Le chapitre de l'enseignement des sciences présente chaque branche de connaissances divisée en deux parties distinctes, savoir: la science positive, matérielle ou sensible, et la science spéculatrice ou morale. Pour l'une, sont indiqués les bons livres élémentaires à mettre entre les mains des enfants, les livres utiles aux mères et aux institutrices, et la marche progressive à suivre dans l'enseignement; pour l'autre est indique l'esprit dans lequel chaque connaissance doit être acquise, afin que toutes réunies, les sciences convergent vers un point d'unité propre à élever puissamment l'esprit et le cœur.
Dans le dernier chapitre du livre, les arts sont traités de manière à ce que l'artiste et l'amateur puissent appliquer à leur travail ou à leur étude spéculative une méthode raisonnée.
Le rapport lu par M. Jay à l'Académie Française, le 17 juin dernier, sur les ouvrages les plus utiles aux mœurs, contenait le passage suivant:
«Il me reste à vous faire connaître l'ouvrage que votre commission a jugé digne de partager le prix. C'est un livre sur l'éducation des jeunes filles, par mademoiselle Nathalie de Lajolais. De grands esprits se exercés sur ce sujet, qui intéresse au plus haut point la société et ceux qui sont chargés de sa direction; Fénelon lui-même est descendu des hauteurs de son génie pour traiter ce même sujet avec la sagesse et l'onction pénétrante qui le caractérise. Mais la société n'est pas immobile: le temps amené dans les mœurs, dans les habitudes sociales, des modifications inévitables qui exigent de nouvelles études et de nouvelles appréciations. Les principes généraux restent les mêmes; mais l'application, les méthodes, subissent des transformations qu'il est utile de suivre et de déterminer.
«Tel a été le but de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Ce n'est point de la théorie, c'est de la pratique, et cette pratique est le fruit de sa propre expérience; elle indique les moyens les plus propres à guider les jeunes personnes des les premiers pas dans la vie intellectuelle, à éclairer leur esprit, à fortifier leur raison, à leur faire aimer les devoirs de la religion, enfin à les rendre capables de surveiller un jour elles-mêmes un ménage, une jeune famille et de fixer le bonheur au foyer domestique.
«Je regrette que l'étendue du rapport dont votre commission m'a chargé ne me permette pas d'entrer dans plus de détails sur l'ouvrage de mademoiselle Nathalie de Lajolais. Le style est ce qu'il doit être, correct, naturel, et souvent gracieux. La récompense que je vous propose de lui décerner ne sera de votre part qu'un acte de justice.» X.
Histoire de la Confédération suisse; par Jean de Muller, Robert Gloutz-Blozheim et J.-J. Hottinger, traduite de l'allemand, avec des notes nouvelles, et continuée jusqu'à nos jours, par MM. Charles Monnard et Louis Vulhemin. Jusqu'ici 13 vol. in-8; l'ouvrage en aura 16.--Paris, Th. Ballincore, éditeur.
Le Français est devenu touriste, et la Suisse est une des contrées qu'il préfère. Il visite et parcourt les profondes Vallées, il gravit les monts escarpés, il franchit les cols sauvages, il s'arrête à Lausanne; Lausanne la ville des oisifs et des lettres, la ville des heureux qui savent l'être par la contemplation rêveuse ou le recueillement studieux. J'étais donc Lausanne depuis quelques jours, et je me promenais, avec l'obligeante permission du maître sous les ombrages magnifiques de Mon-Repos, cette villa pour moi si bien nommée. J'achevais, dans ces paisibles allées, la lecture du treizième volume de l'Histoire suisse, qui en aura seize quand M. Monnard aura terminé la part dont il s'est chargé, le volume que j'avais en main était le dernier des trois que nous devait son collaborateur M. Vulhemin. J'admirais que d'un centre littéraire si modeste fût sortie une œuvre aussi considérable que celle à laquelle ces deux savants ont consacré tant d'années. «Mais quel appui, me disais-je, soutient cette vaste publication? Seize volumes in-8 très-compacts sur l'histoire d'un petit peuple. Muller, Gloutz-Blozheim. Hottinger traduits tout entiers, puis trois volumes de M. Vulhemin sur l'époque de la Réformation et des guerres de religion, jusqu'en 1712. et trois volumes de M Monnard des cette époque jusqu'à nos jours! Et ces ouvrages sont trop sérieux pour obtenir un succès de fantaisie; ils ne peuvent s'adresser qu'aux lecteurs graves... «Eh bien! ces lecteurs se sont trouvés, et cette patriotique entreprise sera conduite à bonne fin, et il viendra prochainement un jour où les conservateurs de bibliothèques découvriront avec peine, un exemplaire de l'œuvre monumentale qui fait honneur à la ville qui la voit s'accomplir.» Comme je me livrais à ces réflexions, je rencontrai au détour d'une allée un vieillard à la figure expressive; il y avait une rare finesse dans sa bouche et dans son regard. Je le saluai, et, encouragé par un sourire bienveillant et quelques paroles pleines de courtoisie, j'entrai en conversation. Nous fûmes bientôt sur le sujet dont j'étais plein: le volume que je portais en fut l'occasion naturelle. Après m'être répandu en éloges sur la consciencieuse fidélité des traducteurs, sur la science, le charme et l'originalité des trois derniers volumes dont M. Vulhemin est l'auteur, je revins aux réflexions que m'avait suggérées l'importance même de l'ouvrage. Que d'avances nécessaires! quels généreux sacrifies pour rendre possible une telle publication. «A qui, monsieur, les Suisses en sont-ils redevables?» Le vieillard ne répondit rien à ma question et me dit en souriant: «Venez dîner demain chez moi avec les auteurs.--Chez qui, monsieur, aurai-je l'honneur de dîner?--Chez. M. Perdonnet; ici, à Mon-Repos, à cinq heures, et soyez exact, s'il vous plaît.» Le lendemain, à cinq heures précises, nous, étions à table, et je passai une des plus agréables soirées dont il me souvienne. Savoir, politesse, nobles sentiments, admiration sincère pour les hommes que la France admire; avec cela une profonde connaissance de la Suisse, un ton d'indépendance républicaine sans jactance: voilà ce que je trouvai dans la société quelques hommes d'élite que la France littéraire fera bien de réclamer comme siens. Il y a plaisir d'être juste envers des hôtes si polis et si bienveillants. Je reconnus bientôt que le patron du grand ouvrage publié par MM Monnard et Vulhemin était M. Perdonnet lui-même. Il me pardonnera de signaler ici un acte de munificence éclairée, digne de servir d'exemple. Sans doute le succès de l'entreprise limitera le service du riche à une avance de fonds; mais sont-ils nombreux les riches qui veulent bien aller jusque-là? Ce trait est une page pour le livre. L'histoire de la Suisse a été souvent celle des généreux sacrifices; et à celui de tout les auteurs de leur temps, de leurs forces, de leur vies, sans attendre d'autre prix que la reconnaissance de leurs concitoyens, il convient de joindre celui de leur ami, qui les aide à mettre, en lumière des travaux si dignes de l'attention de l'Europe.
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Corps de garde de la Bastille. |
Plan de la place de la Bastille. |