Comme un le voit, le roi dom Sébastien est d'humeur plaisante; mais il a affaire à forte partie, et dom Juan de Sylva grommelle entre ses dents; «Rira bien qui rira le dernier.»

Au second acte, la scène est en Afrique, Zaïda est de retour de ses longs voyages et réinstallée dans le palais de son père. Le général en chef des Marocains,--qui d'ailleurs porte un nom peu commun en Arabie, car il s'appelle Abayaldos,--le farouche. Abayaldos est amoureux de Zaïda, et n'a pris aucune inquiétude de ses voyages et de ses aventures. C'est sans doute l'usage dans le Maroc que les jeunes filles fassent toutes seules leur tour d'Europe, pour perfectionner leur éducation. Abayaldos en est plus épris que jamais, et cette confiance héroïque ne lui sert de rien. Zaïda est revenue d'Europe amoureuse de dom Sébastien, ce qui est assez naturel puisqu'elle lui doit la vie. Elle l'aime avec tant d'ardeur que, lorsqu'elle en parle, elle ne sait plus ce qu'elle dit.

Hélas! le doux ciel de mes pères

N'a pu consoler mon ennui:

Mon âme aux rives étrangères

Est demeurée auprès de lui.

Elle ne peut ignorer pourtant qu'il est en Afrique, puisque c'est lui qui l'a ramenée, et puisque le cri de pierre des Africains retentit de tous les côtés autour d'elle. D'ailleurs, aussitôt qu'elle apprend l'issue du combat, que fait-elle? elle vole sur le champ de bataille. Ce qui prouve, par parenthèse, avec quelle impudence on a calomnié ces pauvres Orientaux quand on a prétendu qu'ils enfermaient leurs femmes et leurs filles.

Après tout, Zaïda ne pouvait mieux faire que de tenter cette incursion à travers champs, comme vous allez voir.

Le terrible Abayaldos a taillé les chrétiens en pièces. Dom Sébastien est blessé, et dom Henrique aussi. Dom Sébastien s'évanouit au moment même où le sanguinaire Abayaldos arrive auprès de lui, le yatagan au poing, et suivi de ses Marocains. «Où est le roi? dit Abayaldos--C'est moi,» dit dom Henrique en se mourant. Quant il a dit cela, il tombe et meurt. «Puisqu'il est mort, dit Abayaldos, vous ferez bien de profiter de l'occasion pour l'enterrer.» Après tout, cet Abayaldos n'est pas aussi méchant que son terrible nom le ferait croire.