La scène ne reste pas longtemps vide. Mademoiselle Grisi, c'est-à-dire madame Bélisaire, ayant pour petit nom Antonine, vient la remplir. Un lion, qui remonte à l'an 580 de l'ère chrétienne, s'avance à sa rencontre; son groom le suit. Ce lion, si élégamment vêtu et décoré, c'est Eutrope. «Écoute et frémis! lui crie Antonine d'une voix proportionnée à l'ampleur de sa taille et à la circonférence de sa bouche.
«Mon époux Bélisaire est un parricide, lui dit-elle; je ne puis aimer un père qui a abandonné son premier-né aux monstres des forêts ou des eaux, et qui a refusé ses cendres à sa mère. Je t'aime, tu m'aimes, aimons-nous, et vengeons la mort de mon enfant. Bélisaire mort, je t'épouse.--Tout est prêt, répond Eutrope; j'ai ajouté un paragraphe un peu chouette à sa dernière lettre. Mais dissimulons.»
En effet des clairons retentissent, et l'empereur Justinien ayant fait son entrée, va s'asseoir sur son trône pour voir défiler devant lui le trionfo di Belisario.--Aussitôt Bélisaire paraît sur un char magnifique traîné par le peuple.
Il a le front ceint d'une couronne de lauriers; et sous le manteau de pourpre on entrevoit son armure dorée. Autour du vainqueur se tiennent les prisonniers goths, parmi lesquels se trouve Alamir; les vétérans ferment la marche, portant la couronne et le manteau de Vitigas, roi des Goths. Le Chœur chante. Quand il a suffisamment faussé, Bélisaire demande à Justinien la liberté des prisonniers. L'empereur n'a rien à refuser à son général. Il l'embrasse, et tous les assistants se retirent sauf Bélisaire et Alamir, «qui, dit l'argument, se sentent des sympathies l'un pour l'autre qu'ils ne peuvent s'expliquer.» Ils s'adoptent mutuellement pour père et pour fils.
Cependant Irène accourt vers son père, qui la prend dans ses bras; mais Antonine-Grisi lui tourne le dos avec dégoût, en lui donnant pour excuse qu'il vient de fumer une pipe, et qu'elle déteste l'odeur du tabac.