Anatomie et physiologie:--M. Serres a lu à l'Académie une note sur un fait très-curieux d'anatomie pathologique observé deux fois seulement, en 1829 et en 1843. C'est une modification des nerfs de la vie organique et de la vie animale. Tous les rameaux nerveux de l'économie présentent dans leur trajet des renflements ganglionnaires ayant la forme et les caractères physiques du ganglion cervical supérieur et, chose remarquable, les cordons postérieurs des nerfs rachidiens n'en offrent pas moins que les cordons antérieurs; la, où n'existent pas de ganglions, la branche nerveuse parait tout à fait à l'état normal.
Le nombre de ces ganglions est moins grand sur les filets nerveux du grand sympathique que sur les nerfs de la vie de relation, mais il est encore assez considérable pour que l'aspect général du réseau nerveux de la vie organique soit tout à fait changé. Les nerfs du plexus lombo-sacré, le grand sciatique et le pneumo-gastrique sont ceux qui présentent cette transformation ganglionnaire au plus haut degré. Les sciatiques, au sortir du bassin et dans tout leur trajet, ont le volume de l'humérus; les pneumo-gastriques, au sortir du crâne, le long du cou et dans le thorax, ont deux fois le volume du grand sciatique à l'état normal; tous ces nerfs sont parsemés de bosselures formées par les ganglions.
Sur le sujet de la première observation faite en 1829, on a compté environ cinq cents du ces ganglions. Celui de 1843 en offrait plus encore. Dans les deux cas la structure de l'axe cérébro-spinal n'offrait aucune trace d'altération.
Cet état pathologique si remarquable, et qui n'a pas encore été décrit, a été observé sur deux jeunes gens de vingt-deux à vingt-trois ans, morts tous deux de fièvre typhoïde. Le premier vitrier ambulant, courait encore les rues quelques jours avant son entrée à l'Hôtel-Dieu; le second n'a offert aucun symptôme nerveux pendant les quelques jours qu'a duré sa maladie.
M. Serres a promis de communiquer le résultat des recherches anatomiques et microscopiques qu'il se propose de faire sur la structure de ces ganglions. Il désigne cette modification des nerfs par le nom de névroplastie, dénomination qui nous semble laisser quelque chose à désirer comme exactitude; peut-être, quand on saura bien ce que c'est que ces ganglions, pourra-t-on trouver un terme plus précis.
«De l'Allantoide de l'homme,» tel est le sujet d'un autre, mémoire que M. Serres a communiqué à l'Académie dans la séance du 12 juin. Des recherches commencées en 1828 sur des embryons humains de quinze à vingt-cinq jours ont amené M. Serres à conclure que l'allantoide existe dans les enveloppes de l'œuf humain comme dans celui des autres vertébrés, qu'elle est pyriforme chez l'homme comme chez les rongeurs, que d'abord indépendante des autres membranes, elle s'unit ensuite avec le chorion et fait communiquer par anastomose ses vaisseaux avec ceux des villosités pour donner naissance au placenta; qu'enfin son existence comme membrane distincte paraît cesser chez l'embryon humain du quinzième au vingt-cinquième jour de la conception.
Ces propositions ont été très-longtemps un sujet de discussion pour les anatomistes; mais le fait principal qu'elles expriment n'avait jamais été avancé d'une manière aussi positive; aussi faudrait-il reconnaître avec M. Dutrochet que la découverte de ce point fondamental en anatomie est due à M. Serres, si les pièces présentées à l'appui pouvaient faire passer dans l'esprit de tout le monde la conviction qu'elles ont amené chez ces deux habiles anatomistes.
M. Velpeau, à qui d'excellents travaux sur l'embryogénie donnent une grande autorité en pareille matière, a émis des doutes sur la valeur des pièces anatomiques examinées par lui dans le laboratoire du Muséum. Ses objections ont fait naître une discussion qui, portant sur des points très-délicats et sur des faits observés rarement, ne pouvait avoir un résultat bien positif. L'un et l'autre académicien parlait de visu, et cependant tous deux restaient fermes dans des opinions diamétralement opposées. Toutefois M. Velpeau, dans sa réplique, a posé les faits d'une manière si lucide et si logique, que les affirmations contraires de son collègue n'ont pu faire cesser le doute.
En discutant ainsi franchement cette question importante, M. Velpeau nous semble avoir rendu un grand service à la science. Il est dangereux pour les meilleurs esprits de ne rencontrer jamais d'opposition; on s'habitue alors à ne pas se discuter soi-même, et l'on se laisse quelquefois entraîner à prendre l'analogie pour l'identité.
M. Flourens, dans une note fort intéressante, développe les recherches anatomiques qu'il a faites sur la structure de la peau chez des peuples diversement colorés. Il a trouvé chez le Maure, l'Arabe, le Kabyle, le Nègre, sur un insulaire de l'Océanie chez les Indiens rouges de l'Amérique, la membrane pigmentaire rendue bien évidente par sa coloration; il l'a vue également, mais décolorée, dans la race blanche, sauf sur quelques points du corps, comme, par exemple, l'auréole du mamelon. Ces faits, depuis longtemps acquis à la science, et que confirment les observations nouvelles de M. Flourens, ont amené ce physiologiste à conclure que la race humaine était primitivement une. M. Flourens considère cette proposition comme prouvée par l'étude de la peau et s'engage à le prouver dans un autre mémoire, par l'étude du squelette, et surtout par celle du crâne.