«Antonio, cria Paganini à son domestique qui entra, pourquoi mon feu n'est-il point allumé?»

Je cherchais Paganini dans ces paroles.

«Antonio, avez-vous été chez Slanh pour lui parler de mon habit? Il doit savoir que je ne veux pas qu'il le double en soie; que diable! la soie crie et a aussi sa musique, ajouta-t-il en riant, et je ne me soucie pas d'avoir un semblable ténor pour faire une partie dans mes concerts.»

Paganini paraissait se montrer; je l'attendais avec respect; mais il retomba.

«Antonio, avez-vous fait réparer ma lampe, la lampe de mon cabinet?....

Hélas! ce n'était pas encore Paganini.

Et cependant c'était Paganini; car dans cet homme comme dans tous, il y a à côté du fantastique le réel, l'humanité auprès du Dieu, le corps auprès de l'âme.

Paganini déjeuna. Jusque-là, j'avais cherché le grand et le sublime artiste, et je ne l'avais trouvé que dans cet éclair que vous savez, à propos de la manche de soie qu'il ne voulait pas entendre gémir et chanter pendant que lui-même chantait et gémissait.

Mais cet éclair était assez obscur, comme les lumières ténébreuses de Milton.

Les heures s'écoulaient; midi sonna, cette longue sonnerie de midi, sans qu'aucun autre événement eut éclaté dans cet homme, si ce n'est sa toilette, son déjeuner, et une certaine flânerie paresseuse voluptueuse qui me plaisait assez, à moi, bonne âme, toute fatiguée du délire opiacé de la nuit.