Massot, Abayaldos.

Cependant le roi dom Sébastien est resté tout seul, évanoui, et couché sur une pierre. Abayaldos ne l'a pas vu, ou l'a cru mort. Zaida paraît tout à coup. Zaida, qui ne va jamais sans son flacon, lui fait respirer des sels (textuel). Il se ranime, il se relève, il chante, et, sans désemparer, se prend pour Zaïda de la passion la plus vive, ce qui convient merveilleusement à sa situation et à sa fortune. Aussitôt Abayaldos revient; il ne s'étonne pas le moins du monde, de trouver là Zaïda, et ne songe pas même à lui demander ce qu'elle y fait; il est trop habitué à la voir courir. Mais, apercevant un chrétien debout, il vent l'abattre. Zaida le défend. «Ne le tuez pas, dit-elle; laissez-le libre, et je vous épouserai.» Marché conclu. L'amoureux dom Sébastien ne trouve pas le plus petit mot à dire à cet arrangement; et, demeuré seul, il chante une romance:

Seul sur la terre,

Dans ma misère,

Je n'ai plus rien.

Amour céleste,

Qui seul me reste,

Est mon soutien, etc.

On ne s'explique pas trop peut-être cet amour céleste pour une femme qu'il vient de voir marier au superbe Abayaldos sans hasarder même une observation. Mais le grand talent de M. Scribe est justement de promener ses spectateurs dans un monde merveilleux, où rien ne se passe comme dans le monde réel.

Vous voudriez bien savoir quel parti prend dom Sébastien après qu'il a chanté sa romance, et s'il fait quelques tentatives pour entretenir Zaida de cet amour céleste, qui seul lui reste. Mais je ne puis vous le dire, par la raison très-plausible que je n'en sais rien.