Les vieux usages s'effacent graduellement, et bientôt il ne restera plus rien des institutions dont l'origine était antérieure à la Révolution. Autrefois, le 22 novembre de chaque année, les musiciens de Paris fêtaient leur patronne, sainte Cécile, par une messe du rite solennel. Les plus habiles chanteurs et instrumentistes de nos théâtres contribuaient en cette circonstance à l'éclat des cérémonies liturgiques. Heureuse la paroisse qu'ils choisissaient pour s'y faire entendre! Ce fut, tour à tour Saint-Sulpice, Saint-Eustache et Saint-Roch, et toujours une affluence considérable se groupa autour d'eux, dans l'église qu'ils emplissaient de pieuses harmonies. Cette affluence-même a effrayé l'autorité ecclésiastique, elle a pensé que l'office de sainte Cécile dégénérait en spectacle, et qu'une curiosité profane était le principal motif de ce concours. Une défense expresse de l'archevêque de Paris a interdit la célébration de la Sainte-Cécile. L'association des artistes musiciens ne pourra plus consacrer ses talents à son antique patronne, et devra se borner désormais à des festivals donnés dans la salle de l'Opéra.

Ainsi, quoique Paris soit le véritable chef-lieu du monde musical, la Sainte-Cécile n'y a pas été chômée; quelques ménétriers des guinguettes ont fraternisé, le soir du 22 novembre, dans les cabarets des barrières, mais le propre de la sainte n'a pas été tiré des armoires des sacristies. Il n'en a pas été de même dans les départements; les musiciens de presque toutes nos villes ont rendu à leur patronne leur hommage accoutumé, avec le concours du clergé. Les sociétés philharmoniques, les corps de musique de la garde nationale et des régiments se sont réunis dans les églises, et le plaisir causé par leurs accords n'a nui en aucune façon à l'édification des fidèles. En Flandre surtout le culte de sainte Cécile est plus que jamais en vigueur. Les nombreuses confréries musicales des villes du Nord, différenciées par leurs costumes ou par des ornements particuliers, rivalisent de zèle pour honorer la vierge chrétienne sous la protection de laquelle elles se sont placées.

C'est sur la foi des anciens actes de sainte Cécile que les musiciens l'ont adoptée pour patronne. Ses biographes racontent qu'élevée dans le christianisme, au sein d'une famille païenne, elle s'exerçait à chanter les louanges du Seigneur en s'accompagnant sur la harpe. Elle fut martyrisée, selon Fortunat de Poitiers, entre l'an 176 et 180, sous les empereurs Commode et Marc-Aurèle. Sa fête est solennisée, non-seulement en France, mais dans toute l'Europe. Deux auteurs anglais, Pope et Congrève, ont composé des odes à sa louange. «Que les poètes, s'écrie Pope, cessent de nous vanter Orphée; Cécile a reçu le don d'une puissance irrésistible. Les chants d'Orphée ramenèrent une ombre des enfers; ceux de Cécile transportent nos âmes au ciel.»

Théâtres.

Théâtre-Italien.--Une Scène de Maria di Rohan.

THÉÂTRE-ITALIEN.

Maria di Rohan, mélodrame tragique en trois parties, musique de M. Donizetti.

M. Donizetti.