L'inexpérience d'un pensionnaire de première année est sensible dans cette peinture qui a toutefois le charme d'une simplicité naïve.

M. Lanoue, paysagiste de première année, a bizarrement implanté une scène du Nouveau Testament dans un site des États romains. Après avoir retracé une Vue de la route d'Albano à Striccia, il y a placé les Saintes femmes au tombeau de Notre-Seigneur comme si de lourds massifs d'arbres européens, et une grotte creusée dans les flancs d'un verdoyant coteau, pouvaient représenter les âpres rochers et la végétation brûlée du Golgotha.

Oedipe s'en allant de Thèbes, premier Grand-Prix de
Peinture, par M. Damery.

L'envoi de sculpture ne se compose que de trois morceaux: l'Empereur Commode aux jeux du Cirque, ébauche sans conséquence de Ml. Vilain (pensionnaire de quatrième année); une copie en marbre du Mars de la villa Ludovisi, par M. Godde, élève de première année, et Oreste poursuivi par les Furies, statue en marbre par M. Chambard, élève de cinquième année. Cette grande figure en pied n'est pas plus un Oreste que n'importe quel autre personnage en garde contre un invisible ennemi, mais elle a des muscles bien exécutés.

M. Vathier, élève de troisième année, graveur en médaille, n'a pas eu le temps d'achever sa médaille commémorative des secours apportés aux victimes des inondations qui ont ravagé la France en 1840. Les parties terminées font augurer favorablement de l'oeuvre complète. Le bas-relief du même pensionnaire, la Douleur pleurant sur la terre, manque complètement de modelé.

Ardon sauvé par un Dauphin, premier
Grand-Prix de Gravure en médaille
par M. Merley.

Les graveurs en médaille que le gouvernement français entretient à Rome nous envoient de la sculpture en guise de médailles; de même les graveurs ne nous donnent presque jamais de gravures; ils se bornent à copier à l'aquarelle des tableaux des différents maîtres. C'est ce qu'ont fait cette année, avec beaucoup de soin et de talent, MM. Saint-Eve et Pollet, M. Saint-Eve, élève de deuxième année, a reproduit la Madone d'Andréa del Sarto, et le portrait de ce maître par lui-même, tableaux tirés de la galerie dei Uffizzi de Florence. M. Pollet, pensionnaire de quatrième année, a exposé de charmantes copies d'après Raphaël, Titien, Léonard de Vinci et Andréa del Sarto. Nous signalerons surtout le Joueur de Violon et la Madona alla seggiola, d'après les originaux de Raphaël, qui sont, l'un dans La galerie Pitti de Florence, l'autre dans le palais Sciarra de Rome.

Deux architectes seulement ont satisfait à leurs engagements envers l'Académie des Beaux-Arts. M. Picard, élève de première année, a trouvé une excuse trop légitime dans une grave indisposition; M. Ballo, de deuxième année, n'a pu obtenir à temps l'autorisation de pénétrer dans un couvent de femmes où sont encloses les ruines qu'il se propose d'étudier. M. Lefuel, de troisième année, n'a terminé que quinze dessins sur vingt qu'il avait promis de livrer. Ces lavis, exécutés avec soin, représentent des portions de l'arc de Septime Sévère, des temples de la Concorde et de Jupiter Tonnant, du portique des douze grands dieux et du Tabularum, édifice antérieur aux empereurs, où se gardaient les actes public; et les senatus-consultes, gravés sur des tables de bronze. M. Guenepin, de cinquième année, a présenté, à titre de projet d'Hôtel des Invalides de la marine, un entassement confus de toitures, de dômes, et de pavillons. L'Académie attendait du même artiste une restauration des thermes de Titus; mais ce travail, commencé depuis deux ans, nécessite des fouilles considérables qu'il a été impossible d'achever.