Grande joie parmi les Boisménil, et mariage d'Armand et d'Alix. Tout cela est bien joué par Tisserant, Julien et mademoiselle Rose Chéri. Le public a soupiré, le public a pleuré, le public a pris plus d'une fois son mouchoir. Quand le mouchoir s'en mêle, le succès est flagrant.

L'Odéon nous donne une comédie assez gaie, et qui porte le titre de Tôt ou Tard. Ce titre veut dire que tôt ou tard il faut que jeunesse se passe. Si vous avez, payé votre dette au diable avant de vous marier, tant mieux; vous ferez un excellent mari; sinon vous serez un mari détestable, coureur, volage, ami du bal, des petits soupers, des débardeurs, et fort enclin aux nuits vagabondes et aux lettres de change. Des mots spirituels et des scènes plaisantes ont attiré la manne des bravos sur cette comédie de MM. Léonce et Moléri.

Nous tombons en plein mélodrame: le château de Valanza est bien le plus souterrain et le plus scélérat de tous les châteaux: des faux monnayeurs et des bandits y travaillent de compagnie, et pour surcroît de terreur, un affreux monstre, le comte de Monzzani, y joue toutes sortes de tours pendables à son cousin Lucio et à la belle Virginie Salviati. Quel est le but de toutes ces infamies de Monzzani? Oh! mon Dieu! le traître veut tout simplement, comme c'est l'habitude de ses pareils en mélodrame, escroquer à son cousin Lucio la belle Virginie, qu'il aime, et un héritage de plusieurs millions; ceci vaut la peine que Lucio y fasse attention. Mais Lucio est le meilleur des hommes et la plus docile des victimes; on l'empoisonne, on l'assassine, on le jette à trois cents pieds sous terre, on l'enterre avec une facilité digne d'étonnement. Lucio a cependant ceci de remarquable, que si, par imprévoyance, il se laisse tuer sept à huit fois et précipiter dans les abîmes du château de Valanza, il en revient toujours et ne meurt jamais; tel est son caractère; il met de l'entêtement à vivre autant de fois qu'on l'enterre. Mais on se lasse de tout, même de faire le mort. Un beau soir d'août, Lucio ressuscite définitivement au nez du féroce Monzzani, qui pâlit, chancelle, et tombe aux mains des gendarmes, vengeurs du crime.--Ce terrible mélodrame arrive en droite ligne du cerveau de MM. Alboise et Paul Foucher.

Le théâtre des Délassements Comiques a aussi son méchant génie: ce drôle s'appelle Rocaillon, il en est bien digue. Rocaillon poursuit de son furieux amour la Fille du Ciel, qui ne veut pas entendre parler de lui; Eloa, en effet, a bien d'autres choses à faire que d'écouter ce vilain Rocaillon. Elle a de tendres rendez-vous avec Phosphoriel, charmant esprit en chair et en os, qui lui conte fleurette à l'ombre des arbres et des charmilles. En vain Rocaillon fait jouer des ficelles abominables, Phosphoriel et la Fille du Ciel se marient à sa méchante barbe, et Rocaillon retombe au fond des plus épouvantables abîmes. Il faut bien que justice se fasse.

Le dialogue est plein de trappes et de feux de Bengale.

De la Traite et de l'Esclavage.

Les grandes questions, celles qui touchent aux plus chers intérêts de l'humanité, ont cela de particulier que de tout temps, et à propos de toute chose, elles attirent vivement l'attention et préoccupent les esprits. Le mouvement industriel qui semble dominer et absorber notre époque se lie intimement à ces vastes problèmes, et leur solution peut seule donner à l'activité prodigieuse qui, de toutes parts, se manifeste dans l'ordre des progrès matériels, un caractère de moralité et de grandeur.

Parmi ces problèmes, il en est trois que la prochaine session devra aborder; la loi sur l'abolition de l'esclavage d'abord, préparée avec tant de soin par les travaux et le rapport de la commission que présidait M. le duc de Broglie; la réforme de notre système pénitentiaire, question ardue dont le rapport de M. A. de Tocqueville à la Chambre des Députés doit faciliter la solution; enfin la liberté de l'enseignement, qui, dans ces derniers temps, a soulevé de solennels débats.

L'Illustration doit, non résoudre, elle n'en a pas la prétention, mais exposer du moins l'état de ces difficiles problèmes qui intéressent directement l'amélioration des masses et l'avenir des sociétés. Elle ne manquera pas à cette tâche.

Dernièrement encore, à la tribune du Parlement anglais(1), lord Palmerston interpellait le ministre pour savoir de lui si à l'avenir, lorsque par suite d'une tempête ou pour toute autre cause, un navire ayant des nègres à bord aura été jeté dans un port britannique, le gouvernement se proposait de déclarer ces hommes libres. M. T. Duncombe accusait le gouvernement de n'être pas animé d'un désir sincère de supprimer la traite. N'est-il pas déplorable qu'aujourd'hui encore on se livre à ce commerce honteux, et que la France, fut-ce au prix de lourds sacrifices, hésite à émanciper ses esclaves, elle qui aurait dû donner cet exemple au monde, elle qui a manifesté pour le droit de visite une si légitime et si unanime réprobation!