Une de nos jolies actrices de vaudeville fait mieux ou pis encore; ce n'est pas la cravache, mais le pistolet qu'elle manie à ravir. Elle ne manque pas une poupée, et fait la mouche à tout coup; heureusement qu'elle la prend rarement. On raconte cependant un fait qui peut donner de l'inquiétude: un vieux guerrier, qui a la prétention d'enlacer encore le myrte au laurier, adressa l'autre jour à notre jolie héroïne une déclaration sur papier satiné. Ce n'était pas une déclaration de guerre. Mademoiselle Page,--il est temps de l'appeler par son nom,--n'a qu'un penchant très-médiocre pour les gloires de l'Empire; elle les respecte trop pour les aimer. Sa petite main blanche répliqua donc au vieux brave par une fin de non recevoir; l'autre, loin de se décourager, fit remettre sa carte à la cruelle, qui la lui renvoya percée de quatre balles, avec ces mots tracés au crayon: «Par mademoiselle Page, il quarante pas.»

On assure que cette manie guerrière devient épidémique; la plupart de ces demoiselles se mettent sur le pied de guerre; mademoiselle D..., de l'Académie royale de Musique, parle de s'entourer de bastions et de forts détachés; mademoiselle M..., d'une enceinte continue; mesdemoiselles C., S., R. et N. prennent des leçons de Grisier et vont d'estoc et de taille; quant à mademoiselle Déjà..., elle n'a rien à craindre: sa vertu a plus de trente ans de salle.

L'aventure du jeune Arthur de B... fait grand bruit dans les boudoirs de la Chaussée-d'Autin; Arthur de B... est un jeune homme naïf et tout récemment éclos au jour de ce monde tentateur; arrivé depuis six mois de sa Bretagne, il en a encore les mœurs pures et tant soit peu sauvages. Une certaine baronne de ***, sa parente, et un peu douairière, entreprit dernièrement, dit-on, de civiliser ce naturel farouche; mais notre jeune Breton se cabra et y laissa son manteau. «Comment va ton jeune neveu Arthur? demandait le lendemain à la baronne une de ses amies intimes.--Qui, ma chère?--Arthur!--Ah! laissons donc: il s'appelle Joseph!...»

Le Théâtre-Italien avait annoncé la reprise de Semiramide pour mardi dernier; tout était prêt, les musiciens et les gosiers; cependant on n'a pas joué Semiramide. Quoi donc! Assur aurait-il été pris d'un enrouement subit, et Ninias d'une migraine! La chose est bien plus grave; le matin, M. Fornasari avait déclaré qu'il lui était impossible de chanter le rôle d'Assur.--Faute de voix?--Non pas; mais faute de barbe: la barbe que le costumier lui fournissait étant, à son avis, trop courte d'un pouce. M. Vatel a du céder à cette puissante raison; le bonhomme!--A sa place, j'aurais fait raser complètement M. Fornasari!

Notre siècle s'égaye de plus en plus; pour peu que cette belle humeur continue, nous arriverons à une gaieté folle. Voici une preuve incroyable de cette jovialité: le théâtre du Vaudeville joue depuis quelques jours un drame de madame Ancelot intitulé Madame Roland; savez-vous ce que ce gai Vaudeville, dit l'Enfant né malin, a fait mettre sur ses contremarques; Madame Roland agenouillée devant la guillotine: gai! gai! la farira don daine!

Je finis par le Protée anguillard (Proteus anguinus) que le Jardin-des-Plantes vient d'enrégimenter dans son armée: l'Illustration se fait un plaisir de vous offrir, par ses mains, le portrait de cet intéressant animal; faites-lui bon accueil, et récompensez par là le soin qu'on a de vous donner, à l'instant même de leur naissance, de leur mort ou de leur apparition, le fac simile de tous les personnages dignes d'attention, Protées ou non.

Les Vendanges.

Triste année! tristes vendanges! Après avoir taillé avec soin au-dessous du premier on du second œil, labouré et biné deux fois, employé la houe et la pioche, dressé des échalas, renouvelé les ceps par le provignage, le vigneron espérait que de vivifiantes chaleurs achèveraient son œuvre, et les chaleurs ne sont pas venues. La vigne a besoin de soleil et redoute la pluie; or, elle a eu, cette année, beaucoup de pluie et peu de soleil; l'humidité, en a énervé les racines; le froid et les vents en ont étiolé la tige; la coulure a gagné les ceps les plus robustes; et quand le mois de vendémiaire a ramené l'époque de la récolte, il n'y avait pas de récolte à faire. Force a été d'attendre, d'ajourner la proclamation du ban de vendange, qui se publie d'ordinaire du 8 au 20 septembre dans le Midi, du 20 au 30 septembre dans les autres départements. On a fini par recueillir tardivement quelques raisins étiques, dont les intempéries avaient arrêté le développement; et, dans plusieurs localités, on a pu dresser procès-verbal de carence. De là une hausse subite dans le prix des vins; ceux du Midi ont éprouvé cinquante pour cent d'augmentation; les pièces de bordeaux sont montées de 110 à 140 fr.; celles de bourgogne de 70 a 100 fr.; et celles des vins de la Loire de 26 à 75 fr.; les producteurs ont perdu; les débitants ont gagné; mais une mauvaise vendange est, en somme, une calamité nationale, dans un pays dont les vignobles occupent 2,134,822 hectares. Quoique l'Allemagne s'enorgueillisse du johannisberg et du hocheim; la Hongrie, du tokai; l'Italie du lacryma-christi; l'Espagne, du xérès et du malaga; le Portugal, du porto; le. Cap, du constance; l'Asie-Mineure, du Chypre, la France tient le premier rang dans la viniculture du monde entier. Elle produit annuellement, en moyenne, 36,563,796 hectolitres de vin, et 7,088,802 hectolitre d'eau-de-vie. Sur quatre-vingt-six départements, neuf seulement sont dépourvus de vignes; le Calvados les Cotes-du-Nord, la Creuse, le Finistère, la Manche, l'Orne, le Nord, le Pas-de-Calais et la Seine-Inférieure; les autres donnent des vins plus ou moins estimés. La pépinière nationale du Luxembourg, établie par le ministre de l'intérieur Chaptal, avec le concours du botaniste Bosc, a possédé jusqu'à 370 variétés de raisins cultivé en France, distingués par leur