Bien des chasseurs célèbrent la Saint-Hubert sans savoir la vie de leur protecteur ici-bas et dans le ciel. Si vous leur disiez: Monsieur, qu'est-ce que saint Hubert? ils vous répondraient; C'est un saint dont la fête arrive le 3 novembre.--Mais à quelle, époque vivait-il? pourquoi, comment a-t-il gagné le paradis? Ils resteraient bouche béante. Eh bien, je vais leur donner ici un petit abrégé de la vie de ce grand saint, pour qu'ils ne soient plus embarrassés quand on les interrogera.
Vision de Saint-Hubert.
Hubert était fils de Bertrand, duc d'Aquitaine; il naquit en l'an de grâce 656. Bertrand, fort brave homme, fatigué de la tyrannie d'Ebroin, maire du palais sous Clotaire III, secoua le joug et proclama son indépendance. Ebroin, fort sournois de sa nature, au lieu de combattre Bertrand en brave chevalier, aima mieux le vaincre par des sortilèges; il fit jeter un sort sur ce pauvre duc et le rendit imbécile. Il croyait ainsi envahir l'Aquitaine; mais Hubert était là pour parer le coup; ses prières au ciel rendirent la raison à Bertrand, qui livra bataille, et fut vainqueur. Hubert vint à Paris à la cour de Thierri 1er, roi de Neustrie et de Bourgogne; celui-ci, charmé de sa bonne mine, le nomma comte du palais. Mais Ebroin était plus maître que le roi; gardant rancune au jeune Hubert, qui avait désensorcelé son père, il lui chercha tant de noises qu'il fut obligé de quitter la cour. Il se retira chez Pepin d'Héristal, duc d'Austrasie, ennemi d'Ebroin. Une guerre éclata entre eux; Hubert y rendit son nom illustre, et il fut proclamé le plus brave, Thierri fut vaincu; Ebroin mourut assassiné; Pépin voulut garder Hubert, grand chasseur; il reconnaissait la même passion chez le fils de Bertrand, et vous savez le proverbe: «Qui se ressemble s'assemble.»
La Saint-Hubert du garde.
Hubert se fit à la chasse une aussi belle réputation qu'à la guerre. Pour démêler les ruses d'un cerf, il n'avait point son égal. Pepin le nomma grand-maître de sa maison, et lui fit épouser mademoiselle Florihane, fille de Dagobert, comte de Louvain. Les anciens chroniqueurs disent que la chasse lui faisait souvent oublier le service divin: il courait sans cesse à cheval dans les bois; dimanche ou fête, Pâques ou Noël, rien ne pouvait l'arrêter. Un sanglier lui faisait manquer la messe, un chevreuil l'empêchait d'aller à vêpres. Un jour, c'était le vendredi-saint, Hubert, dans la forêt des Ardennes, vit le cerf qu'il chassait venir droit à lui. Ô prodige! le cerf portait un crucifix entre ses deux bois. Effrayé, il tombe à genoux et entend ces paroles; «Ô Hubert! jusqu'à quand poursuivras-tu les bêtes des forêts? jusqu'à quand cette vaine passion te fera-t-elle négliger ton salut? Si tu ne te convertis pas promptement, tu seras précipité dans l'enfer.» Hubert répondit: «Seigneur, me voici prêt à faire votre volonté.» Le cerf lui dit: «Va chez mon serviteur Lambert à Maestricht, il te dira ce que tu dois faire.» Ainsi, dit la légende, Hubert, qui voulait chasser et prendre, fut lui-même chassé et pris. Saint-Lambert, évêque de Maestricht, lui donna de bons conseils, et surtout de bons exemples pour gagner le ciel. Demeuré veuf, Hubert se retira dans la forêt des Ardennes, là où se trouve aujourd'hui le village de Saint-Hubert. Il y vécut longtemps de la vie contemplative, ne chassant plus que les loups, lorsqu'ils venaient l'attaquer.
La Saint-Hubert au château.