Les journaux qui tué M. l'amiral Roussin, qui aura pu entendre son oraison funèbre, car le lendemain les mêmes feuilles nous ont appris que cette nouvelle était sans fondement. Malheureusement beaucoup d'autres morts annoncées cette semaine n'ont pas été démenties de même.--L'émigration polonaise a encore perdu un de ses membres les plus illustres, le général comte Soltyck, qui avait servi avec honneur comme colonel dans l' armée française sous l'Empire, comme général dans l'armée polonaise durant la guerre de l'Indépendance, et qui avait, comme nonce, fait preuve nouvelle, à la diète, du dévouement et de la fermeté qu'il avait montrés sur les champs de bataille. C'était, du plus, un écrivain distingué; il a laissé histoire fort estimée de la guerre de Pologne en 1809, et la mort l'a surpris se livrant à d'autres travaux historiques.--Le clergé a perdu M. de Cosnac, archevêque de Sens, et M. le cardinal de Retz, auditeur de rote auprès du Saint-Siège.--M. le baron Capelle, ancien ministre de Charles X, et un des signataires des ordonnances de juillet 1830, a terminé à Montpellier une carrière remplie tour à tour par la disgrâce et la faveur. Une liaison avec Élisa Bonaparte, duchesse de Lucques et de Piombino, vue de mauvais œil par Napoléon, attira sur lui des mesures sévères, et fit d'abord connaître un nom qui devait, si fatalement pour celui qui le portait, figurer plus tard au bas du manifeste politique qui a déterminé la plus rapide de toutes les révolutions.--Enfin, les arts ont eu à enregistrer sur leurs tables funèbres la mort du pianiste Pradher;--celle d'un peintre paysagiste de Lyon, d'un remarquable talent, Guindrand, tombé depuis quelques années dans le plus funeste idiotisme,--et celle aussi d'un ancien professeur de l'école des beaux-Arts de la même ville, Berjon, peintre de fleurs.--Un nom appartenant à un artiste célèbre s'est également éteint. La fille aînée et le dernier enfant survivant du fameux acteur Bertinazzi, appelé au théâtre Carlin, mademoiselle Barbe-Suzanne Bertinazzi, vient de mourir âgée de quatre-vingt-deux ans.
Théâtre-Italien.
Belisario, tragédie lyrique en trois parties, musique de M. Donizetti.--M. Fornasari.
C'est une lamentable histoire que celle du Bélisaire de l'opéra italien, et l'on peut dire que jamais le dévouement monarchique n'a été mis à une plus rude épreuve.
Cet honnête Bélisaire, se trouvant en pays étranger, frà genti barbare, a fait un rêve. Il a vu un guerrier terrible qui renversait l'empire de fond en comble. Le voilà dans une grande perplexité.--Quel est ce guerrier? où est-il? comment le découvrir? Dans son inquiétude, il eut recours à un homme de Dieu; il lui conta son rêve; et l'homme de Dieu lui répondit qu'il n'avait pas besoin de chercher bien loin l'ennemi public dont il était en peine, et que ce guerrier mystérieux était son propre fils.
Ce fils était un enfant dans toute l'innocence du premier âge, et qui ne pouvait pas encore, évidemment, songer à conquérir le monde et à renverser le trône de Justinien. Néanmoins, Bélisaire fut impitoyable; il condamna son fils à mort, et le fit exécuter.
A la vérité, il ne fut qu'à moitié obéi sur ce dernier point. Proclus, qu'il avait chargé de l'opération, n'eut pas le courage de l'achever. L'enfant, au lieu d'être tué, fut seulement perdu.
Vous dites, madame, que c'est un abominable homme que ce Bélisaire? Je ne saurais être de votre avis là-dessus. Que dit, en effet, La Fontaine, le grand moraliste: