Hôtel de M. Molé, rue de la Ville-l'Évêque.
Graillon, que de grandes destinées attendent, dit-on, s'il pratique le génie pour lequel Dieu l'a créé, est affligé d'une infirmité: il veut être peintre! Quand il peut dérober quelques heures aux groupes miraculeux qu'il enfante avec une si prodigieuse facilité, ces heures, il les consacre à la peinture. Or, ce que Graillon appelle peinture, c'est un certain mélange de jaune et de bleu étalé sur une grande toile. «Nous avons fait à Graillon, dit l'auteur d'un des récits auxquels nous empruntons le nôtre, de timides observations sur sa manie de peinture; il nous a répondu avec une certaine aigreur: «Voulez-vous donc que je me prive de mes récréations?». A cela nous n'avions rien à dire. Nous nous sommes retiré en faisant des vœux bien sincères pour que Graillon, qui peut nous compter au nombre des adorateurs les plus fanatiques de son talent de statuaire, se récrée le moins souvent possible.
En feuilletant les archives du greffe du tribunal civil de Château-Thierry, on vient de trouver quelques ligues échappées à la plume de Jean de Lafontaine. Malheureusement, l'autographe de notre immortel fabuliste est fort peu poétique et ne contient que la cession du banc qu'il possédait dans l'église de cette ville. Ce petit billet, annexé à des actes authentiques, nettement et très-lisiblement écrit tout entier de la main du signataire, ne manque pas d'un certain cachet d'originalité qui le rend digne de son auteur. Nous le reproduisons textuellement, sans ajouter un point ni un accent: «Je soussigné cède et transporte à M. Pintrel, gentilhomme de la vénerie, demeurant à Chasteau Thierry le droit et propriété telle qu'il me seait appartenir au banc place et cabinet que j'ay dans l'église de Chasteau Thierry sous le jubé pour en jouir pour luy toutefois seulement après le deceds de demoiselle Marie Hericart ma femme et ce pour des raisons et considérations qui sont particulières entre nous fait à Chasteau Thierry ce deuxième janvier mil six cent soixante et seize. «DE LA FONTAINE.»
La mort ne nous a donné à enregistrer cette semaine aucun nom illustre dans la politique, dans la littérature ou dans les arts. C'est le cas de dire bien bas, avec la prudence de Fontanelle: Chut!
Théâtres.
Théâtre de l'Opéra-Comique--Le Déserteur.
--Montauciel, Mocker; Bertrand, Sainte-Foy.
Opéra-Comique.--Reprise du Déserteur.
Qui ne connaît l'histoire d'Alexis et de Louise, la fille à Jean-Louis, fermier de madame la duchesse, et celle du grand cousin Bertrand, qui joue à la corde et fait le double-tour avec tant de grâce et un talent si distingué?
Qui peut avoir oublié Montauciel, ce dragon si agréable, toujours entre deux vins, et qui trouve cette position si commode?--Brave soldat après tout, fidèle à son capitaine, intraitable sur le point d'honneur, qui s'est fait mettre en prison pour avoir le temps d'apprendre à lire et qui a déjà fait tant de progrès dans cet art utile, qu'après avoir longtemps épelé ces mots: Vous êtes un blanc-bec, il en fait ceux-ci: Trompette blesse.