Aucun événement, aucun fait de politique intérieure de quelque importance n'est venu cette semaine occuper les esprits. La lutte du conseil municipal d'Angers contre le maire, auquel il refuse son concours, a presque seule remplacé dans la polémique des journaux les longues discussions sur les fortifications de Paris et sur le programme d'opposition mis en avant par M. de Lamartine. La politique prend ses vacances, et le ministère ne paraît pas encore d'accord sur la date précise où il doit les faire cesser. Ceux des ministres au bonheur desquels la présence des Chambres n'est pas absolument indispensable, voudraient que leur réunion fut différée jusqu'au 9 janvier; des scrupules constitutionnels font, dit-on, désirer à quelques autres membres du cabinet que la convocation ait lieu pour le 27 décembre, afin qu'on puisse appeler cette session la session de 1843, et demeurer dans la lettre de la Charte, qui en veut une par année. Nous sommes donc, quoi qu'il arrive, à peu près sûrs de pouvoir célébrer avec nos législateurs soit la nuit de Noël, soit la fête des Rois; nous voudrions être également certains que tous les travaux nécessaires à la session seront prêts au moment où la réunion aura lieu, que les séances pourront se succéder sans interruption, que les projets de loi auront été bien mûris, et que de nouveaux et fâcheux ajournements ne seront pas nécessaires.--A l'extérieur, l'attention de la France a également été peu absorbée par ses propres affaires. L'Autriche a-t-elle ou n'a-t-elle pas refusé au fils de M. le maréchal Soult, à notre ambassadeur à Turin, voyageant dans la partie de l'Italie qui se trouve sous la domination de Vienne, le titre de marquis de Dalmatie? Voilà la question qui a été débattue entre les feuilles du gouvernement et celles de l'opposition. Ce qui paraît être vrai, au milieu d'assertions contradictoires, c'est qu'on a dispensé notre ambassadeur de la formalité du passeport, pour ne pas lui en remettre un qui aurait porté ou une qualification qu'on n'aurait pas voulu lui donner, ou un nom qui n'aurait pas été celui qu il voulait prendre. Du reste, cette guerre à l'histoire est bien pauvre.

L'Irlande est la scène politique vers laquelle tous les yeux sont tournés. O'Connell et ses amis y poursuivent leur œuvre avec calme et mesure. Le peuple irlandais a compris que ses destinées à venir dépendaient peut-être de l'esprit d'ordre et de modération qu'il montrerait dans cette circonstance critique et décisive. Son attitude prouve son intelligence et fait le procès à ceux qui n'ont pas su et qui ne savent pas encore le traiter en égal et en frère. Autant O'Connell et ses compatriotes remplissent bien leurs rôles, autant le ministère anglais paraît n'avoir pas étudié le sien. Une feuille d'un comté dit qu'il n'y a autre chose à faire qu'à, pendre O'Connell. Il est évident que si ce journaliste voulait bien, dans son petit coin, se charger de cette mission, il tirerait sir Robert Peel d'un grand embarras. On a fait procéder à des enquêtes pour établir toute la série de crimes imputés aux chefs de l'association; les témoignages recueillis ont été ceux d'agents de la force constabulaire. On ne s'est pas encore arrêté dans le choix d'accusés qu'on se propose de faire parmi les prélats catholiques; quant aux rédacteurs du journal the Nation, et de quelques autres feuilles irlandaises, on ajoutera pour eux le chef d'accusation d'avoir cherché à séduire et corrompre les soldats de la marine et de l'armée anglaises. L'affaire sera appelée le 2 novembre devant le jury de Dublin, pour être remise, d'après les calculs les plus vraisemblables, aux derniers jours du même mois.--Les cortès espagnoles, depuis leur réunion, n'ont procédé encore qu'à des travaux préparatoires; la vérification des pouvoirs des députés n'a donné lieu à aucune discussion, à aucune lutte où l'on ait pu apprécier la force respective des partis. Outre ceux que les élections ont fait connaître, il s'en est, dit-on, formé un autre qui ne se propose sans doute que de jouer un rôle convenu pour faire regarder comme moins extrême le parti de Narvaez: c'est un parti qui fait semblant de vouloir que l'abdication de l'ex-régente soit déclarée nulle et de nul effet, parce qu'elle n'a pas été libre et volontaire. Nous ne croyons pas que personne le puisse prendre au sérieux. Rien de terminé, rien de plus avancé en Catalogne. Barcelone est encore dans la même et désastreuse situation. Quant à Girone, Prim a écrit à Madrid qu'il y entrerait ou se ferait tuer. On peut donc prédire que le sang coulera encore abondamment sur cette malheureuse terre d'Espagne. Au profit de quels principes et dans quel intérêt avouable? Nous serions bien embarrassés de le dire.