Je vous assure que Nantouillet maintenant n'a plus le temps d'être blasé; croyant avoir noyé son rival, il passe son temps à se cacher, à fuir les gendarmes, à se donner pour mort, à manger pain sec, à boire de l'eau claire, à vivre enfin dans l'abstinence et les transes mortelles; après quoi, s'apercevant que ce terrible rival n'est pas mort, il se montre, reprend son nom et son bien, laisse là mademoiselle de Canaries, épouse une naïve petite fille qui l'aime, et se déclare radicalement guéri de sa maladie d'homme blasé.
Arnal.
Il y a beaucoup d'esprit comique, de traits burlesques et d'entrain dans ce vaudeville de MM. Duvert et Lauzanne, et Arnal y joue de verve.
«Ah! vous ne savez pas le latin, dit Sganarelle; eh bien! je vais vous parler latin: Hic, hæc, hoc; cabricias, catalanust musa, la muse.» M. de Kerkadeck sait l'italien à peu près comme Sganarelle le latin; le fond de sa langue est le bas-breton; cela n'empêche pas Kerkadeck de triompher d'un Italien, son rival en amour, de le faire prendre par son excellent beau-père pour un Bas-Breton renforcé, et d'épouser mademoiselle Anna Rompart à sa place. Des quiproquo plaisants roulant sur le bas-breton et l'italien, ont fait réunir cet agréable petit acte, dont l'auteur est M. Armand Durantin.
Tout à l'heure la marquise de Carabas cachait Fauchette la meunière; Manon, au contraire, cache une duchesse, la tendre et hardie duchesse de Longueville, l'héroïne de la fronde.
Poursuivie par les gens de Mazarin, madame de Longueville non-seulement a pris ce nom grossier de Manon, mais elle en porte la simple jupe et l'humble bavolet; le prince de Marsillac l'accompagne sous le titre et le costume du sergent Bouton-d'Or. Recueillis chez un apothicaire de Harfleur, Manon fait la cuisine, et Bouton-d'Or plaisante avec le garçon de boutique; et ainsi ils parviennent à s'échapper.
Nous les retrouvons à Paris; là, madame de Longueville continue ses intrigues, et Marsillac est jaloux; un simple avocat de Harfleur est cause de cette jalousie; tout dévoué à madame de Longueville dans sa fuite, il est devenu son secrétaire intime. Cependant il avait un amour dans le cœur pour la fille d'un apothicaire; en la retrouvant à Paris, notre honnête avocat revient à ses premières amours, et renonce à la tendresse et à la faveur de la duchesse. Ce beau trait comble Marsillac d'admiration: il promet au jeune avocat un siège de conseiller au Parlement. Le Gymnase n'a pas même pensé à demander à M. le garde-des-sceaux son avis sur cette promotion.
M. Jules de Premaray est le père de cette duchesse de Longueville mêlée de pharmacie.. La pharmacie, la duchesse et M. de Premaray ont réussi tous les trois.
Parlez-moi de Stella, c'est là une excellente fille; un beau jour, elle prend des vêtements masculins, s'aventure à pied à travers les pays les plus sauvages, supporte le froid, la fatigue, la faim, s'expose à la férocité des bandits, et pour quoi? pour aller délivrer son père qui gémit depuis seize ans au fond d'un noir cachot; elle le délivre, en effet, mais au prix de quels dangers, de quelles souffrances et de quelles terreurs! Le traître Osborne, qui tenait aux fers ce père infortuné, est exemplairement puni.