En Espagne, avant de se trouver un mari, la jeune reine, aujourd'hui majeure, a dû commencer par se chercher des ministres. M. Lopez a persisté dans son refus de rester aux affaires; M. Serrano seul a gardé le portefeuille du département de la guerre. Le président du cabinet, qui se retire après la majorité déclarée de la reine, et aussi après la cessation de ce que la lutte armée avait de plus ardent, ne s'est point dissimulé que pour arriver à quelques-uns de ces résultats, qui n'étaient peut-être pas tous également utiles et qui auraient pu, on le pense assez généralement aussi, être obtenus par d'autres moyens, il s'était cru forcé trop de fois de méconnaître la constitution pour pouvoir administrer sous elle et par elle, alors qu'il n'y avait plus de prétexte pour se soustraire à son empire. M. Olozaga, qui a proclamé qu'il fallait rentrer dans la Charte, a été chargé de composer un cabinet et a rempli cette mission. Nous verrons si les progressistes lui prêteront l'appui qu'il a témoigné la confiance d'obtenir d'eux. En Catalogne, le désarmement de Barcelone s'est opéré; les émigrés de cette ville y sont rentrés, et les travaux des fabriques ont commencé à reprendre. Le capitaine-général de la province, après avoir présidé aux mesures qui ont suivi la capitulation et la reddition de la ville, a dû aller lui-même, suivi de six bataillons, prendre le commandement des troupes qui bloquent encore le château de Fignières. --En Irlande, O'Connell et ses coaccusés ont fait plaider la nullité de la procédure suivie jusqu'ici contre eux. Leurs moyens, longuement débattus, n'ont pas été admis par les magistrats. Ayant demandé un délai de quatre jours, qui leur a été refusé, ils ont comparu en personne devant la cour du banc de la reine et ont déclaré, selon la formule anglaise, vouloir plaider non coupable. La réflexion est alors venue que la liste du jury n'était pas dressée en stricte conformité avec les statuts; que ce serait à coup sur là un nouveau moyen de nullité que les accusés ne manqueraient pas d'invoquer: on s'est donc résolu à leur accorder, au lieu des quatre jours demandés et refusés d'abord, jusqu'au 15 janvier, jour définitivement fixé pour le procès. La liste des jurés sera renouvelée le 1er janvier et soigneusement surveillée par la défense. --Une ligue, qui ne préoccupe pas le cabinet anglais moins que ne le fait l'association irlandaise, c'est celle qui s'est formée sous le titre d'anti-corn-law-league, pour la réforme radicale de la législation sur les céréales. Il est difficile d'essayer même d'en finir avec celle-ci par une proclamation contre des meetings. Déjà elle est parvenue à faire triompher dans deux élections récentes deux candidats qui adoptaient son programme; à l'élection qui vient d'avoir lieu à Salisbury, elle n'a pas obtenu la majorité, mais elle en a approché, et a atteint un chiffre dont l'opposition s'était tenue bien loin jusque-là. Le ministère croit pouvoir se tirer de tous ces embarras en présentant, à l'ouverture du Parlement, une loi pour déclarer illégale toute association qui recueillera des fonds pour obtenir le rappel ou tout autre acte de législature. Comme l'association contre les céréales est surtout une organisation recevant des fonds, elle succomberait, rumine les autres, au moyen de l'acte qu'on espère ne pas se voir refuser par le Parlement.