La statistique a fourni quelques nouveaux documents. Le ministère des finances a publié un état comparatif des impôts indirects pendant les neuf premiers mois des années 1841-42-43. La recette totale du 1er janvier au 30 septembre 1843 a été de 557 millions: elle avait été de 547 en 1842, et de 521 en 1841, dont les recettes ont servi de base aux évaluations de 1843. On peut donc calculer que la plus-value des impôts pour la présente année sera d'à peu près 48 millions. La loi de Nuances a été votée avec un déficit prévu de 38 millions environ. L'équilibre entre les recettes et les dépenses serait donc rétabli si les crédits extraordinaires, supplémentaires et complémentaires n'excédaient pas 10 millions.--Le recensement de la population qui a été fait en France en dernier lieu donne le chiffre de 34,494,875 individus; en 1820, il n'en avait constaté que .30,464,875; en 1789, 25,065,883; en 1762, 21,7769,165; enfin, en 1700, le chiffre n'était que de 19,699,320. Ainsi, dans l'espace de moins d'un siècle et demi, la population de la France a presque doublé.--Une publication récente, l'Almanach populaire, donne ainsi la moyenne du tirage des journaux politiques de Paris: Siècle, 12,000; Presse, 11,500; Journal des Débats, 9,559; Commerce, 5,711; National, 4,925; Constitutionnel, 4,792; Gazette de France 4,614; Courrier Français, 2,914; Quotidienne, 2,615; Moniteur Universel, 2,250; Moniteur Parisien, 1,974; France, 1,148; Globe, 1,409; Univers religieux, 1,266; Messager, 878; Législature, 825.

La Société d'Encouragement, qui a déjà tant fait pour la prospérité de la France, vient de publier le programme des prix qu'elle se propose de décerner de 1844 à 1847 inclusivement. Ces prix sont au nombre de 18, et leur valeur totale ne se monte pas à moins de 224,400 francs. Ainsi, un prix de 6,000 francs est proposé pour la découverte d'un procédé salubre et convenable pouvant remplacer le rôtissage du chanvre et du lin. Trois prix de 1,500 francs ensemble sont destinés aux introducteurs filateurs de soie dans les départements où il n'en existe pas encore. La multiplication des sangsues sur une large échelle sera récompensée par deux prix de 2,500 et 1,500 francs. L'introduction en grand de plantes étrangères à l'Europe donnera droit à une prime île 2,000 francs. La plantation des terrains en pente sera également l'objet de plusieurs récompenses. La fabrication des tuyaux de conduite des eaux en fonte, fer laminé, bois, pierre ou terre cuite, partagera six primes montant ensemble 15,500 francs; les perfectionnements dans la fabrication des faïences dures auront également droit à des récompenses diverses montant à 13,000 francs. Enfin, un grand prix de 12,000 francs est destiné à l'auteur de la découverte qui sera jugée par la Société le plus utile au perfectionnement de l'industrie nationale, et dont le succès aura été constaté par l'expérience. L'inauguration du chemin de fer belge-rhénan a été célébrée par des fêtes à Anvers et à Liège; il le sera à Cologne, c'est-à-dire sur l'Escaut, la Meuse et le Rhin. Les feuilles de Belgique sont remplies des détails des fêtes dont les deux premières villes ont été le théâtre, et des discours prononcés dans ces solennités. Le jour de la liberté du commerce et de l'abaissement définitif des douanes internationales y a été appelé par tous les vœux, et l'on s'est vivement félicité des communications qui confondent désormais la Prusse et la Belgique. Le nom de la France n'a pas été prononcé une seule fois, et M. le baron d'Arnim, ministre de Prusse, a exprimé, par une figure un peu tudesque, les sentiments de sa nation, en disant: «La Prusse tend sa main de fer à la Belgique pour serrer la sienne dans une étreinte amicale et sincère, et pour unir les deux pays par un indissoluble lien.»

Y a-t-il encore quelqu'un à qui ne soit pas démontré le mal, peut-être irréparable, qu'ont fait aux intérêts commerciaux et politiques de la France les quelques égoïstes en faveur qui ont, l'an dernier, figuré une émeute pour faire avorter le projet d'union douanière avec la Belgique?

