Le procès commence; Paméla fait la déposition convenue, et Ernest est acquitté. Mais le danger passé, la famille Rousseau devient ingrate. «Donner notre fils à cette petite fille, allons donc!» À cette nouvelle, la pauvre Paméla pâlit, rougit, pousse un cri et s'évanouit.

C'est ici que la protection de l'avocat est nécessaire et devient efficace: il se met sur la piste de ces Rousseau, il les attaque, il les pourchasse, il les effraie par toutes sortes de ruses, de pièges et de menaces, et les oblige enfin à tenir leur promesse et à faire le bonheur de Paméla.

Il y a des traits piquants et de l'observation dans ce drame, et l'on s'aperçoit que l'esprit de M. de Balzac n'a pas impunément passé par là; mais l'action en est un peu vague et confuse.

Parlez-moi des Bohémiens de Paris; quel drame singulier et curieux! des cabarets, des cavernes, des voleurs, des assassins, des noyés, des forçats; voilà de quoi vous donner des hauts de coeur et des crises de nerfs! On se hâterait de s'enfuir de ce monde repoussant, si, chemin faisant, la vertu persécutée, puis récompensée, ne vous faisait prendre le crime en patience.

Montorgueil est le chef de toute cette Bohème, c'est lui qui commande à ces bandits d'estaminet et de bagne; ce Montorgueil est d'ailleurs un homme de très-bonne compagnie et très-raffiné sur la mode: il a bottes vernies, gants glacés et canne à pomme d'or; mais regardez, derrière ce beau linge, vous trouvez un infime scélérat.

Tous les crimes de Montorgueil ont pour but de s'emparer d'un gros héritage, ou tout au moins d'une bonne part de cet héritage. Pour arriver à ce vol, Montorgueil persécute une pauvre jeune fille, trompe un honnête vieillard, entraîne un jeune homme à faire un faux contrat de mariage.--Que vous dirai-je? Montorgueil ne recule devant aucune entreprise et aucune mauvaise action. Rencontre-t-il un homme vertueux qui lui fasse obstacle, il l'attire dans un bouge infâme et le précipite dans une trappe souterraine; après quoi il fait démolir la maison. Il n'a peur de rien, il n'est arrêté par rien. Partout il a des espions, des compères, des exécuteurs de ses hautes oeuvres; ce sont les Bohemiens de Paris, tout ce que le désoeuvrement, la débauche et la rapine enfantent de consciences peu scrupuleuses et de mines équivoques. Montorgueil traîne le spectateur à la suite de cette gent effrontée, dans tous les lieux suspects et mystérieux qui leur servent d'abri, au cabaret, dans les jeux de billard souterrains, sous les arcades des ponts et dans les carrières Montmartre. C'est là précisément, à Montmartre, au Fond de ces carrières, que Montorgueil est sur le point d'accomplir un de ses plus grands crimes: il arme le père contre la fille, contre cette malheureuse fille dont Montorgueil a besoin de se débarrasser à tout prix; mais, au moment de frapper, le pauvre homme, poussé au crime par Montorgueil, reconnaît son enfant dans la victime qu'il était près d'immoler.

Ici commence la ruine de Montorgueil, qui finira par le châtiment que le dieu du mélodrame tient toujours suspendu sur la tête du coupable. D'abord, c'est ce père qui l'attaque le premier, puis la fille, puis les victimes que le scélérat croyait avoir ensevelies sous les maisons en démolition, et qui sortent saines et sauves des décombres. Montorgueil a beau faire, il a beau opposer à tous les événements un front audacieux, son heure est arrivée, et le gendarme n'est pas loin, ou plutôt le voici qui prend mon gredin au collet avec toute son armée de bohémiens. Que voulez-vous de plus? La morale n'est-elle pas satisfaite?

Ou découvre que Montorgueil ne s'appelle pas Montorgueil, mais je ne sais plus comment, Jacques Ferrand, peut-être, et qu'il a commis une quantité de crimes dont le catalogue ne finirait pas.

Enfin on le tient, et Dieu soit loué!

Les décors sont curieux et pittoresques. La scélératesse de Montorgueil aurait seule suffi au succès: que sera-ce donc avec la carrière Montmartre et le pont des Arts, peints par MM. Séchin, Diéterle et Gambon?