«Hum!» dit Paganini en lui lançant un sombre et ironique regard. Puis il examina avec une attention scrupuleuse ce qui lui était présenté, et ayant mis de côté une vingtaine de ces cordes, il les jeta à terre avec mépris en disant à Caldi:

«C'est apparemment pour ficeler mes cahiers de musique, seigneur Caldi, que vous m'avez si précieusement choisi de semblables cordons.

--Oh! monsieur,» dit Caldi en les ramassant avec soin. Et il les replaça dans le papier huilé de la boîte de fer-blanc.

Cependant Paganini avait fait choix d'une douzaine de cordes qui lui parurent bonnes; deux surtout étaient sans défaut, il les regarda avec une sorte d'extase: «Voilà qui est parfait! voilà qui est merveilleux! dit-il; jamais cordes plus fines, plus vierges, plus pures, n'auront été couchées sur un chevalet; ce sont deux chefs-d'œuvre.

--Et les dix autres,» dit Caldi, qui, transporté de plaisir à ces complimente, espérait encore, en obtenir pour le reste de sa marchandise.

«Elles peuvent être excellentes, mais j'ai besoin de les essayer.»

Alors Paganini prit un violon suspendu près de son secrétaire...

C'était ce célèbre amati sur lequel il a fait tant de merveilles.

Je frémis de joie et d'inquiétude en ce moment, car je touchais au but que j'avais désiré en faisant invasion dans cet homme; il n'y avait plus entre moi et la connaissance de son génie qu'un instant de séparation.

Il contempla son violon avec le regard humide et caressant d'une mère qui baise de ses yeux l'enfant qui presse sa mamelle; il semblait que ce regard dit: «Mon bon violon, mon cher, mon tendre amati!» Et il le fit tourner voluptueusement dans ses mains immenses.