Au Séjour au port de l'Astrolabe succède un curieux chapitre ayant pour titre Considérations générales sur les iles Salomon--Dumont d'Urville raconte l'histoire de ces îles depuis leur première découverte, en 1567, par Alvaro Mendana de Neira, jusqu'à sa dernière expédition, et résume tout ce qu'il a pu apprendre sur leur géographie, leurs productions et leurs habitants. Grâce aux pénibles reconnaissances qu'il a opérées, on connaît aujourd'hui la géographie complète des Iles Salomon. «Cependant il reste encore pour nos successeurs, dit-il après avoir constaté cet important résultat, de beaux travaux hydrographiques à faire; ils auront surtout beaucoup à nous apprendre sur les moeurs et les cérémonies des insulaires qui peuplent cet immense archipel.»

En quittant le port de l'Astrolabe', l'expédition gouverna directement sur les îles Hogolen. Chemin faisant, elle aperçut les îles de Sir-Charles-Hardy, la Nouvelle Islande, l'île Saint-Jean, les îles Vigurris. Monte-Verde, Dunkins et St-Cyrille. Enfin le, le 21 décembre, les deux corvettes laissaient tomber leur ancre tout près de l'Ile Isis, au milieu du groupe intéressant que leur commandant désirait visiter. Les premiers voyages à terre furent d'abord heureux; mais bientôt les naturels, qui semblaient être très-heureux et très-bienveillants, manifestèrent des dispositions menaçantes; il fallut même repousser la force par la force. Plusieurs membres de l'expédition échappèrent comme par miracle aux plus; graves dangers. Heureusement tous les travaux étaient terminés quand la guerre éclata, et les corvettes n'eurent à regretter la mort d'aucun homme. La réputation des Carolins est à jamais ternie, s'écrie Dumont-d'Urville: nous n'avons trouvé ici que des hommes méchants et perfides avec une figure prévenante, des formes agréables et des manières posées..»

Suivons encore l'expédition sur la carte. Laissant derrière elle le groupe Ouluthy, elle débarqua le 1er janvier 1839 à l'île Gouaham ou Umata où elle devait faire un séjour de dix jours. Rien de plus agréable à lire que la narration d'une chasse au cerf à Umata, par M. Demas. Dumont d'Urville ne voulant pas répéter ce qu'avait déjà dit M. Freycinet (Voyage de l'Uranie) a donné une preuve de tact et d'esprit en insérant dans son journal cet amusant récit. D'excellents vivres frais, de l'exercice et le bon air d'Umata rendirent en peu de temps aux équipages fatigués toute la force et l'énergie nécessaire pour les travaux pénibles qui restaient encore à faire. Le 10 janvier on remit à la voile. Tant de voyageurs ont décrit cette terre féconde et le moeurs indolentes de ses habitants, que le commandant de l'Astrolabe ne crut pas devoir leur consacrer, comme aux îles Salomon, un chapitre entier. Toutefois, il publie de curieux détails sur les immenses changements opèrés depuis dix années dans le gouvernement de Mariannes, où flotte depuis si longtemps le pavillon espagnol.

Le 13 janvier on reconnut l'île Gowam; le 14, les principales îles Pelew; le 19, l'île Palmas; le 23, Serangan, Mindanao, Bulk, Limtua; le 23, Haycock et Booken-Island; le 26, Sanguir. Ce jour-là faillit être fatal à l'expédition: les deux corvettes n'échappèrent que par un hasard providentiel au plus grand danger qu'un navire puisse courir. Après avoir chenalé entre les îles Kurakitu et Rocky-Islets, le 28, Dumont d'Urville aperçut la pointe de Siao et les îles Moudang; puis il se dirigea directement sur Ternate, où il arriva le 29.--Une excursion au volcan de Ternate, par M. Dombron, les visites de Dumont d'Urville et de M. Jacquinot au résident hollandais et au sultan détrôné, la description de la ville, l'histoire des anciens souverains de l'île et de la colonie hollandaise; enfin des réflexions importantes sur l'avenir de cet établissement, terminent le cinquième chapitre de ce volume.

