«Vous êtes venu visiter notre pays, monsieur, dans une saison où le commerce est aux abois dit le major.
--A l'époque d'une crise tout à fait alarmante, reprit le colonel.
--Lors d'une stagnation sans précédent, ajouta M. Jefferson Brick.
--Je suis fâché d'apprendre que les choses aillent si mal, répliqua Martin. Cela ne durera pas, j'espère.»
Martin était encore assez peu au fait des usages de l'Amérique, sinon il aurait su qu'à en croire chaque citoyen, chaque individu, le pays est toujours dans un état de crise, toujours réduit aux abois, toujours défaillant, quoique les mêmes gens, en corps, soient prêts à jurer sur l'Évangile, à toute heure de jour ou de nuit, que sur la face du globe il n'est pas une contrée plus prospère, un pays plus florissant.
«J'espère que cela ne durera pas, répéta Martin.
--Il faudra bien marcher d'une façon ou de l'autre, reprit le major, et nous nous en tirerons, après tout.
--Le sol de notre patrie est élastique, dit l'éditeur du Rowdy.
--Nous sommes le jeune lion, ajouta M. Jefferson Brick.
--Nous avons en nous-mêmes des principes de vie et de force, fit observer le major. Si nous prenions un petit-verre d'absinthe avant dîner, colonel; qu'en dites-vous?»