Les forces dont l'émir dispose paraissent réduites à 6 ou 700 fantassins et environ 4 à 500 cavaliers réguliers; il n'a plus de magasins; il ne lève plus d'impôts; ses ressources militaires et financières s'épuisent, et néanmoins il continue avec une opiniâtre persévérance sa lutte désespérée.

Décorations de Sidi-Embarek.

Grâce aux opérations militaires, conduites avec autant d'ensemble que d'habileté; grâce surtout aux mouvements rapides de nos colonnes sillonnant l'Algérie dans tous les sens, la province d'Alger est aujourd'hui parfaitement réunie à celle d'Oran, dans toute l'épaisseur du pays entre le désert et la mer, et les communications directes avec celle de Constantine ont été ouvertes par la jonction au pied du Djebel-Diza des deux ruines de Titteri et de Sétif, sous les ordres des généraux Marcy et Syllègue.

Au commencement d'août, les efforts combinés des colonels Pélissier, Korte et Jusuf ont amené la soumission des tribus nomades occupant la partie du désert qui s'étend depuis le sud de la province de Titteri jusqu'au sud de Tagdemt. L'apparition de troupes françaises au milieu des populations arabes les plus éloignées a frappé celles-ci d'étonnement et d'épouvante; elles ne se croient plus nulle part à l'abri de nos coups.

Autrefois, les Arabes considéraient comme un miracle la présence d'un corps de 3 à 400 Turcs, qui, après une razhia, se retiraient bien vite. Aujourd'hui, quelle n'est pas leur terreur en voyant arriver, comme avec le colonel Jusuf, 1,000 fantassins, qui non-seulement tombent sur eux à l'improviste, mais qui les poursuivent pendant plusieurs jours jusque dans les lieux qu'ils croyaient inaccessibles?

Les retours offensifs d'Abd-el-Kader, qui usent rapidement les restes de ses forces, ne lui ont pas trop réussi dans ces derniers mois. C'est ainsi qu'ayant attaqué, en juillet, sur l'Oued-el-Hammam, un détachement de 200 hommes occupés aux travaux de la route entre Mascara et l'Oran, la défense héroïque de nos soldats, retranchés derrière un mur en pierres sèches, a fait échouer cette entreprise. Dans une marche de nuit, du 29 au 30 août, Abd-el-Kader s'est trouvé aux prises avec les avant-postes de la colonne du colonel Géry.

Cette rencontre fortuite a mis le plus grand désordre dans ses rangs, et, à la suite d'un court engagement, de nombreux déserteurs l'ont abandonné. Vers la fin de septembre encore, Abd-el-Kader a pénétré jusqu'au cœur de la grande tribu des Beni-Amer, mais il n'a pu les entraîner à la révolte; ils lui ont même opposé une vigoureuse résistance, et peu s'en est fallu qu'il ne payât de sa vie cette audacieuse tentative. Le 3 octobre, un des cavaliers des Beni-Amer, Abd-el-Kader-Bou-Hamedi, est arrivé devant l'émir lui-même, sur lequel son fusil a raté de fort près, et qui, ripostant d'un coup de pistolet, l'a renversé mort.

Après la capture des débris de la zmalah, le général de La Moricière, avec sa cavalerie, commandée par le colonel de Bourgon, a enlevé une première fois, le 24 août, le camp de l'émir. Le colonel Géry l'a surpris une seconde fois, le 12 septembre, le général de La Moricière, une troisième, le lendemain 15; enfin, une quatrième, le 22 septembre, vers l'est de Saïda. Cette dernière affaire a été très-chaude et très-meurtrière. Au moment où quelques escadrons, sous les ordres du colonel Morris, attaquaient aux marabouts de Sidi-Jousef, l'infanterie arabe sortie précipitamment du camp, 400 cavaliers, conduits par l'émir en personne, se jetèrent avec beaucoup de résolution sur notre flanc gauche, et y mirent un instant le désordre. La mêlée fut sanglante; Abd-el-Kader perdit un grand nombre de ses meilleurs cavaliers, entre autres un de ses khalifahs, Abd-el-Baki, mort de ses blessures peu de jours après.