Barque faisant la pêche de la morue sèche, sur le banc de Terre-Neuve.
Portion de coupe d'un bâtiment de
pêcheur de morue (verte)--Profil.
Quant à la pêche qui se pratique vers les atterrages de l'Islande, elle s'opère sous une latitude de 64 à 66 degrés nord, au milieu des glaces flottantes et sur une mer sans mouillage et toujours tourmentée. A la côte, le navire est désarmé; au grand banc, il est mouillé sur son ancre; dans les parages de l'Islande, il est forcé de rester sous voile. Ici, la pêche se fait avec des lignes volantes de 100 à 120 brasses de profondeur; le poisson pris, au lieu d'être salé en vrac, est préparé et salé dans des tonnes apportées de France. On emploie, pour cette pêche, des bâtiments de 60 à 80 tonneaux, montés de 12 à 15 hommes d'équipage. Les navires partent en avril et rentrent dans le courant de septembre; quelques-uns, cependant, favorisés par la pêche, reviennent au mois de juin et repartent immédiatement pour un second voyage. Ainsi, les équipages tiennent habituellement la mer pendant six mois. Aucune pêche n'est plus propre à donner des marins intrépides, aucune n'est marquée par des pertes plus cruelles d'hommes et de bâtiments.
Fragment d'un bâtiment de morue
(verte), vu par la hanche.
«En présence du développement des forces maritimes des grandes puissances, disait naguère l'habile, administrateur chargé de soutenir devant les chambres l'exposé des motifs sur le dernier projet relatif à la pêche de la morue, la France ne doit pas rester stationnaire, et le gouvernement doit chercher les moyens de mettre les ressources du pays à la hauteur des besoins sans cesse croissants de notre marine. La pêche est une industrie féconde; déjà elle est la branche la plus importante de notre navigation commerciale, et l'inscription maritime, à laquelle elle fournit plus du cinquième de sa force vive, lui doit ses meilleurs matelots; aucune ne forme plus économiquement et plus promptement des marins robustes, actifs et propres au service de l'État, et cependant aucune n'est susceptible encore d'un plus grand développement... Le doublement de l'exportation et de la consommation des produits de la pêche suffirait pour donner au service de notre flotte 12,000 marins de plus.»
A ces judicieuses paroles de M. Senac nous ajouterons que la France a dans ses mains toutes les ressources pour se maintenir au rang des premières puissances maritimes, pour protéger le commerce le plus étendu, pour appuyer au besoin par ses forces navales la prépondérance de sa politique; mais il faut pour cela qu'elle ne renonce pas à se faire craindre sur les eaux. Or, il n'est pas de marine militaire possible sans une marine marchande active et nombreux, et c'est dans la politique de la grande pêche qu'elle, en trouvera tous les éléments.