Espagne.--M. Lopez, président du
conseil des ministres.
un peu tardifs de ses ministres et l'ambition toujours croissante du général. Le but de celui-ci est, dit-on, d'être appelé à composer lui-même un cabinet dans lequel il prendrait le portefeuille de la guerre, et de dissoudre les cortès, où la reine Christine ne compte pas assez d'adhérents. Voilà les complications nouvelles de la situation espagnole, plus incertaine par les intrigues dont Madrid est le théâtre, que par les luttes sanglantes qui, malgré la capitulation de Barcelone, affligent encore les provinces.--Beaucoup du bruits
vagues ont couru sur des événements qui seraient venus troubler le calme de la Sicile. On a dit dans quelques journaux que les troupes faisant l'exercice à feu sur la place de Palerme (le lieu était assez singulièrement choisi), un certain nombre de soldats se trouvaient, par mégarde, avoir des cartouches à balle, et que cette distraction, que d'autres expliqueront, aurait causé la mort d'un certain nombre d'hommes du peuple. On ne sait à ce sujet rien de bien précis, rien de bien officiel; toujours est-il que la Sicile paraît s'agiter, et que ces troubles, rapprochés de la prétention menaçante que l'Angleterre met en avant contre le roi de Naples à raison de la prise de possession de l'île de Lampeduse, font naître dans la position du ce monarque des complications dont la coïncidence peut être due au hasard, mais donnera, à coup sûr, lieu à bien des conjectures. L'une d'elles est que
Espagne.--M. Serrano, ministre
de la guerre. l'Angleterre veut et qu'elle obtiendra des concessions commerciales.--Dans les États romains, le calme n'est pas rétabli, et le gouvernement papal ne paraît pas disposé à le ramener par des concessions que les gouvernements les moins libéraux regardent néanmoins comme légitimes et indispensables. Il envoie dans les légations les agents dont le nom est le plus propre à inspirer la terreur, et sollicite de notre cabinet des mesures de rigueur contre onze réfugiés qui ont échappé à ses poursuites. Ceux-ci viennent d'adresser à M. Duchâtel une noble et respectueuse supplique, et il est difficile de croire que, pour complaire à ces exigences, on ne les laissera pas poursuivre en Corse une exploitation agricole qu'ils ont entreprise pour n'avoir à demander à la France que son hospitalité.
Espagne.--M. Caballero, ministre
de l'intérieur.
La cour d'Angleterre continue à rendre à M. le duc et à madame la duchesse de Nemours les gracieusetés qui avaient été faites au château d'Eu à la reine Victoria, et dont on vient de consacrer le souvenir en faisant frapper une médaille dont nous donnons aujourd'hui la gravure.--En Irlande, comme nous l'avions bien prévu et annoncé, le temps se passe en débats de procédure. La légalité de celle qui a été suivie est aujourd'hui en question, et avec elle le procès lui-même. Au point où en sont arrivés les embarras du ministère anglais, nous croyons qu'il se trouverait fort heureux de voir O'Connell mis hors de cause pour un vice de forme. Cela le délivrerait de la crainte de le voir plus tard acquitté par une déclaration de jury, qui rendrait bien difficile et bien peu probable le maintien du adouci.
Dans notre dernier numéro, nous avions eu à rapporter les affreux désastres que la fonte de neiges prématurée avait occasionnés dans les départements des Alpes et du Dauphiné. Aujourd'hui les journaux de Toulouse renferment les détails des épouvantables ravages qu'une trombe d'eau, qui a tout à coup rempli les torrents et qui en a créé de nouveaux, est venue exercer dans plusieurs communes des Hautes-Pyrénées. Nous ne les décrirons pas, parce que tous ces sinistres cruels se ressemblent, et que tous se résument en deux mots: la ruine et la mort.--Des avis du Cap-de-Bonne-Espérance, reçus à Londres, apprennent que ces parages ont éprouvé une violente tempête dans la nuit du 26 août et que l'on avait déjà constaté la perte, dans la baie d'Algoa, de quatre navires anglais d'une valeur de 8 à 10 millions de francs. Plusieurs personnes avaient péri dans ces sinistres, et l'on craignait bien d'apprendre que la violence de la bourrasque avait encore jeté d'autres navires à la côte.
En attendant que notre mission en Chine se détermine enfin à s'embarquer, les journaux anglais nous apprennent que les importations du la Grande-Bretagne dans le Céleste-Empire progressent tous les jours. Une des plus récentes, c'est celle de la pendaison. Un soldat cipaye, faisant partie du corps de l'armée anglaise; qui occupe l'île de Chusan, avait été condamné à mort par une cour martiale, pour avoir tiré un coup de fusil sur un sous-officier. Le jour fixé pour l'exécution, un gibet a été dressé, les troupes ont été réunies en carré; trois Chinois faisaient les fonctions d'exécuteurs. Un d'eux a décoiffé de son turban le soldat, qui professait la religion musulmane; un autre lui a couvert le front et les yeux avec un bonnet blanc, le troisième lui a passé la corde au cou, et tout trois l'ont ensuite lancé dans l'éternité. Une multitude de Chinois assistaient à ce spectacle, tout nouveau pour eux; ils ont été fort effrayés en voyant le patient suspendu et inanimé; la plupart ont pris la finie. Nous ne savons si l'amour-propre anglais aura la satisfaction de voir abandonner la strangulation et la décapitation pour ce nouveau mode de supplice.--Quant à nous, nous serions plus fiers de voir une association, qui compte déjà de nombreux souscripteurs, l'Oeuvre de la sainte Enfance, arriver à y détruire un usage exécrable que sa barbarie a fait longtemps révoquer en doute. Investis par leurs lois du droit de vie et de mort sur leurs enfants, les Chinois l'exercent dans toute son horrible étendue. Des rapports trop fidèles établissent qu'en trois ans la seule ville de Pékin a jeté 9,702 enfants à la voirie, sans compter ceux que des sages-femmes payées étouffent dans les bains d'eau chaude au sortir du sein maternel; sans compter ceux qui, exposée la nuit sur le pavé des rues, servent de pâture aux chiens et aux animaux immondes; sans compter ceux que l'avidité des marchands ramasse ou nourrit pour l'esclavage ou pour la débauche; sans compter, enfin, ceux qu'on jette dans les eaux: masse d'infanticides évaluée chaque année à 10,000 au moins par quelques voyageurs, à 30,000, au dire de Dumont-d'Urville. Une association vient, comme nous l'avons dit, de se former pour arracher à la mort cette coupe réglée de victimes. Elle s'est assurée de la faiblesse des moyens qui suffiraient pour conduire à un résultat si grand; tel est en Chine l'excès de la misère, qu'un enfant se vend 50 à 60 centimes. L'œuvre ne demande à chaque associé que 5 centimes par mois, et, moyennant cette faible offrande faite par un nombre d'associés tel qu'en peut fournir la France, elle se charge de recueillir les milliers d'orphelins abandonnés sur ces tristes plages. Plusieurs prélats viennent de publier en sa faveur des lettres pastorales.