Sans exposer nos lecteurs à des courses transatlantiques de l'un ou l'autre côté des ponts, nous les tiendrons désormais au courant; et dans ce but, nous mettons sous leurs yeux un petit plan de l'univers parisien, sur lequel nous avons tracé en lignes apparentes les principales améliorations de la voie publique qui sont aujourd'hui, soit en cours d'exécution, soit en projet à l'étude.--Rue Rambuteau, rue de Seze, prolongement de la rue de la Ferme, élargissement immédiat des rues Saint-Nicolas et Saint-Lazare, projet des Halles, rue Laperche ou Moncey, rue des Petits-Pères, rue Constantine, rue Clotilde, rue Mayet, rue d'Amsterdam, rue Neuve-Saint-Jean, etc. La liste en est longue, comme on le voit, et le travail est grand; mais Paris est plus grand encore: ces fragments disséminés dans tous les quartiers sont comme perdus sur le plan général. Cependant quelques-unes de ces entreprises sont considérables. Suivent encore ce ne sont pas les plus longues qui sont les plus coûteuses ou les plus difficiles. Aussi, pour faire comprendre l'importance ou l'utilité de ces divers percements ou élargissements, quelques mots d'explication sont nécessaires. Ensuite ces ouvertures de rues entièrement nouvelles ne sont qu'une petite partie des modifications apportées journellement à la voie publique par suite du système adopté par l'administration municipale.
Lorsque le vieux Paris a été construit, la largeur des rues répondait aux besoins de l'époque: la population était assez restreinte, les voilures étaient presque méconnues. Aussi le Centre de Paris est-il formé de rues sinueuses, étroites, sales, legs fâcheux que la vénérable antiquité a laissé à notre circulation moderne, cloaque dangereux qu'il faut assainir et déblayer.
Aujourd'hui les rues sont classes en trois catégories, suivait l'activité de la circulation qu'elles semblent appelées à recevoir. Les unes doivent avoir 10 mètres de large, les autres 12 mètres, les dernières 15 mètres. Toutes les rues qui rentrent dans l'une de ces classes, et qui n'ont pas la largeur assignée, sont impitoyablement frappées de reculement. On conçoit tout ce que ce système entraîne de vexations pour les propriétaires forcés de démolir leurs maisons, et de dépenses pour l'administration, forcée de payer fort cher ce qu'elle ajoute à la voie publique. En outre, cette classification n'est et ne peut être jamais que provisoire. Telle rue qui semblait de troisième ordre; peut devenir tout à coup du premier par un événement inattendu. C'est ce qui arrive aujourd'hui pour la rue Saint-Nicolas. Il faut donc recommencer sans cesse. démolir et aligner une seconde fois les propriétés qu'on a fait démolir et aligner une première: nouvelles vexations, nouvelles dépenses.--Une autre conséquence de ce système de démolitions et de reconstructions partielles, c'est que dans le louable motif d'élargir et d'aligner les rues sur une ligne parfaitement droite, on les rend aussi irrégulières que possible. On en voit un grand nombre dont les maisons, avançant et reculent tour à tour, ne figurent pas mal le contour extérieur d'une enceinte bastionnée ou crénelée, réceptacles anguleux plus nuisibles qu'utiles peut-être à la sûreté de la circulation.
L'exécution journalière de ces alignements partiels est en réalité la partie la plus considérable des travaux administratifs de la voirie; mais il est impossible de l'indiquer sur ce plan, à moins de mettre un point sur chaque rue et sur chaque maison sujette à reculement.--Au reste, quant aux grands travaux d'ensemble, l'administration actuelle, nous le voyons par le trace de ses entreprises personnelles, n'a point de système spécial. Elle n'a fait, en grande partie, que rectifier, suivre, ou compléter les projets de ses devancières, qui toutes avaient un système bien tranché, et nettement marqué par leurs rentres.
Avant la Révolution, dans les grands travaux, l'État faisait tout: tracés, percements, constructions; il concevait l'idée et l'exécutait. C'était ainsi qu'il imprimait à ses œuvres un cachet uniforme, répréhensible quelquefois aux yeux de l'art, mais grandiose et monumental, dont, il faut l'avouer, nous sommes loin d'approcher aujourd'hui C'est ainsi que la rue Royale-Saint-Honoré, que la place Vendôme, la place des Victoires, la place Royale, etc., furent construites sur un plan architectural symétrique, entreprises que l'industrie particulière eût morcelées et gaspillées. On peut en juger par la continuation vraiment désespérante de casernes disparates et de grandes masures biscornues que nos propriétaires contemporains ont donnée à cette majestueuse rue Royale-Saint-Honoré, et par les ignobles baraques édifiées en guise de vis-à-vis au nouvel Hôtel-de-Ville.
L'Empire, qui succéda à ces traditions monumentales, sut en recueillir une partie, et l'on reconnut le génie et la main du grand homme dans ces lignes hardies qui découpèrent Paris, larges comme la pensée créatrice, rectilignes comme l'esprit géométrique qui atteint le but par le plus cours chemin. La rue de Rivoli s'ouvrit d'un jet pour isoler les Tuileries et réunir le Louvre à la place de la Révolution; le Carrousel déblayé aurait pu contenir les manœuvres d'une armée; et des colonnades du Louvre, isolé de toutes parts et réuni en même temps à la demeure impériale par de gigantesques galeries, s'élançait une immense voie jusqu'aux colonnes de la barrière du Trône, qu'elle réunissait ainsi à l'arc triomphal de l'Étoile. En même temps, les boulevards prolongeaient leur ceinture de feuillage; le temple de la Gloire voyait le boulevard Malesherbes se dérouler jusqu'au jardin de Mousseaux, tandis que le Trône envoyait le boulevard Mazas faire face au Jardin-des-Pantes et au boulevard de l'Hôpital. Les quais rectifié, élargis, garnis de solides parapets, supportant les ponts débarrassés désormais des ignobles constructions qui les avaient obstrués jusque-là, ouvraient au centre de la ville une ligne directe de circulation facile d'une extrémité à l'autre.
L'Empire n'eut pas le temps de réaliser entièrement ces grandes pensées. La rue de la Paix, plusieurs parties des quais, les ponts, le Châtelet les Tuileries, étaient terminés; mais le quartier Rivoli, à peine ébauché, s'arrêta au milieu des planches. Le Carrousel, à demi déblayé, demeura inachevé, encombré des masures qui le déshonorent encore aujourd'hui. La grande rue impériale resta comme un rêve d'une époque fabuleuse; le boulevard Mazas fut oublié; le boulevard Malesherbes, pris, abandonné et repris est encore aujourd'hui à se débattre dans cet état douteux d'une existence contestée. La Restauration tâtonna partout et n'acheva rien.
PLAN DE PARIS
INDIQUANT LES PERCEMENTS
DE RUES NOUVELLES.