Lorsque le jour vint, comme la pluie avait effacé jusqu'aux moindres traces des sentiers au milieu de cette lande, il se dirigea vers la cabane des meuniers, guidé par le bruit du fleuve, el il y arriva enfin en suivant ses rives. Il s'en approcha comme un homme qui va entendre sa sentence de mort. Il entra; et à la Nena, accroupie auprès du feu, il demanda: «Est-il revenu?

--Qui? reprit la femme.

--Lui, lui, Alpinolo!

--Oh! messire, non... j'ai peur... Dieu ne veuille, mais il doit bu être arrivé quelque accident. Une âme le murmure à mon oreille. Pauvre jeune homme!»

Et en parlant ainsi, elle jetait un regard soupçonneux sur cet inconnu, en pensant dans quelle furie elle l'avait vu le soir précédent. Il fit seller son cheval, et partit en leur disant que si Alpinolo arrivait, ils le retinssent à tout prix jusqu'à son retour, parce qu'il y allait de la vie qu'il lui parlât. Le jour, le lendemain et les suivants, il erra à l'aventure, suivant son caprice, l'occasion, la volonté de son cheval, quelque idée, quelque superstition; il s'arrêtait en une contrée sans savoir pourquoi, cheminait, revenait sur ses pas, enfin il revenait toujours chez le meunier. Sa venue troublait la vie ingénument insouciante de ces bonnes gens, qui, se souvenant toujours de ses transporta, auraient vu avec moins de peine le débordement du fleuve. «Si celui-là, était au moins la fièvre, disait la Nena, je m'en délivrerais avec une messe à Saint-Sigismond»; et d'autres fois; «Jusqu'à Judas qui trouva un refuge le dimanche dans la maison du diable: mais pour celui-là, il n'y a pas de fête qui le tienne.»

Ainsi, la tête pleine de préjugés avec le meilleur cœur du monde, elle ne savait pas pourquoi, mais elle ne pouvait pas souffrir cet homme. «Ni notre chien non plus, ajoutait-elle; il n'a jamais pu s'accoutumer à le voir sans crier comme si on l'écorchait.

Ramengo retournait toujours, assidu comme un créancier; La première demande qu'il faisait était toujours si Alpinolo avait paru. Mais la réponse était toujours la même; «Non!»

Bulletin bibliographique.

Le Nord de la Sibérie; par M. de Wrangell (9).--Les Pyrénées; par M. le baron Taylor (10).--Les Rues de Paris; 1er volume (11).

Note 9: Traduit du russe par le prince Emmanuel Gallitzin, 2 vol. in-8, avec une carte. Amyot 15 fr.