Une Bouteille de Champagne.

NOUVELLE.

(Suite et fin.--Voir t. Il, p. 166.)

Le son du cor de Shinderhannes ne retentissait jamais que pour le combat.

«Aux armes! cria le bandit. Moïse, barricadez le monastère! Zaghetto, distribuez les carabines! Qu'on déploie la bannière de Windschoot, le crane rouge sur champ d'azur! Il faut emporter toute la poudre, toutes les balles et un confesseur; car j'ignore vraiment ce que va coûter d'hommes une bouteille de vin de Champagne.»

La jeune femme devint pâle. C'est seulement alors qu'elle comprenait son pouvoir. Arracher le bandit à l'existence réprouvée du crime ne lui semblait plus au-dessus des forces humaines, puisque, pour une fantaisie puérile, Shinderhannes précipitait sa bande entière à une ruine presque certaine. Elle fut même tentée un moment de revenir sur un ordre dont la satisfaction, aussi promptement terrible, l'effrayait maintenant: l'amour-propre lui ferma la bouche, et la mémoire de la pauvre laitière de Kiedrich fit le reste. Le meurtre de cette victime exigeait du sang.

«Ma chère, dit à Julie le capitaine en se tournant vers la belle Allemande, quoique la frontière soit pacifiée, Mayence renferme une forte garnison. Je n'ai pas cent braves dans ma troupe. A défaut de garnison, d'ailleurs, les gendarmes français, que nous avons tant de fois détruits, brûlent de nous rendre la pareille. On peut aisément refermer les portes de la ville derrière moi. Si je suis pris, c'est la mort.

--Il n'y a que les sots, disait Catherine II, qui soient indécis, lui répondit froidement Julie Blasius.

--En marche!» cria Shinderhannes.

Et l'on partit.