Et douce, suppliante, appuyant ses belles mains sur les épaules du geôlier, elle tentait de fléchir son impassible cupidité. Mais ses prières ne faisaient pas plus sur lui que le souffle d'un vent d'avril sur une montagne de marbre. Et:

«Que Dieu! que diable! quelle charité? quelle récompense? disait-il. La charité, je suis homme à la recevoir et non pas à la faire. Hé! qui sait, les promesses pour l'avenir, l'ivrogne ne les écrit point. Parlons bref: ou vous avez quelque chose à me donner, et je parle; ou vous n'avez rien, et alors renfermez votre curiosité en vous-même, parce que je me tais.»

Et comme elle n'avait rien pu soustraire à la rapacité de Macaruffo, elle ne pouvait lui donner que ses larmes, ses supplications amères, et se jeter à genoux et prier le Seigneur. Mais le geôlier s'en alla, toujours impitoyable, faisant sonner ses clefs plus rudement en fermant les portes, et s'éloigna en chantant. Bientôt Marguerite n'entendit plus que les pas de la sentinelle qui passait nuit et jour devant la prison, et dont les pieds, retombant alternativement, ressemblaient à deux poids métalliques frappant en mesure le pavé.

CHAPITRE XVIII

LE SOLDAT.

UR le pavé de la prison, dans le corridor, Macaruffo, étendu tout du son long, dévorait avec appétit un morceau de pain bis et une tranche de lard. De temps en temps il avalait quelques gorgées d'un broc de vin qu'avec une affectueuse dévotion il tenait entre ses jambes. Il faisait nuit. Un profond silence régnait partout. Pour toute lumière, un lampion vacillant suspendu à la voûte, et à droite de Macaruffo une lanterne sourde dont les rayons, l'éclairant à demi, se réfléchissaient sur le paquet de clefs qui pendaient à sa ceinture. Une sentinelle silencieuse se promenait de long en large, faisant résonner du bruit monotone de ses pas les voûtes du corridor. Ce soldat s'arrêta enfin à côté du geôlier, et s'appuyant sur le bois de sa lance, il se courba un peu vers le Bergamasque et lui adressa la parole: «Compère, ton souper est frugal.

--Pain d'un jour et vin d'un an, répondit l'autre.--C'est toujours ainsi.» Et avalant une gorgée de vin, puis s'essuyant la bouche avec le dos de la main gauche, il ajoutait en branlant la tête:

«Si ce n'eût été, si ce n'eût été...

--Mais si ce métier maudit te pèse si fort, pourquoi ne pas le quitter?