Il cessa encore, et vint un autre artiste qui laissa la foule se reposer, tandis qu'il chantait librement je ne sais quoi.
Paganini reparut une troisième fois; il avait repris toutes ses cordes et sa fureur, plus de délices, plus de suavités, plus de ravissements célestes; à présent c'est l'Océan qui va mugir et se soulever tempétueux; c'est la création de la terre ou ses bouleversements affreux; c'est le volcan qui s'allume et rejette les entrailles enflammées de la terre; ce sont les dernières convulsions de l'univers lorsque le Seigneur l'arrêtera dans sa marche, et lui dira: «Meurs!»--Paganini ne veut rien peindre de cela; mais il faut rappeler ces choses pour comprendre sa furie merveilleuse lorsqu'il brandit son archet pour arriver au grandiose, au terrible.
Alors toutes les cordes à la fois frémissaient, hurlaient sous les coups redoublé de' ses doigts, qui tombaient pressés comme la grêle avec la foudre. L'archet, de son côté, les déchirait, les irritait, les entr'ouvrait, les écorchait toutes vivantes, et se roulait sur elles avec barbarie; elles s'écriaient dans leur douleur... et tous ces cris étaient sublimes.
Lui, Paganini! dans son génie et sa fureur, savourait ces blessures, rugissait et se débattait dans ce martyre du violon; il le pressait de plus en plus, le frappait, le brisait, l'excitant dans ses angoisses... et cette barbarie était sublime.
Lui, l'orchestre, était haletant, effrayé, suivant avec horreur, et comme un seul corps, l'archet du maître... et cette horreur était sublime.
Lui, le peuple, la foule, pendait à cet archet, exalté, ravi dans son effroi, brisé d'émotion, accablé d'enthousiasme, ne respirant point... et cet effet était sublime.
Et le concert se termina.
Paganini salua une dernière fois avec le sourire du génie et de l'orgueil satisfait; son triomphe illuminait de joie sa figure extraordinaire, et tout le monde qui le voyait quitter la scène lui jetait un dernier et unanime cri d'admiration, et se penchait tout d'une masse vers lui comme pour se précipiter à la fois à ses pieds, pour toucher se mains et son archet sacrés.
Il disparut...
La foule s'écoula; et bientôt dans cette grande salle d'harmonie, devenue déserte et silencieuse, tout fut éteint et vide.