--La Turquie a aussi ses crises ministérielles. Le président du conseil de justice, Haliz-Pacha, a été destitué le 8 novembre, et a été remplacé par le beau-frère du sultan Achmed-Fehti-Pacha. Ce nouveau ministre a été, pendant les années 1838 et 1839, ambassadeur de la Porte en France. C'est un homme éclairé, qui passe pour humain, probe, et dévoué aux intérêts de la civilisation. La Gazette d'Augsbourg nous fait l'honneur de dire que les griefs de la France et ses réclamations contre les actes d'inhumanité du ministre disgracié ont amené la chute de Haliz-Pacha. Toujours est-il que notre chargé d'affaires à Constantinople, M. de Bourqueney, a mis à faire parvenir cette nouvelle une diligence qui prouve qu'il la considère comme un triomphe presque personnel. M. le duc d'Aumale s'est rendu à Rome, puis à Naples, s'est embarqué ensuite pour Malte, et doit maintenant être descendu sur la côte d'Afrique, où il va prendre le gouvernement de Constantine, qui ne doit être, dit-on, que le prélude pour lui du gouvernement général de l'Algérie. S'il a pris le plus long pour se rendre à son poste, ce n'est pas, à ce qu'il paraît, uniquement par curiosité. On a pensé que, dans la situation où notre gouvernement se trouvait vis-à-vis de quelques prélats, un hommage rendu, une visite faite au souverain pontife par un de nos princes, serait un témoignage de respect qui pourrait nous rendre Sa Sainteté favorable, et la déterminer à exercer son influence pour faire cesser un conflit embarrassant. Voilà pour la politique; mais elle n'aura joué qu'un rôle secondaire dans l'itinéraire du prince, qu'une négociation plus séduisante et plus tendre a conduit à Naples. Le 4 septembre dernier, une des sœurs du roi des Deux-Siciles, la princesse Thérèse-Christine-Marie a épousé l'empereur du Brésil; le duc d'Aquila, leur frère, dont le nom a été écarté par des influences diplomatiques dit la liste des prétendants de la jeune reine d'Espagne, le duc d'Aquila vient de demander officiellement la main de la princesse Jannuaria, sœur aînée de l'empereur du Brésil et de la princesse de Joinville; aujourd'hui, il n'est plus secret qu'un projet de mariage a conduit dans cette cour d'amour M. le duc d'Aumale; mais les correspondances ne sont pas d'accord, et tandis que les unes lui font épouser la sœur du roi de Naples, de l'impératrice du Brésil et du duc d'Aquila, les autres le marient à la fille du prince de Salerne, leur cousine.
Thérèse-Christine-Marie,
impératrice du Brésil.
Après les princes qui prennent femme, il y a les princes qui sont fort embarrassés d'en avoir une. Le soi-disant duc de Normandie, Louis XVII, plongé, ainsi que sa nombreuse famille, dans la misère, voit se continuer les débats dont nous avons déjà parlé avec ses créanciers anglais. Il s'est présenté devant la cour des débiteurs insolvables, et a requis sa libération. Il a dit avoir reçu de France, de ses partisans, depuis 1836, diverses sommes s'élevant à 250,000 francs. Ceci aura pu paraître invraisemblable; mais dans toute la romanesque histoire de cet homme, la vérité l'est par-dessus tout. Nous surprendrions étrangement nos lecteurs, si nous leur racontions tous les détails qui nous ont été communiqués sur le séjour en France de ce singulier prétendant, sur les dévouements qu'il y a fait naître, sur les sommes considérables qui lui ont été très-spontanément remises, sur l'espèce de cour qu'il avait instituée autour de lui, sur les aides-de-camp appointés qu'il s'était attachés, et qu'il avait pris dans la garde royale même. Nous ne renonçons pas à en faire quelque jour le sujet d'un récit très-exact, nous résignant bien néanmoins à ce qu'il rencontre des incrédules. En attendant que Louis XVII trouve un historiographe, il a trouvé un créancier impitoyable, qui est venu s'opposer à sa mise en liberté. La cour a remis à prononcer.