Le chapitre sixième et dernier a pour titre: Séjour à Amboine. La traversée de Ternate à Amboine n'avait duré que deux jours. Le 3 février à midi, l'Astrolabe et la Zélée, parties le 1er de Ternate, laissaient tomber leurs ancres sous le fort Victoria, devant la capitale des Moluques. C'était la troisième fois que, commandait l'expédition scientifique, Dumont d'Urville venait demander au port d'Amboine l'hospitalité et les moyens de continuer sa route aventureuse. En 1839, comme dans les deux précédents voyages, il reconnut que le peuple hollandais est le peuple le plus hospitalier du monde, pourvu cependant que la mission de l'étranger ne soit point commerciale. La relâche fut de dix-huit jours, pendant lesquels des excursions intérieures, des dîners et des bals se succédèrent sans interruption ... Dumont d'Urville; conclut cette longue partie de plaisir par des réflexions pleines d'intérêt sur cette colonie hollandaise, la plus importante des Moluques, empruntées au journal de M. Dubouzet.

Tel fut l'itinéraire suivi par les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, du 29 octobre 1839 au 19 février 1840; tels sont les résultats principaux de ces quatre mois de navigation et de relâche. Dès que le tome VI aura paru, nous continuerons cette analyse. Les abonnés de l'Illustration qui ne liront pas l'Histoire du Voyage pourront du moins suivre sur une mappemonde la dernière expédition commandée par Dumont d'Urville, et se faire une idée approximative des services qu'elle a rendus à la science.

Contes du Bocage; par Édouard Ourliac. I vol. in-18,--Paris, ISC. 1843. 3 fr. 50 c.

Les Contes du Bocage contiennent, nous devons l'avouer, une sorte d'apologie de l'insurrection vendéenne. Les blancs y jouent peut-être un trop beau rôle; mais M. Ed. Ourliac n'est pas un historien, c'est un conteur. Que ses récits soient écrits d'un style facile et pur et qu'ils offrent de l'intérêt, la critique n'a pas le droit de lui rien demander de plus. Or, sous ce double rapport, il satisfera, si nous ne nous trompons, les amateurs de nouvelles les plus blasés et les plus difficiles; les bleus eux-mêmes seront forces de rendre un juste hommage à son talent.

Les Contes du bocage sont au nombre de quatre; ils ont pour titre: Mademoiselle de la Charnaye, Hector de Locmaria, la Commission militaire et la Statue de saint Georges.--Mademoiselle de la Charnaye occupe à elle seule plus de la moitié du volume. C'est l'histoire d'une jeune fille qui, pour ne pas affliger son vieux père aveugle, lui persuade que les chouans sont partout triomphants, et que son fils Gaston, mort sur le champ de bataille, est à la tête de ses soldats victorieux. Chaque jour des incidents imprévus déjouent ses calculs: d'abord, enfermée avec lui dans un vieux château, elle parvient sans peine à tromper complètement la crédulité de l'infortuné vieillard; mais bientôt il faut fuir, se déguiser, se cacher; de nouveaux mensonges, de nouvelles ruses, de plus en plus difficilcs à inventer et à soutenir, deviennent nécessaires. Après de nombreuses péripéties habilement ménagées, M. de la Charnaye découvre enfin la triste vérité. Sa fille, qui le faisait passer pour fou, se sacrifie vainement pour le sauver; elle est blessée et arrêtée par les bleus. Abandonné, le vieillard aveugle allume de ses propres mains un feu qui doit le trahir, la fumée trahit le lieu de sa retraite et on s'empare de sa personne. Alors il apprend en même temps la ruine de la monarchie, la mort de son fils, la défaite des armées vendéennes, la blessure et la captivité de sa fille; il se dénonce hautement et donne un démenti solennel à ceux qui veulent le traiter comme un insensé. Le père et la fille ne devaient plus se retrouver ensemble qu'au pied de l'échafaud. A la vue de son père, l'Antigone vendéenne se mit à fondre en larmes. Après l'avoir embrassé une dernière fois, elle implora son pardon à genoux. Quant à lui, ses dernières paroles adressées à l'exécuteur, furent que prier de tuer sa fille avant lui. «Moi, du moins, ajouta-t-il, je ne la verrai pas;» et cette grâce lui fut accordée.

Hector de Locmaria est un jeune émigré qui, pris à Quiberon et relâché sur parole pour vingt-quatre heures, revient à Vannes et meurt fusillé dans la prairie de Preauray--Dans la Commission militaire, M. Ed. Ourliac nous fait assister à l'exécution d'un pauvre curé des environs de Lyon. Enfin dans la Statue de saint Georges, il nous raconte comment un soldat marseillais, grand profanateur de chapelles, trouva miraculeusement la mort au moment où il allait faire sauter une statue colossale dans l'église de l'abbaye de Saint-Cyr, entre Bourganeuf et Machecoul.