--Du reste, au milieu de toutes ces crises sanglantes, le ministère espagnol trouve moyen d'organiser le service postal dans la péninsule. L'empereur de Russie, de son côté, a opéré dans ses États la réforme du tarif des lettres, que la France réclame toujours vainement. Que faudra-t-il donc pour vaincre l'obstination de notre administration? --Il vient de paraître à Madrid un nouveau journal politique, L'International. Cette feuille, rédigée en français, se propose pour but de faire connaître l'Europe à l'Espagne, et surtout l'Espagne à l'Europe. Dans le premier numéro, une nous avons sous les yeux, ses rédacteurs font preuve de talent et de sentiments patriotiques qui n'ont pas ce caractère d'hostilité envers l'étranger qu'on rencontre trop souvent dans les journaux de Madrid.--Des bruits très-contradictoires ont couru sur les troubles de la Romagne et les mesures récentes dont ils auraient été l'occasion. La Gazette du Rhin et de la Moselle avait très-positivement annoncé que le feld-maréchal autrichien Itadesky était entré à Bologne, à la tête de quatre mille hommes tirés du royaume lombardo-vénitien, sur une réquisition du gouvernement papal. La Gazette Universelle Allemande se borne à dire que la demande de les tenir à disposition à effectivement été faite, mais qu'elles ne seront entrées dans le Bolonais que si le cardinal-légat l'a jugé nécessaire. Il faut espérer que le cabinet français ne s'en remettra, pour cette question, ni au jugement du cardinal-légat ni aux bonnes dispositions du feld-maréchal autrichien, et que le souvenir de la conduite de Casimir Périer ne sera pas plus perdu pour le ministère que ne le serait pour la marine et pour l'armée l'exemple de l'amiral Gallois et du colonel Combes. La Gazette d'Augsbourg, au contraire, renferme une correspondance d'après laquelle le Saint-Siège ne songerait à venir à bout des mécontents qu'en entrant dans la voie de réformes politiques qui lui auraient été conseillées par plusieurs cabinets.

Il séculariserait d'abord une grande partie des hautes fonctions publiques qui sont dans ce moment dans les mains du clergé. Nous voudrions pouvoir croire à cette version.--Pour en finir avec les nouvelles des États pontificaux, nous dirons que le prêtre Abbé, dont nous avons annoncé la condamnation à mort en même temps que le bruit répandu de sa commutation de peine, aurait été exécuté le 4 octobre, si l'on en croyait les organes habituellement officiels. On a donc vu imprimer: «Hier matin, de bonne heure, le prêtre Abbé, originaire du Piémont, a été décapité dans le château Saint-Ange. Jusqu'à présent, on s'était imaginé qu'il obtiendrait une commutation de peine, parce qu'on pensait que le gouvernement ne se déciderait point à laisser un prêtre monter sur l'échafaud. Le pape a bientôt dissipé cette illusion. S. S. a voulu prouver qu'un criminel ne méritait aucune faveur à raison de son rang et de sa condition. Si l'exécution n'a pas eu lieu sur une place publique, mais dans l'intérieur du château, c'est uniquement que le Gouvernement a voulu éviter la trop grande affluence de peuple sur le lieu de l'exécution.» Mais personne à Rome n'a cru à cette nouvelle, et tout le monde s'est estimé autorisé à penser que le gouvernement papal a voulu donner une sorte de satisfaction à l'opinion publique indiquée à la nouvelle d'une commutation, et sauver ce misérable en considération de son caractère sacerdotal. Ou a pensé aussi qu'en faisant croire à la nouvelle de cette exécution, le gouvernement de Rome tenait à être considéré comme libre de ne pas reculer devant l'application de la peine de mort, si elle était prononcée contre des détenus du fort Saint-Léo.