Il s'est formé à Paris, au mois d'octobre 1839, grâce aux efforts de femmes pleines de vertus charitables, et avec l'appui d'un homme qui a consacré une large part de sa vie à des actes utiles, un établissement appelé l'Asile-Ouvroir de Gérando, et destiné à recueillir les jeunes filles séduites et abandonnées qu'une faute a conduites soit à la Maternité, soit à la maison de Lourcine. La débauche, le crime peut-être attendraient la jeune mère à la porte de ces établissements, que le malheureux enfant, auquel elle venait de donner le jour, ne quitterait que pour les Enfants-Trouvés. L'Asile-Ouvroir recueille ces infortunées immédiatement après leurs couches. Elles y sont admises quand elles n'ont pas atteint vingt-cinq ans, âge à partir duquel la faute ne peut plus guère être mise sur le compte de l'irréflexion; parfois il en est qui ne comptent pas encore quinze années. Elles y sont admises, à la condition toutefois de prendre l'engagement de garder leur enfant et d'en prendre soin. C'est la pensée fondamentale de la maison, pensée morale et élevée. Cet Asile ne compte encore que vingt-cinq lits. La moyenne des lits occupés est de dix-huit. Voici le mouvement de cet établissement en trois ans: 385 filles y sont entrées venant de la Maternité, des Cliniques et de Lourcine; sur ce nombre, 291 ont été placées par l'établissement, 7 sont rentrées chez leurs anciens maîtres, 35 ont été réconciliées avec leurs parents, 3 se sont mariées, 35 ont été renvoyées pour différentes causes, 2 sont décédées, 12 se trouvaient encore dans la maison au moment où ce relevé était fait. Toutes avaient mis leur enfant, soit en nourrice, soit en sevrage. Il produit du travail de ces pauvres filles sert à les vêtir. Il est pourvu aux autres dépenses de la maison par le produit de fondations et de collectes.--Au Brésil, ou sait tirer un tout autre parti des pauvres mères et des enfants. Voici des annonces que renfermaient les derniers journaux parvenus en Europe: «A vendre, une mulâtresse, nourrice, âgée de vingt ans; elle a de très-bon lait. Son premier enfant est âgé de quatre mois. S'adresser rue de San-Pedre, 180. A vendre, une femme noire, qui est accouchée il y a six mois; elle est bonne pour tout faire. S'adresser largo do Poco, 5. A vendre, une domestique; elle a du lait et un enfant âgé de huit mois. Ou peut la prendre avec ou sans son enfant; elle est sans défaut. S'adresser rue de Roseria. A vendre, un petit mulâtre âgé de deux ans, très-gentil, et qui ferait un joli cadeau de Noël. S'adresser rue San-Lawis.»
Tout se prépare déjà pour que rien ne vienne faire ajourner la cérémonie d'inauguration du monument de Molière, fixée au 15 janvier prochain, anniversaire de sa naissance. Les sculpteurs ont termine leurs œuvres; le fondeur achève la sienne. L'habile architecte, M. Visconti, aura tout mis en place et tout encadré dans son monument pour l'époque déterminée. Reste maintenant à arrêter le cérémonial, le programme de la solennité. On dit que l'Institut, le conseil municipal, la commission des auteurs dramatiques, la Comédie-Française, seront convoqués. La place de M. le ministre de l'intérieur, qui a puissamment contribué à l'érection de ce monument, en proposant aux Chambres et en obtenant d'elles un vote de 100,000 francs, y sera également marquée; mais, si nous sommes bien informés, on se demanderait déjà, au ministère, si une semblable démarche, à l'occasion d'un hommage éclatant rendu à l'auteur du Tartufe, ne prendrait pas dans ce moment un certain caractère politique, et n'attirerait pas au pouvoir des attaques qu'il veut avant tout conjurer:
La volonté de Dieu soit faite en toutes choses!
Une église se bâtit à Bon-Secours, près de Rouen, en style gothique du treizième siècle. M. Barthélemy, l'architecte, correspondant du Comité historique des arts et monuments, en a déjà terminé le sanctuaire, le chœur et une grande partie de la nef. On élève en ce moment-ci le portail. Ce portail est percé de trois entrées qui seront décorées de sculptures aux tympans et à la voussure principale. Au tympan de la porte centrale, en bas, on verra une foule de malheureux accablés d'infirmités corporelles et morales venant implorer une statue de la sainte Vierge, qui sera placée sur un petit autel. C'est une digne inscription pour une église dédiée à Marie, et qui porte le nom de Bon-Secours. Le haut de ce tympan est réservé à Marie tenant l'enfant Jésus, qu'encenseront deux anges agenouillés. Les cordons de la voussure seront peuplés de neuf Chœurs des anges, des douze apôtres et des quatorze principaux prophètes. Au tympan de la porte gauche sera placée sainte Anne enseignant à lire à la jeune Vierge Marie; au tympan de la porte droite, Marie honorée par l'enfant Jésus et saint Joseph. Toutes ces sculptures ont été confiées à M. Duseigneur, qui a fait ses preuves en statuaire chrétienne, et qui se propose de les traiter en style du treizième siècle, comme est traitée l'église entière.