Le grand prix royal de 14,000 fr. peut et doit même rétablir la balance en faveur de M. de Rothschild; Annetta, la digne fille de Miss Annette. Annetta, qui a si bien couru l'année dernière, et plus récemment ce printemps, Annetta a été ménagée par le prudent Carter. De peur de la fatiguer, il ne l'a engagée dans aucune course; elle arrive fraîche, légère, au combat; sa condition est parfaite; l'entraîneur a droit à tous nos éloges; tout le monde parie pour Annetta, elle est favorite. Si quelques joueurs hardis osent aventurer quelques louis contre elle, ils s'adressent à Adolphus magnifique cheval du comte de Cambis, et ils contient leur sort à la vitesse bien connue de ce bel animal. Mais en matière de course, les hommes proposent et les chevaux disposent. Personne ne songeait à Jenny, la modeste Jenny, qui n'a pour elle que des succès insignifiants de province, et le mérite négatif d'être une fois en sa vie arrivée seconde au Derby de Chantilly; mais depuis, Jenny est devenue la propriété du prince de Beauvau; le roi Midas changeait en or tout ce qu'il touchait; dans les heureuses écuries de la maison de Beauvau, les mauvais chevaux se changent en bons chevaux, les Jenny se changent en Nativa.

L'Illustration a saisi le moment où va être donné le signal du départ pour le grand prix royal. Tout le monde est à son poste; on aperçoit la tribune du jockey-club, les juges et les coureurs. Jenny est confondue dans la foule, mais bientôt elle en sortira: elle sera victorieuse.

Elle a gagné les deux épreuves avec une supériorité incontestable. Quoique pleine de sept mois, quoique restée en arrière de quelques longueurs, par la faute de son jockey, elle arrive première, au bruit des applaudissements et des bravos.

Courses de septembre au Champ-de-Mars.

Jenny a autrefois appartenu à lord Seymour, dont l'hippodrome regrette aujourd'hui l'absence. Lord Seymour, cet Achille des courses, est en ce moment renfermé sous sa tente, laissant prendre sa place par de jeunes éleveurs. Il est à regretter, malgré les succès de ses héritiers, qu'un homme si intelligent, et à qui les courses doivent tant en France, se soit laissé dégoûter par des revers immérités. Il a été dignement remplacé et suppléé par MM. Lupin, A. Fould, Sabatier, de Beauvau et de Pontalba; mais lord Seymour est presque dans notre pays le créateur de cette industrie, qui peut devenir nationale; et, tout en rendant justice au présent, pour être juste, il faut donner un regret au passé.

Les coureurs au départ.

Une remarque assez curieuse à faire, c'est que depuis plusieurs années le nombre des bonnes juments l'a emporté sur celui des bons chevaux. Ainsi, en 1841, nous avons eu Fiametta; en 1842, Annetta; en 1843, Nativa et Jenny; puis, dans un ordre inférieur, Tragédie, Amanda et Muse. Les chevaux sont bien loin de valoir leurs rivaux du sexe féminin. Cette, bizarrerie de la nature, est un malheur pour nos races françaises; des étalons pourvus des qualités qui distinguent Nativa, Annetta et Jenny eussent été précieux; leur sang se fût répandu par tout le pays, et eût amélioré les espèces; bornées à la condition du mères, ces juments perdent presque toute, leur valeur publique et nationale, et nous obligent à aller chercher en Angleterre, les étalons que nous eussions trouvés chez nous.

Courrier de Paris.