Les mois de septembre et d'octobre auront été cette année cruellement féconds en désastres. Les journaux de nos ports de la Manche et de l'Océan sont pleins de détails sur les avaries et les échouements d'une foule de bâtiments du commerce.--Un tremblement de terre très-violent, accompagné de tonnerre souterrain, s'est fait sentir, le 3 octobre, à Jassy, en Moldavie, et a fait fuir dans les champs une grande partie de sa population effrayée.--Des nouvelles de Port-Léon (Florides) donnent les plus affligeants détails sur un ouragan et une inondation qui y ont exercé leurs ravages dans la nuit du 13 au 14 septembre. La ville fut soudainement inondée, tous les magasins situés sur les quais furent renversés par le torrent; la plus grande partie des maisons fut également détruite, et les malheureux habitants, à demi nus, durent aller chercher un refuge sur les hauteurs voisines. A Saint-Mareks, toutes les maisons ont été également détruites ou endommagées. Mais le désastre a été plus immense encore à Light-House; là, pas un seul édifice, excepté le phare, n'est resté debout, et l'on compte en outre quatorze victimes. Les habitations disséminées sur la côte ont aussi beaucoup souffert: dans l'une, tout le monde a été noyé. Aux dernières dates, on n'avait pu encore constater toute l'étendue du désastre, compter tous les noyés; mais on s'était assuré déjà de la disparition d'un très-grand nombre de personnes, qui ont sans doute été entraînées par les Ilots.

On a enfin le dernier mot sur le Télémaque et les richesses; que ses flancs recelaient pour les actionnaires de cette opération, dont l'Illustration (t. I, p. 4) a entretenu ses lecteurs au point de vue du procédé de sauvetage. Le notaire de Quillebœuf devant lequel avait été passé l'acte d'association ou de mystification a fait publier, dans les colonnes de plusieurs journaux, l'avis suivant: «Les actionnaires de l'entreprise du sauvetage du Télémaque sont informés que les travaux viennent d'être entièrement terminés. La cargaison est déposée sur le quai de Quillebœuf; elle consiste en cinquante-deux pièces de bois de construction. Ou avait aussi embarqué à bord du Télémaque une quantité considérable de barriques, mais on n'en a retrouvé que des débris qui attestent qu'elles ont contenu du suif et de l'huile. Jusqu'au 23 septembre, il était resté beaucoup de sable dans le navire; mais des ouvertures pratiquées à dessein ont donné passage aux courants; les grandes marées de la fin de septembre ont suffi pour le déblayer entièrement. Alors on a pu faire les plus minutieuses recherches, et l'on a acquis la certitude que l'opinion de l'existence de valeurs dans le Télémaque était absolument chimérique. Il ne reste plus aujourd'hui de ce navire qu'une carcasse informe. Il sera bientôt procédé, par l'autorité maritime, à la vente, tant de la cargaison que des débris du navire.»--Les actionnaires du Télémaque auxquels il resterait encore quelque argent à placer, pourraient le porter à une compagnie commerciale dont le siège principal est, dit-on, à Londres, et qui a des succursales dans les principales villes de l'Europe. Cette société, qui a pris pour titre The Iberian mercantile Company, offre au public 3 pour 100 de rente pour rien. D'après les combinaisons de cette compagnie, qui paraît s'être formée pour enrichir l'humanité, certains marchands désignés par elle, ayant un dépôt de ses actions et coupons d'actions, les délivreront, pour rien, sur la demande de l'acheteur qui viendra faire chez eux des emplettes. Si l'achat s'élève à 125 francs, on aura droit à une action principale portant intérêt à 1 et demi pour 100 la première année, 2 et demi pour 100 la deuxième, et 5 pour 100 les années suivantes. Si l'achat ne se monte qu'à 25 francs, on recevra un coupon d'action. «Les achats d'un particulier, dit le journal la Presse, s'élevant, terme moyen, à 3,000 francs par an, il en résulte qu'en dix ans, et sans débourser un sou, on peut se faire 1,000 ou 900 francs de rente.» C'eût été véritablement voler les lecteurs de l'Illustration, que de ne pas leur faire connaître une aussi bonne occasion de faire fortune sans s'en apercevoir.--Quant aux actionnaires des fameuses mines de Saint-Bérain, les pauvres victimes des Cleemann, Blum et consorts, ils paraissent aujourd'hui complètement désillusionnés; car les annonces judiciaires fixent le jour de la prochaine vente sur licitation sur une mise à prix qui n'est pas du douzième du capital social.

