et de là le salut d'Ernest.
--Je ne dirai pas cela, s'écrie Paméla Giraud, car je mentirais, et puis je serais déshonorée.»
On offre de l'or, elle refuse.
On lui dépeint Ernest, qu'elle aime, condamné et montant sur l'échafaud; et Paméla consent enfin, sacrifiant ainsi sa réputation au salut d'Ernest. Dans un moment d'entraînement, la famille Rousseau lui promet de payer tant de dévouement, en lui donnant Ernest pour mari.