A une heure moins un quart, tandis que Paganini chauffait ses deux pieds écartés sur les chenets, et, je vous jure, sans penser à grand'chose (je le sais bien, moi qui pensais avec lui), on frappa à la porte, et Antonio introduisit le signor Caldi.
A ce nom de Caldi, Paganini se levant avec vivacité, je sentis un soubresaut terrible, et je fus refoulée, comme dans un tremblement de terre, dans les dernières cavités de son cerveau.
«Vous voici enfin, Caldi,» s'écria-t-il d'une voix émue.
Je cherchais à part moi ce que pouvait être cet homme. Était-ce le génie diabolique qui, disait-on, inspirait mon hôte? ou bien le frère de la femme qu'il avait assassinée? ou son créancier impitoyable et acharné? car son émotion avait été si vive, qu'il fallait bien que ce fût quelque chose d'extraordinaire.
Mais ce n'était rien de cela, car Paganini n'avait point de génie diabolique à sa suite, n'avait jamais assassiné personne, et était un homme réglé dans ses affaires, ayant un livre de compte avec les deux colonnes avoir et dépenses, et si éloigné d'être tourmenté par ses créanciers, qu'il avait en Italie des propriétés à être trente fois électeur en France, depuis l'abaissement du cens électoral.
Qui donc était cet homme dont la présence excitait la tempête dans le cœur du grand artiste?
C'était un marchand de cordes de violon, ce qui me fut révélé par ces paroles de Paganini:
«Caldi, voyons vos cordes.»
M. Caldi ouvrit gravement un long cylindre de fer-blanc, et développant un papier transparent et huilé, il en tira une assez grande quantité de cordes roulées en cercles et attachées avec de petits nœuds roses, il les parsema sur une table de marbre qui en fut jonchée, et les remuant avec un air de satisfaction marquée: «Voici, monsieur, dit-il, ce que nous pouvons faire de plus parfait; vous ne trouverez, ni à Naples ni à Bergame de pareilles cordes. Elles sont dignes de votre talent,» ajouta-t-il avec une révérence où se trouvait autant du marchand que du dilettante.