Un marché où à coup sûr l'acquéreur n'a pas été dupe, c'est celui que vient de conclure le ministère de l'intérieur avec un jeune paysagiste de l'École de Lyon, M. Amaranthe Roulliet, inventeur d'un procédé il l'aide duquel l'homme qui n'a jamais dessiné de sa vie peut trouver en quelques minutes la reproduction exacte d'un dessin ou la parfaite ressemblance d'un corps placé devant lui, soit dans des proportions identiques, soit avec diminution ou augmentation, et, dans ces derniers cas, avec une scrupuleuse observation de la perspective, sauf la beauté du trait, qu'une main exercée peut seule atteindre (Voir l'Illustration, t. I, p. 90,). Le procédé est, dit-on, des plus simules, sans machines, sans recours à la chimie, sans attirail incommode et coûteux. Il y a à peu près un an, M. le ministre de l'intérieur demanda un rapport à l'Académie des Beaux-Arts, qui, sur un examen superficiel et peu bienveillant, on ne sait trop pourquoi, refusa net de s'occuper de cette affaire, alléguant que de telles inventions nuisent à l'art en lui ôtant ses difficultés. Le ministre, peu touché d'une telle fin de non-recevoir, qui n'irait à rien moins qu'à proscrire la règle, le compas, la chambre noire ou claire, le daguerréotype, et bien d'autres instruments dont on use fort à l'Académie, et qui n'ont jamais nui à l'art, parce que l'art est très-distinct de l'exactitude matérielle, le ministre nomma une commission dans laquelle durent figurer MM. Cavé, Vilet, Mérimée, Lenormand, Lassus, Flandrin, Léon Coignet, Allaux. Après une étude longue et approfondie, à la suite d'épreuves multipliées dans lesquelles les difficultés de dessin des plus épineuses ont été vaincues avec une rapidité, une facilité, un bonheur incroyables, la commission a conclu à ce que la direction des Beaux-Arts achetât la découverte dans l'intérêt des beaux-arts et de l'industrie. On sait les lenteurs administratives; le secret fut enfin révélé à un membre de la commission, savant architecte, qui, dans un nouveau rapport au ministre, a déclaré la découverte plus étendue et plus féconde encore, que ne le croyait l'inventeur; sur quoi, une pension de douze cents francs a été accordée à M. A. Roulliet. Il y a de cela près de deux mois, et on ne comprend pas pourquoi la découverte n'a point encore été livrée à la légitime impatience de beaucoup d'artistes de premier ordre, moins dédaigneux de progrès qu'on ne l'est à l'Académie. Nous comprenons avec quelle prudence une telle affaire doit être officiellement traitée. Nous savons les ménagements qui sont dus à un corps respectable à tant de titres; mais enfin, si quelqu'un s'est endormi par hasard, une fois sans plus; si quelqu'un a manqué de goût et de pénétration, le public n'en est pas cause et ne saurait être puni. Le public, lui non plus, n'aime pas qu'on le fasse attendre.--Ce n'est point à ce procédé mécanique, mais au pinceau habile de Sigalon, que sont dus douze grands tableaux dont vont être décorés les plafonds de l'ancienne église des Petits-Augustins dépendant de l'école des Beaux-Arts. Ces peintures, qui ont chacune une dimension de quatre mètres de large sur six de hauteur, représentent les douze apôtres de la chapelle Sixtine à Rome. Ces beaux tableaux feront suite à la magnifique copie du Jugement dernier, exécutée par le même artiste, qui décore déjà l'abside de ce musée.

Éclairage au gaz sidéral.--Expérience faite le
20 octobre sur la place de la Concorde.

