Le vieillard a dit vrai: Gargousse le petit-fils devient un démon qui sabre les gens à coups redoublés, assiège les cœurs, et réduit la fière Césarine à merci. Les deux Gargousse, le grand-père et le père, poussent des vivat, et se mirent dans leur digne petit-fils: Dieu merci, les valeureux Gargousse ne périront pas.--Cette histoire militaire des Gargousse est amusante et agréablement semée de mots plaisants; ajoutez à cet esprit des auteurs le talent de Levassor et sa triplicité phénoménale, et le vaudeville de MM. Étienne Arago et Dumanoir triomphera sur toute la ligne!
Ici on rit un peu moins; il est vrai que le Gymnase se plaît dans le sentiment et le larmoyant; et puis ne faut-il pas travailler pour tous les goûts? S'il est amusant de rire, n'est-il pas, de temps en temps, agréable de pleurer? Pleurons donc!
Comment rire, en effet, des infortunes du comte de Boisménil et de sa fille Alix? Il faudrait avoir le cœur bien cannibale.
Le comte, vieil émigré retiré en Angleterre, se trouve sans ressources; l'hôte qui l'abrite et le nourrit, un horrible avare, va le chasser, faute de paiement. Que faire? que deviendra Alix, une si charmante fille? C'est la surtout la grande douleur du comte.
Un jeune homme, Armand de Courvil, s'est attaché au malheur de cette famille; il aime Alix, et pour tout au monde voudrait soulager l'infortune de la fille et du père. Il y a un moyen de le faire; mais ce moyen est plein de périls; il ne s'agit de rien moins que d'exposer sa vie, et voici comment: le comte, en quittant la France, a caché 100,000 livres dans un mur de son château: si on pouvait les reprendre! «Eh bien! je les aurai,» dit Courvil, bravant la loi qui prononce la peine de mort contre tout émigré surpris en France. «Que m'importe!» s'écrie le brave jeune homme. Voilà du dévouement et de l'amour.
Il part déguisé en matelot, aborde en Bretagne, et, au milieu des plus grands dangers, arrive enfin au château de Boisménil. C'est quelque chose, mais ce n'est pas tout: il faut trouver le trésor, l'enlever, et surtout déjouer la surveillance de Jean Lenoir, ancien fermier du comte, et républicain clairvoyant. A cette qualité d'ennemi politique de M. de Boisménil, Jean Lenoir joint une vieille rancune: le comte l'a renvoyé injustement, et a injustement soupçonné sa probité.
La tentative réussit d'abord: Armand de Courvil découvre le trésor, s'en empare, et se dispose à regagner l'Angleterre, quand Jean Lenoir arrive. Il a flairé l'émigré et l'arrête. L'affaire devient sombre. Armand fait volontiers le sacrifice de sa vie; mais Alix, mais le comte, que deviendront-ils?
Théâtre des Délassements Comiques.--La fille du Ciel,
2e acte, 3e tableau: mademoiselle Bergeron, Phosphoriel;
mademoiselle d'Harcourt, la Fille du ciel.
Heureusement, Jean Lenoir n'a pas l'âme aussi noire que son nom. Il s'émeut en apprenant le dévouement d'Armand, et lui rend non-seulement la liberté, mais la précieuse cassette; puis Jean Lenoir imagine un moyen très-noble de se venger de l'injustice du comte: il remplit la cassette de pièces et de papiers qui prouvent clairement sa probité et son innocence. Or, Armand de Courvil arrivant avec la chère cassette, le comte n'a rien de plus pressé que de l'ouvrir. «Les quatre cent mille francs sont là,» dit-il. Point du tout; il ne trouve que ce compte-rendu de l'honnête gestion de son fermier. «Le traître m'aura volé!» Non pas: Jean Lenoir, craignant que l'or ne fût saisi en route, a substitué à la somme un bon de quatre cent mille livres sur un banquier de Londres, au nom de M. de Boisménil. Voilà comme Jean Lenoir se venge.