Des sentiments si nobles et si vrais, exprimés avec tant d'élégance et de distinction, ont-ils besoin de commentaires? Nous ne ferons pas, quant à nous, un si grand honneur à M. Capefigue. Nous aimons mieux compléter cette citation par un autre passage emprunté à l'éloge de lord Wellington, «ce vieux et noble chef des armées britanniques,» qui, à en croire son panégyriste, «n'est pas seulement une haute intelligence dans les combinaisons de la guerre, mais encore une tête politique sérieuse.--En France, ajoute M. Capefigue, les idées marchent moins vite; on y est encore plein de préjugés sur l'esprit et le caractère du duc de Wellington. La vieille queue du parti bonapartiste pèse sur nous et défigure l'histoire.»
Désire-t-on encore quelques échantillons de ce style véritablement unique dans son genre? Ouvrons au hasard ce volume incomparable:
«La vie publique, quand on a des entrailles s'use vite. (P. 260.)
«L'Assemblée Constituante fut un grand chaos où des hommes de talent se heurtèrent la tête. (Page 70.)
«M. Pozzo di Borgo était un homme si plein de faits, qu'ils sortaient parlons les pores... Je le vis à son retour à Paris; quelle différence! et que nous sommes petits devant cette main de Dieu qui brise et froisse le crâne!... (Page 189.)
«Les émotions, on s'en souvient toujours... elles s'infiltrent dans la vie entière, elles s'imprègnent au crâne des hommes pour dominer toute leur pensée... (Page 120.)
«En Angleterre, ce pays des grandes opinions, la chute d'une noble espérance dévore les entrailles des hommes d'État. (P. 222.)
«La Prusse, ce long boyau qui a la tête sur le Niemen et les pieds sur la Meuse.» (Page 306.)
M. Capefigue, qui s'avoue si souvent et si hautement conservateur se permet pourtant çà et là quelques attaques que nous ne savons comment qualifier, contre certaines institutions civiles. Ainsi on lit à la page 84: «A peine rendu à la vie séculière, M. de Talleyrand eut à subir les exigences impérieuses du premier Consul. Bonaparte, qui se piquait de haute moralité, lui imposa l'obligation du mariage, grande plaie pour l'homme spirituel et de bon goût...»
Les citations sont suffisantes. Nos lecteurs savent maintenant dans quel esprit et avec quel style M. Capefigue a ecrit les biographies du prince de Metternich, du comte Pozzo di Borgo, du prime de Talleyrand, du baron Pasquier, du duc de Wellington, du duc de Richelieu, du prince de Hardenberg, du comte de Nesselrode et de lord Castlereagh. Il nous resterait maintenant à prouver que cet ouvrage, si noblement pensé et si purement écrit, contient presque autant d'erreurs que de faits; mais un pareil travail ne saurait trouver place dans l'Illustration. Seulement, pour donner une idée de la conscience historique, qu'on nous permette cette expression, de railleur des Diplomates européens, nous emprunterons encore un court passage à la Notice du prince de Talleyrand.