La première preuve ne nous semble pas tout à fait concluante. Le pigmentum existe chez toutes les races d'hommes, comme certains caractères sont communs à plusieurs races d'animaux distinctes, quoique faisant partie d'un même ordre; mais jamais on n'a vu le développement, ou, si l'on veut, la coloration du pigmentum dépasser certaines limites pour chaque race. Il est douteux que l'étude anatomique et microscopique démontrât l'identité de coloration pigmentaire entre les métis, quelque blancs qu'ils soient, et les anciennes familles créoles dont le sang est resté pur; et pour parler de peuples en expérience depuis longtemps, l'Arabe et le Portugais, le fellah d'Alexandrie et le Turc sont basanés à des degrés divers; enfin, à latitude égale, l'Indou du cap Comorin, l'Américain de la Colombie ne sont pas colorés comme le nègre de Guinée.

La persistance de la forme dans les os de la face chez les différentes races après un certain degré de modification dû au mélange du sang, nous paraît devoir rendre plus difficile encore la preuve, par le squelette, de l'unité essentielle des races humaines. Au reste, cette grande question des races est douteuse, même pour les meilleurs esprits, et ne sera probablement jamais résolue. Chez l'homme comme chez quelques autres mammifères, il est difficile, sinon impossible, de diviser anatomiquement le genre ou la race proprement dite, bien que l'on n'y puisse méconnaître des variétés incontestables et sur l'origine desquelles on reste sans aucune indication positive.

Des expériences très-curieuses et faites avec un soin remarquable sur les fonctions de la moelle épinière et de ses racines sont l'objet d'un mémoire de M. Dupré. Ce physiologiste, en amenant à guérison des animaux sur lesquels il avait coupé les racines antérieures ou postérieures des nerfs, a pu observer le mouvement conservé dans un membre où la sensibilité était abolie, et vice versa. M. Dupré n'a pu obtenir la guérison des plaies graves nécessitées par ses expériences, que sur des grenouilles; il a vu constamment les animaux d'un ordre supérieur, comme lapins, chats, etc., succomber aux accidents traumatiques. Aux observations purement physiologiques sont jointes, dans son travail, des remarques intéressantes sur les effets pathologiques des vivisections.

M. Dumas, l'un des adversaires de M. Liebig dans la question de la formation des graisses, a fait avec M. Milne-Edwards des recherches sur la production de la cire des abeilles. Swammerdam, Maraldi, Réaumur, pensaient que l'abeille, recueillant la cire toute faite dans les plantes, n'avait plus qu'à l'élaborer et la pétrir pour en former ses alvéoles. Hunter, et plus tard Huber, avaient dit que la cire suintait des parois d'un certain nombre de poches glandulaires situées dans l'abdomen de l'insecte, et s'y amassait sous forme de lamelles. Huber ayant renfermé des abeilles dans une ruche sans issue, et ne leur fournissant pour toute nourriture que du miel et du sucre, avait vu les ouvrières captives continuer à construire des gâteaux. Un homme que le corps médical s'honore de compter dans ses rangs, M. Bretonneau, avait vu à Chenonceaux, en 1817, des abeilles mises en expérience avec toute la précision que ce savant apporte à ses travaux, et nourries avec une solution aqueuse de sucre blanc, construire des gâteaux d'une cire très-blanche. Enfin l'expérience d'Huber, répétée dernièrement par M. Grundlach de Cassel, lui avait donné les mêmes résultats qu'à l'entomologiste de Genève, et il en avait conclu, comme son illustre devancier, que l'abeille a la faculté de transformer le sucre en cire.

M. Liebig trouvait dans ces observations, un des arguments les plus forts en faveur de la production des substances graisseuses par les animaux.

MM. Humas et Milne-Edwards ont repris l'expérience d'Huber, et pour la rendre tout à fait précise, ils ont constaté la quantité de graisse préexistante dans le corps des abeilles soumises au régime saccharin, l'ont comparée à celle de la cire produite, et ont examiné ensuite si, durant le cours de l'expérience, les animaux n'avaient pas maigri.

Une première expérience, pendant laquelle les abeilles furent nourries avec de la cassonade de sucre, donna des résultats douteux. On mit alors en expérience quatre essaims auxquels on donna pour nourriture du miel, après s'être I assuré de la quantité de cire contenue dans cette substance alimentaire. Trois de ces essaims ne produisirent point de cire; mais la quatrième donna les résultats suivants:

Le total des matières grasses préexistantes dans le corps de
chaque abeille, ou fournies à ces insectes pendant l'expérience,
est, en moyenne, d'environ 0,0022 gr.
Pendant le cours de l'expérience, chaque ouvrière
a produit de la cire dans en proportion de 0,0064 gr.
et après cette production, en contenait encore,
dans ses divers organes, 0,0012 gr.
Total de la cire produite par chaque abeille sous
l'influence d'une alimentation de miel pur: 0,0106 gr.

MM. Dumas et Milne-Edwards se proposent de répéter cette expérience sur une plus grande échelle, quand la saison le permettra.

Ce mémoire a provoqué de la part de M. Payen quelques objections qui ne semblent pas toutes également solides MM. Dumas et Boussingault n'étaient pas présents. M. Milne-Edwards, après avoir répondu aux objections de M. Payen, est tombé d'accord avec lui sur ce que la transformation du miel en cire par les abeilles ne détruit pas le fait de la nécessité d'une alimentation grasse pour l'engraissement des animaux et notamment des mammifères. M. Thénard a présenté des observations conciliatrices. M. Flourens a bien cité le fait de certains ours du Jardin-des-Plantes qui, depuis deux ans, ne mangent que du pain, et engraissent beaucoup sous l'influence de ce régime; mais ce n'était pas entre les physiologistes, qu'il devait y avoir discussion ce jour-là; d'ailleurs les parties belligérantes n'étaient pas au complet, et elles sont rentrées pacifiquement dans leurs camps, laissant la noble arène à d'autres adversaires dont il ne nous appartient pas d'apprécier ni de reproduire les arguments.