--Tout le chœur de la vieille église Saint-Germain-des-Prés est en ce moment encombré d'échafaudages et de tentures en toile. Les peintres sont occupés à peindre et à dorer entièrement les voûtes et les murs de cette partie du vieux monument. Ou sait qu'à son origine, cette église fut comblée des faveurs royales, et qu'elle était entièrement dorée. De la le nom de Saint-Germain-le-Doré qu'elle porta très-longtemps.--M. Debret, architecte, membre de l'Institut, vient de faire enlever la barbe et les moustaches en pierre dont on avait affublé la figure d'une vierge Marie qui occupe le portail occidental de la grande église de Saint-Denis. Depuis 1810, M. Debret est chargé d'exécuter dans cette abbatiale des travaux immenses, mais qui touchent à leur fin en ce moment. C'est en 1810 qu'on avait donné à la sainte Vierge le caractère qui vient enfin de lui être rendu.--A l'étranger, les beaux-arts continuent à exercer et à étendre leur empire. A Copenhague, le célèbre sculpteur danois, Thorwaldsen, membre correspondant de notre Institut, vient d'acheter la statue colossale d'Hercule, destinée à orner la façade du château de Christianborg, résidence du roi Christian VIII. Les statues d'Esculape, de Minerve et de Némesis, que doit exécuter ce grand artiste, dans les mêmes proportions, viendront successivement prendre place devant le même monument. A Constantinople, le sultan prend le goût de la musique. Un pianiste a été appelé par lui, et la première chanteuse de la cour de Prusse a été reçue et entendue par Sa Hautesse au palais de Topeapou.
Plusieurs journaux ont annoncé avec de grands éloges une mesure administrative qui, suivant eux, s'élaborerait dans les bureaux de l'Hôtel-de-Ville et aurait pour but de donner une seule et même dénomination aux rues qui se font suite les unes aux autres; par exemple, la rue Caumartin se continuerait du boulevard à la rue Saint-Lazare en absorbant les rues Thiroux et Sainte-Croix-d'Autin; la rue de la Monnaie irait du pont Neuf à Saint-Eustache. On dit cette opération réclamée par l'administration des postes: nous n'en croyons rien. Ce que la poste peut demander, c'est la suppression des dénominations multiples, qui doivent donner lieu à des erreurs fréquentes d'adresses et à des courses inutiles de la part des facteurs. Mais il est possible à ceux-ci, quand une rue n'est pas par trop longue, de trouver un destinataire dont le numéro n'est pas indiqué; cela deviendra inexécutable quand, par suite du système qu'on voudrait voir adopter, tous les noms des quais et des boulevards seront supprimés et qu'il n'y aura plus qu'un quai de la Rive-Droite et qu'un quai de la Rive-Gauche. Se retrouvera qui pourra dans une série sans fin de numéros commençant à Bercy et finissant à Passy, et malheur à qui, ayant affaire aux premiers ou aux derniers numéros de cette série, ignorera dans quel sens elle se déroule! En supprimant ainsi une foule de noms de rues, on ferait disparaître des souvenirs historiques souvent curieux, qu'il est bon de conserver, et l'on jetterait dans les désignations de propriétés une confusion qui, plus tard, engendreront des milliers de procès.
Les bandes de voleurs défilent devant la cour d'assises. Malheureusement pour les amateurs de ces sortes de débats. ces messieurs se suivent et se ressemblent. Il se passe aussi chez eux ce qui afflige les partis politiques; les défections y sont nombreuses. Les partis ont leurs transfuges, les bandes leurs révélateurs.--Les tribunaux sont aussi saisis continuellement depuis quelque temps de plaintes en diffamation portées par des actrices, qui accusent des journalistes d'avoir attaqué leur vie privée. Personne ne sera tenté de prendre la défense des écrivains qui se permettraient de lâches attaques contre des femmes. Mais les artistes qui recourent à la justice doivent, avant de prendre ce parti, faire leur examen de conscience. Il y a peu de jours que le rédacteur d'un petit journal était poursuivi par une de ces dames, comme lui ayant contesté les qualités requises pour représenter exactement Jeanne d'Arc. L'artiste avait fait citer un témoin. Celui-ci est appelé. Le président, M. Turbal, lui pose les questions d'usage: «Êtes-vous parent ou allié de la plaignante?--Non, monsieur le président.--La connaissez-vous?--Oui, monsieur le président: j'ai été son amant pendant cinq ans.» La sincérité inattendue du témoin a produit dans l'assemblée un effet difficile à décrire.