CHAPITRE XXI,

SENTENCE.

Cependant on disposait tout pour le nouveau jugement. Le procès secret intenté devant la société de justice une fois terminé, son arrêt devait, comme la première fois, être soumis à l'assemblée générale qui représentait ou était censée représenter le peuple milanais. La cloche du Broletto nuovo, qui invitait les chefs de famille à se rassembler pour entendre la lecture du jugement et pour donner leur avis, retentit dans le cœur de Buonvicino comme un prélude de mort, comme le râle de l'agonie. Abandonnant sa cellule, il entra dans l'église pour y prier. Il alla se prosterner devant ce même tombeau près duquel il s'était agenouillé pendant ce mémorable vendredi-saint où Dieu avait parlé à son cœur, et, lui inspirant un pieux repentir, l'avait appelé à une vie nouvelle. Que d'événements avaient eu lieu depuis ce jour! Marguerite était encore le principal objet de ses pensées, mais, hélas! dans quelle affreuse situation elle se trouvait alors!

Pendant qu'il priait pour les opprimés et pour les oppresseurs, absorbé depuis quelques heures dans ses méditations et dans ses prières, il se sentit toucher légèrement l'épaule. Il leva les yeux et aperçut un jeune page, élégamment vêtu, qui se tenait à une respectueuse distance. Une grosse vipère brodée en argent sur son justaucorps apprit à Buonvicino que ce page était de la maison de Visconti. Le cœur palpitant de crainte et d'espérance, il marcha à sa rencontre, et, avec un regard qui exprimait toute l'anxiété de son âme, il lui dit:

«Quels sont les ordres du seigneur vicaire?»

Le page répondit en s'inclinant:

«L'excellentissime seigneur vicaire présente ses respects à votre révérence. Il a envoyé de fortes aumônes pour qu'on dise des messes à votre couvent, et il se recommande spécialement à vos prières. Puis il lui fait savoir que ceux qui ont été jugés ce matin....

--Ils ont donc été jugés? interrompit Buonvicino, pâlissant et rougissant tour à tour.

--Ils ont été condamnés à la mort,» répondit le page avec indifférence,