Une autre solennité, plus harmonieuse que l'éloquence de M. d'Arnim, a eu lieu dimanche dernier à la Halle-aux-Draps. On sait que M. le ministre de la guerre a autorisé, dans les régiments, l'introduction de renseignement du chant selon la méthode Wilhelm. Depuis environ quatre mois, mille soldats des huit régiments d'infanterie composant la garnison de Paris reçoivent des leçons de M. Hubert, inspecteur du chant dans les écoles primaires de la capitale. Trois cent quatre-vingts de ces élèves réunis ont subi, pour la première fois, un examen public. Après le solfège sur les notes écrites et sur l'indication des doigts; après quelques exercices sur la mesure, pour démontrer leur connaissance des différents rhythmes, ces trois cent quatre-vingts voix ont chanté quatre morceaux de l'Orphéon avec un ensemble des plus remarquables. M. le préfet de la Seine, le général commandant la place et les officiers supérieurs de la garnison de Paris assistaient à cette réunion, où tous les yeux se portaient sur notre poète national Béranger. L'on remarquait que tous les exécutants appartenaient à l'infanterie, et l'on se demandait si la cavalerie n'avait pas encore demandé ou obtenu l'autorisation de suivre ces cours.--Plusieurs conseils-généraux ont reconnu le bon effet de ces distractions artistiques mises à la portée du peuple et répandant du charme sur des existences laborieuses. Les conseils du Rhône et de l'Ain sont particulièrement entrés dans cette voie.--Le goût des arts se rencontre plus communément dans les classes ouvrières que beaucoup de personnes ne le pensent. Un jeune homme qui promet à la Belgique un bon artiste de plus, Bottemann, âgé de vingt-un ans, vient d'obtenir à Rome le premier prix de sculpture à l'Académie pontificale de Saint-Luc. Il n'avait que huit ans quand il perdit son père, tailleur de pierres à Hal, et il fut obligé de prendre le ciseau et le maillet dans le chantier paternel. Mais ses heureux instincts l'appelaient à autre chose qu'à équarrir humblement la pierre. Il vint à Bruxelles suivre les leçons de l'Académie de dessin, et fréquenta les ateliers de MM. Simon et Creefs. Muni des certificats les plus honorables, il partit pour Rome le 26 août 1842; et, en attendant des succès qui, comme on le voit, n'ont pas trahi ses espérances, le conseil communal de sa ville natale lui a voté annuellement des subsides.--C'est avec une vive satisfaction que nous avons vu également le conseil-général de la Meurthe se joindre, dans sa dernière session, au conseil municipal de Nancy pour contribuer aux frais de l'éducation artistique d'un jeune ouvrier potier nommé Jiorné Viard, né à Saint-Clément, arrondissement de Lunéville, «qui, depuis son enfance, dit la délibération du conseil, s'est fait remarquer dans la faïencerie, où il a été constamment employé, par son habileté, son amour pour le travail et ses dispositions extraordinaires pour la sculpture.»

Meeting en plein air.

Il y a dans un recueil publié il y a quelques années, le Salmigondis, une charmante nouvelle de M. G. Cavaignac, intitulée Est-ce vous? C'est le récit fait par un fataliste de toutes les contrariétés et de tous les malheurs qui lui sont successivement advenus toutes les fois qu'on lui a posé cette question en trois mots: Est-ce vous? Elle le força même un beau jour, adressée qu'elle lui fut par un aéronaute s'embarquant dans sa nacelle et cherchant dans la foule assemblée, autour de lui un compagnon de voyage, elle le força d'entreprendre une course aérienne pour laquelle, par amour-propre, il ne voulut pas laisser voir son peu de propension. Un officier en garnison au Mans vient de faire le même voyage très librement et sans provocation. Une ascension aérostatique avait été annoncée dans cette ville, pour un jour de la semaine dernière, par M. Kirsch, de qui nous avons déjà eu occasion d'entretenir les lecteurs de ce journal. Une foule considérable était assemblée-; tout était disposé, et le ballon gigantesque se trouvait prêt à quitter le sol, lorsqu'un spectateur, abandonnant sa place, écarte M. Kirsch, s'élève dans la nacelle aérienne, salue le public ébahi et s'élance dans les airs. C'était un commandant de cuirassiers, M. Verdun, que le public suivit des yeux avec une vive anxiété dans son aventureuse excentricité. Le Mans tout entier était dans les rues et aux fenêtres. Une heure après, le commandant débarqué heureusement, racontait à ses amis ses impressions de voyage.

La Cour d'assises de la Mayenne vient de mettre fin à une procédure politique engagée depuis longtemps. M. Ledru-Rollin, poursuivi à l'occasion du discours prononcé par lui devant les électeurs du Mans qui l'ont envoyé à la Chambre, après s'être vu condamner à quatre mois de prison par la Cour d'assises de Maine-et-Loire, dont le jugement avait été cassé, vient d'être acquitté par le jury de la Mayenne.

M. Lerebours, ancien secrétaire de la Commune au 9 thermidor et qui échappa à la réaction de cette journée, est mort aux environs du Mans, où il s'était retiré depuis une quarantaine d'années. Il avait été directeur de l'instruction publique et successeur, dans ces fonctions, de conventionnel Lakanal. Il était père du tragédien Victor, que nous avons vu dans l'emploi de Talma à la Comédie-Française et à l'Odéon, qui a fait représenter sur cette dernière scène une tragédie intitulée Hérald ou les Scandinaves, dans laquelle il remplissait le principal rôle, et qui, retiré du théâtre, est aujourd'hui lecteur du roi de Hollande,--M. Lehuérou, professeur suppléant à la Faculté de Rennes, déjà connu par d'importants travaux, et qui avait publié notamment un volume sur les Institutions mérovingiennes et un autre sur les Institutions carlovingienne, vient, par suite d'un fatal découragement, de mettre fin à ses jours.--M. de Montrond, intime ami du Prince de Talleyrand, vient de mourir. Il avait été le confident de bien des secrets et l'intermédiaire de beaucoup d'intrigues. Il touchait, depuis longtemps une pension de 40,000 francs par an sur les fonds secrets, qui lui a été servie jusqu'à sa mort.

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