Les prix d'architecture ont été adjugés à MM. Jacques-Martin Tétaz, de Paris, âgé de vingt-cinq ans et demi, élève de MM. Huyot et Lebas; Pierre-Joseph Dupont, de Dijon, âgé de vingt-huit ans, élève de MM. Debret et Huvé; Louis-Jules André, de Paris, âgé de vingt-quatre ans, élève de MM, Huyot et Lebas. Le sujet était un Palais de l'Institut destiné à recevoir les cinq grandes Académies: le projet de M. Tétaz ne manquait pas d'élégance; le portique corinthien couronné de statues, le dôme coupé par une terrasse à la partie supérieure, les corps de logis doriques de l'enceinte offraient un ensemble imposant. Le plan de M. Dupont était surchargé d'ornements de l'extérieur, mais l'emportait sur celui du premier grand prix par les distributions intérieures. On remarquait dans le travail de M. André le dôme central et la colonnade dorique du mur d'enceinte. Les autres concurrents étaient MM. Delage, Desbuissons, Lecoeuvre, Dubois et Louvet. Tous leurs projets, exposés les 20, 21 et 22 septembre, avaient entre eux la plus grande analogie, et paraissent calqués sur le bâtiment actuel des Quatre-Nations.
Le prix de gravure en médaille et sur pierre fine n'a pas été disputé, La glyphique illustrée chez les Grecs, et au treizième siècle par d'habiles artistes, est tombée aujourd'hui en discrédit, et n'est guère cultivée que comme métier par les fabricants de cachets. Seul reçu en loge, M. Louis Merley, de Saint-Etienne (Loire), âgé de vingt-huit ans et demi, élève de MM. David et Galle, a obtenu sans contestation le premier grand prix. Il avait à exécuter en bas-relief Ardon précipité dans la mer, reçu par un dauphin et transporté au cap Ténare; puis il devait réduire ce bas-relief en creux sur un coin d'acier, et copier sur pierre fine un camée antique. M. Merley s'est acquitte consciencieusement de ces différents travaux, et il était juste de l'encourager dans une carrière à laquelle bien peu de jeunes gens daignent se consacrer aujourd'hui.
Aux expositions partielles a succédé, du 1er au 8 octobre, l'exposition générale des grands prix et des envois de Rome. Cette année, différentes circonstances, les maladies, le mauvais vouloir, on des obstacles imprévus, ont empêché plusieurs pensionnaires d'accomplir leurs obligations. Les travaux expédiés sont en petit nombre et peu saillants; l'oeuvre capitale, celle qui prime tous les autres envois par les dimensions et l'importance du sujet, est le Jérémie, de M. Murat, pensionnaire de cinquième année. Le peintre, s'inspirant du chapitre 21 des Lamentations du prophète, l'a représenté au milieu des vieillards et des jeunes filles de Jérusalem, gémissant sur le sort de la Ville Sainte et des Hébreux captifs de l'étranger. La scène est éclairée par les rayons d'un soleil couchant dont l'effet est rendu avec une remarquable puissance de couleur. En louant, dans la composition de M. Murat, l'arrangement des groupes et la grâce de quelques figures de femmes, nous lui reprocherons l'absence de caractère. Rien n'indique que l'action soit en Judée, au temps de Nabuchodonosor; le prophète n'est pas assez distinct de ceux qui l'entourent; son attitude exprime moins l'inspiration que l'accablement. En lui donnant les rides et la barbe blanche d'un vieillard, M. Murat n'a point songé que Jérémie, qui, destiné à la prophétie des le sein de sa mère, commença ses prédications sous le règne de Josias, l'an 629 avant Jésus-Christ, était jeune encore à l'époque de la prise de Jérusalem par les Babyloniens, l'an 606 avant notre ère.
M. Pils, pensionnaire de quatrième année, a envoyé la copie d'une fresque du cloître de l'Annunziata de Florence, la Mort de saint Philippe Benizzi, par Andréa del Sarto, et une petite esquisse, les Prisonniers athéniens récitant les tragédies d'Euripide. La copie reproduit fidèlement une de ces peintures religieuses d'un siècle où la forme était sacrifiée au sentiment. L'esquisse est peinte avec vigueur et témoigne d'une étude sérieuse des décorations grecques et étrusques.
La Mort d'Épaminondas, premier
Grand-Prix de Sculpture par M. Maréchal.
Nous avons de M. Hébert, pensionnaire de troisième année, un passage d'un ton chaud, et la Rêverie. Deux femmes demi-nues sont assises sur une terrasse; l'une, vue de dos, tient un narguillié; l'autre, vue de profil, laisse échapper de ses mains une mandoline. Sur le second plan, on aperçoit les dômes et les minarets de Constantinople, et dans le lointain l'azur limpide du Bosphore. M. Hébert, sans avoir jamais visité l'Orient, en a deviné, l'éclatante lumière; ses tons ont une vigueur qui n'exclut point la transparence, mais ses figures sont dépourvues de modelé; et puis est-ce là un sujet assez sérieux? est-ce pour arriver à peindre dus vignettes sur une grande échelle qu'on envoie les élèves évoquer les souvenirs de la Ville Éternelle, et ne doit-on pas laisser les odalisques à ceux qui fabriquent des lithographies à l'usage des boudoirs parisiens?
M. Brisset, pensionnaire de deuxième année, voulant peindre une académie, a pris pour prétexte le Fils de Priam, tué par Achille au siège de Troie. M. Lebouy a représenté un jeune berger, un pasteur de Virgile courtisant une jeune bergère, et lui répétant ces vers d'André Chénier:
Ma belle Pammyrhis, il faut bien que tu m'aimes;
Nous avons mêmes yeux; nos âges sont les mêmes.