De nombreuses tentatives sont faites en ce moment pour enlever au gaz le monopole de l'éclairage. Dans la séance du l'Académie des Sciences du 29 mai dernier, MM. Busson, Dumaurier et Rouen avaient lu un mémoire sur l'éclairage par la combustion des huiles essentielles provenant du schiste, de la houille et du goudron. Ce mémoire avait attiré l'attention de l'Académie; mais comme, tout en sachant bien que ces huiles étaient très-riches en carbone et en hydrogène, ou n'ignorait, pas non plus qu'elles donnaient une flamme tellement fuligineuse qu'il avait toujours fallu renoncer à les employer à l'éclairage, on avait besoin que l'expérience vînt constater si MM. Busson-Dumaurier et Rouen avaient vaincu la difficulté devant laquelle jusque-là chacun avait échoué; ils l'ont en effet heureusement surmontée. Nous ne savons pas bien par quels calculs on arrive à établir, comme quelques journaux l'ont avancé, que cet éclairage est au gaz comme 6 est à 1, et à l'éclairage à l'huile comme 8 est à 1. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que cet éclairage, qui, quant à présent, doit coûter peu puisqu'il est alimenté par un liquide dont les usines de gaz, qui en produisent beaucoup, ne tiraient jusqu'à ce jour qu'un parti insignifiant, après avoir fonctionné pendant trois mois à la gare du chemin de fer de Saint-Cloud, depuis l'avenue du Château jusqu'à la station de Montretout, vient d'être essayé avec un égal succès, par l'administration de la ville de Paris, dans la rue de la Huchette et sur la place du Musée du Louvre. Si la difficulté d'allumer, sensible aujourd'hui, ne devient pas presque insurmontable par le froid, cet éclairage, que son odeur rendra toujours inapplicable dans les intérieurs, pourra être extérieurement d'une certaine ressource là où le gaz ne peut être établi, et les petites villes, qui ne sauraient supporter les dépenses de pose de conduits, pourront, en se procurant les lampes fort simples qui constituent l'appareil de ce nouvel éclairage, profiler à peu de frais d'un perfectionnement incontestable.--Vendredi 20, à neuf heures du soir, un nombreux public était rassemblé sur la place de la Concorde pour assister à l'essai d'un autre éclairage, l'éclairage électrique. Deux cents éléments de pile Bunzen, réunis dans le papillon qui sert de piédestal à la statue de la ville de Lille, étaient préparés pour illuminer un cylindre de charbon ouvert aux deux bouts, renfermé dans un bocal en verre plongeant dans de l'acide nitrique. Le cylindre de charbon renfermait lui-même un bocal de porcelaine poreuse contenant de l'eau acidulée à quinze degrés à l'aide d'acide sulfurique, et un cylindre d'amalgame de zinc plongeant dans l'eau acidulée. Deux conducteurs en cuivre partant des deux pôles de la pile, et terminés par du charbon aiguisé, se rendent dans un ballon vide d'air, où ils se rencontrent à une courte distance. Les deux fluides de nature opposée, en se réunissant, produisent une lumière douce et abondante. Les becs de gaz avaient été éteints sur presque toute la place, et ceux qui étaient demeurés ne servaient qu'à faire ressortir, par le rouge fauve de leur lumière, au milieu du brouillard où régnait ce soir-là, la blancheur éclatante de la lumière nouvelle. Il a été démontré que cinq foyers de cet éclairage illumineraient la place mieux qu'elle ne l'est, et lui ôteraient cette apparence de surtout de table que l'architecte lui a donnée. Mais quel est le prix de revient de l'application de ce procédé? C'est ce que personne n'a pu nous dire, et ce dont les inventeurs, hommes de science, ne se sont pas, dit-on, rendu un compte très-exact. Toutefois, on annonce un nouvel essai, avec un foyer beaucoup plus puissant placé au haut de l'obélisque; et cette fois, ou se propose d'asseoir des calculs qui puissent mettre à même de prononcer sur le côté pratique d'un procédé qui, s'il ne pouvait devenir usuel, serait toujours d'un bel effet dans les fêtes et illuminations. Les journaux américains nous ont appris la mort d'un savant astronome et mathématicien français, M. J.-N. Nicollet, ancien professeur du Lycée Impérial à Paris, décédé à Washington. Les feuilles des États-Unis lui paient un juste tribut d'éloges et de regrets.--Le Courrier d'Indre-et-Loire nous apporte la nouvelle de la perte que vient de faire l'émigration polonaise, d'un des hommes qui l'honoraient le plus. M. Pietkiewiez, ancien professeur suppléant à l'Université de Wilna, ancien nonce à la diète de Pologne, vient de mourir à l'âge de trente-huit ans, à Tours, qui lui avait été fixé pour résidence. Cet homme, qui avait la passion du bien, s'était dévoué à seconder l'établissement primitif de la colonie agricole de Mettray. Il avait été nommé professeur d'allemand au collège royal de Tours, et ses vastes connaissances, son esprit fin et doux, son caractère bienveillant, ses autres vertus, qui faisaient le charme et l'admiration de tous ceux qui l'ont connu, sont aujourd'hui l'inépuisable source des regrets de ses compatriotes, qui le respectaient, de ses amis, qui ne l'oublieront jamais, et d'une veuve qui pleure sur une union formée il y a quelques mois, et si prématurément, et cruellement rompue.