Coupe de mer sous un navire faisant la pêche de la morue (verte). |
Haim et ligne de pêche. Morue. Morue habillée, dite morue plate.--Dessus. Morue habillée, dite morue plate.--Dessous, intérieur. |
La pêche sur la côte de Terre-Neuve a toujours été placée au premier rang; c'est, celle qui occupe le plus grand nombre de marins; on y emploie des bâtiments de toute grandeur, depuis 30 jusqu'à 350 tonneaux. Lorsque le navire est arrivé il la côte, vers les premiers jours de juin, on le désarme, et l'équipage vient s'établir à terre avec tout son matériel dans des cabanes de bois construites sur le littoral et qu'il faut remettre en état après l'hivernage. De là, les bateaux, montés de deux hommes et un novice, sont expédiés tous les matins à la pèche à la ligne pour ne l'entrer que le soir. Indépendamment de ces embarcations, chaque navire arme un ou plusieurs bateaux de Seine, qui sont montés de dix hommes et qui pèchent lorsque les morues deviennent plus abondantes. Au retour des bateaux, le poisson est tranché, salé et mis en pile: après plusieurs jours de sel, les novices et les mousses le font sécher sur les bancs de galet jusqu'à ce qu'il soit parvenu à un désiré de dessiccation suflisant pour le rentrer. Les pécheurs quittent la côte à la fin de septembre, la plupart pour rentrer en France, quelques-uns pour aller porter une cargaison de morues aux Antilles.
La pêche à Saint-Pierre et Miquelon a une grande analogie avec celle de la côte de Terre-Neuve: elle se fait avec des bateaux plats appelés wavys ou avec des pirogues. Ces embarcations, au nombre de 2 à 500, vont à la voile et à l'aviron; elles sont montées par deux hommes et sortent le matin pour rentrer le soir. On divise en trois catégories les différentes classes de gens qui se dévouent à la pèche, ou à la préparation du poisson sur le littoral de ces deux petites îles: 1º les pêcheurs sédentaires ou colons pêcheurs, au nombre de 1,000 à 1,400; 2º les pécheurs hivernants, qui passent la mauvaise saison ou qui s'établissent à terre pendant plusieurs années; leur chiffre, sujet à des variations, n'excède guère 300 individus; 3º enfin, les passagers pêcheurs venus de France et qui repartent à la fin de la campagne; on en compte environ 3 à 400 chaque année.
La pêche et la préparation de la morue étant la seule industrie des îles de Saint-Pierre et Miquelon, occupent la totalité des pêcheurs hivernants et presque tous les habitants sédentaires, hommes, femmes, vieillards et enfants, à partir de l'âge le plus tendre. La pêche commence au mois d'avril et se prolonge jusque vers le milieu d'octobre; elle est généralement assez abondante et donne du petit poisson. Comme à la côte de Terre-Neuve.
Pêcherie à Terre-Neuve
La pèche sur le grand banc s'effectue avec des navires de 120 à 130 tonneaux, armés de deux fortes chaloupes; 16 à 20 hommes d'équipage sont nécessaires pour la manœuvre du bâtiment et de ses embarcations: les départs de France ont lieu du 1er au 15 mars. Les navires se rendent directement à Saint-Pierre et y débarquent les passagers pêcheurs, les mousses et les novices, qui forment le complément légal de leur équipage, et qui ont pour destination le travail de la sécherie à terre; de là, ils font voile pour le banc, sur lequel ils vont mouiller par 70 à 80 mètres de fond, afin de s'y livrer aux opérations de la pêche. Les deux chaloupes sont mises à la mer, et, chaque soir, montées de cinq hommes chacune, elles vont tendre les lignes, qui sont armées de 4 à 5,000 hameçons. Tous les matins, les lignes sont levées, et le poisson, tranché, lavé et salé, est transporté à bond et déposé dans la cale. La partie de l'équipage qui est restée sur le navire, s'occupe aussi à la pêche avec des lignes de fond. La première pèche terminée, ce qui a lieu du 15 au 30 juin, le produit en est porté à Saint-Pierre pour y être séché, tandis que le navire, muni de nouveau sel et d'appâts, retourne faire sur le banc une seconde pêche. Parfois même il en fait une troisième, dont les produits, seulement salés, sont rapportés directement en France à l'état vert. La pêche du grand banc est plus dure et plus périlleuse que celle de la côte; elle exige des marins faits et des hommes intrépides; elle se pratique sur une mer sans cesse agitée; les pertes d'hommes et de chaloupes y sont fréquentes à cause des bourrasques et des brumes: la pêche à la côte forme les marins, la pèche au banc les aguerrit.
Pêche du capelan pour servir d'appât.